‹ La statue de J.-J. RousseauChapitre 29 sur 55 · RUPTURE DE .1EAN-JACQUES · texte numérisé non relu

RUPTURE DE .1EAN-JACQUES

Sa brouille définitive avec Diderot lui fut plus cruelle et lui causa au cœur une blessure profonde. Elle n'eut pas lieu tout de suite ; plusieurs fois les deux amis se revirent, et Tintimité la plus cordiale parut régner entre eux comme par le passé. Jean- Jacques, avec son caractère facile et confiant, se livra tout entier; il exposa à ce vieil ami, que jadis il aimait tant à aller consoler au donjon de Vincennes, sa conduite pendant son séjour à FErmilage, il lui révéla son ardente passion pour M'"" d'Houdetot. Homme du monde, vivant avec des gens de lettres vaniteux et légers, comme Marmontel par exemple, qui, ne pouvant pardonner au solitaire son immense supériorité de génie, croyaient amoindrir sa gloire en le poursuivant de leurs sarcasmes, Diderot eut le tort d'ébruiter des confidences dont il avait été le dépositaire. A l'époque où Jean-Jacques achevait sa Lettre à iV Alembert sur les spectacles^ Saint-Lambert vint le voir à Montmorency, et, ne l'ayant pas trouvé, il parla à Thérèse de certains secrets que Rousseau avait confiés au seul Diderot. Cette sorte de trahison, ajoutée à de précédents griefs, exaspéra Jean-Jacques et le détermina à rompre définitivement avec l'ami qui avait abusé de sa confiance.

Son cœur saigna toujours de cette rupture, et jamais il ne parla de Diderot qu'en termes d'une urbanité parfaite. « J'avais un Aristarque sévère et

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