‹ La statue de J.-J. RousseauChapitre 3 sur 55 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

harangue qui n'était qu'un cri échappé du cœur dans une heure d'indignation ; j'ai donc préféré écrire ce petit livre, où j'ai pu donner à mon discours tous les développements que comportait le sujet.

Ceci d'ailleurs n'est pas une biographie ; c'est une rapide et consciencieuse étude de la vie et du caractère de l'homme incomparable dont la figure apparaît rayonnante au frontispice de la Révolution française.

Aussi bien n'est-il pas inutile de remettre en pleine lumière cette douce et grave figure, à l'heure où nous entendons de singuliers démocrates , en tout cas bien aveugles ou bien ingrats, pousser contre l'auteur du Coiitrat social d'impuissantes invectives; à l'heure surtout où certaines gens, fantômes revenus d'un autre âge , qui voudraient d'une main avare mesurer au peuple la nourriture intellectuelle , dénoncent et vouent à l'ostracisme, dans une pétition grotesque, les œuvres du hardi penseur et de l'écrivain de génie.

La race de Tartufe est immortelle ; mais celle d'Alccste non plus no meurt pas. A des décla-

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mations puériles opposons la voix robuste delà vérité. Déjà, sous les voûtes du Sénat étonnées, un des esprits les plus distingués de ce temps a noblement et courageusement vengé le philosophe insulté. Ses paroles ne seront pas perdues ; nul de nous ne saurait oublier cet acte de réparation.

A moi donc, vous tous qui honorez la droiture et le désintéressement ! A moi, vous que les mots de liberté, de justice, de patrie et d'humanité ne laissent point indifférents ; vous enfin qui gardez au cœur le culte de la Révolution française! Dressons ensemble, comme un hautain défi aux détracteurs de nos grands démocrates, une statue au premier citoyen des temps modernes, à Jean-Jacques Rousseau ! Le livre qu'on va lire est la pierre que j'apporte à l'édifice, et un nouvel hommage, de ma part, à la démocratie.

Octobre 1867.

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