LES AMITIÉS DE JEAN-JACQUES
Ou voit ce qu'il faut penser de certains jugements téméraires formulés sur la prétendue insociabilité de Rousseau. Une susceptibilité un peu ombrageuse et quelques bizarreries de caractère ne l'empêchaient pas d'être l'ami le plus sûr et le plus dévoué. Un homme qui a joué dans la Révolution un rôle assez effacé , Dusaulx , s'est imaginé de publier vers l'an VI de l'ère républicaine un livre sur ses rapports avec l'auteur de ï Emile, œuvre toute pleine d'interprétations injurieuses pour la personne de Jean-Jacques, dont les moindres actions sont présentées sous un aspect défavorable. Exemple : Un jour Deleyre, inquiet sur la santé du philosophe, lui conseillait d'aller à la campagne. «Non, monsieur Deleyre, répondit-il, je ne prendrai point l'air, je n'irai point à la campagne ; il est bon qu'on le sache, je reste ici et pour cause. » Et dans le ton dont il prononça ces paroles, le grave Dusaulx trouve nonseulement de l'ironie, mais quelque chose de plus amer, tenant de la haine, du mépris et de la menace. Voilà qui s'appelle condamner lestement un homme. Eh bien ! tout est à peu près de cette force dans les récriminations de l'ancien Conventionnel.
Dusaulx était un ingrat, car, admis dans l'intimité