‹ La statue de J.-J. RousseauChapitre 49 sur 55 · L ILE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

L ILE DE SAINT-PIERRE

nombre mais sur lequel il avait fondé les plus grandes espérances.

Les offres d'asile ne lui manquèrent pas. C'était, parmi ses admirateurs, à qui mettrait à sa disposition une retraite oîi il pût enfin goûter le repos et couler en paix, après tant d'années d'orages et de persécution, les heures de sa vieillesse. Il hésita assez longtemps à se prononcer. Dans un accès dé découragement il eut la pensée de demander au gouvernement de Berne, comme une faveur, d'être enfermé pour le reste de ses jours dans un château de l'État. Il se fût engagé à. n'avoir ni plume, ni papier, ni aucune communication au dehors [\). Voilà où en était réduit le génie à cette bienheureuse époque.

Il se remit pourtant et eut un moment l'idée de se réfugier en Corse ; mais il recula devant les fatigues du voyage et l'ennui d'avoir à transporter tout le bagage nécessaire à une installation. Vivement sollicité par l'illustre historien Hume, avec lequel il avait été mis en rapport par M""^ de Boufflers, d'accepter un asile en Angleterre, il se décida enfin pour ce dernier parti. Grâce à un sauf-conduit il put traverser la France, séjourna quelque temps à Strasbourg, retenu par l'accueil enthousiaste des habitants, passa par Paris, oii il accepta, au Temple,

(1) Lettre à M. de Graffenried en date du 20 octobre 1765.

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