UNE LETTRE A VOLTAIRE
son rêve se réaliser. Le duc de Richelieu avait beaucoup entendu parler de son opéra chez M. de la Popelinière, où notre auteur avait été introduit par son ami Gauffecourt; désirant entendre cet opéra, il le fit monter aux frais du roi chez l'intendant des menus. L'effet en fut très-brillant, et Rousseau, sur une promesse du duc de Choiseul , s'attendait à voir son œuvre passer devant la cour à Versailles, où avaient lieu alors beaucoup de fêtes en l'honneur de la bataille de Fontenoy; mais il se vit douloureusement trompé dans ses espérances : les Muses galantes ne furent jamais représentées.
De cette époque datent ses premières relations avec Voltaire ; voici à quelle occasion. On devait jouer à la cour une pièce lyrique dont les paroles étaient de Voltaire et la musique de Rameau; au moment de la représenter, divers"changements ayant été résolus, tant dans les vers que dans la musique, et le poète ainsi que le compositeur se trouvant absents, le duc de Richelieu songea à Rousseau et lui fit proposer de s'en charger. Jean -Jacques accepta volontiers; mais avant tout il voulut avoir l'assentiment de Voltaire, et il lui écrivit à ce sujet une lettre très-respectueuse et Irès-admirative (J). Le grand écrivain y fit une réponse infiniment gracieuse, dans laquelle il félicitait Jean -Jacques
(1) Lettre en date du 11 décembre 1745.