RUPTURE AVEC GRIMM ET DIDEROT
que dans sa querelle avec ceux, qu'on appelait les philosophes , les grands torts , les véritables torts ne furent pas de son côté. Sa sensibilité, sa tendresse pour l'humanité, sa sérénité d'âme, n'en furent d'ailleurs aucunement altérées.
Plusieurs fois il avait reproché à ses amis de l'Encyclopédie de combattre l'intolérance de la superstition par une intolérance au moins égale. On était alors au plus fort de l'orage soulevé par la publication de cette œuvre immense ; une guerre acharnée avait éclaté entre les dévots de la crédulité et les dévots de l'athéisme, et dans les deux camps il y avait mêmes colères et même absence absolue de tolérance. Après avoir en pure perte adressé aux uns et aux autres d'assez dures vérités, Rousseau imagina de continuer sa mission philosophique dans le roman dont la conception l'occupait tout entier vers cette époque, et le consolait des injustices de ses amis. A la piété sensible et raisonnable de Julie il opposa l'athéisme si indulgent, si humain de Wolmar; et n'y eût-il dans la Nouvelle Héloïse que les quelques pages admirables d'où la tolérance ressort comme une des vertus les plus nécessaires à l'homme, que cela seul suffirait pour sauver cette œuvre de l'oubli.
Des athées de la trempe de Diderot, d'Helvétius et du baron d'Holbach, dont l'incrédulité, fort respectable d'ailleurs, si désolantes qu'en fussent les ma-