‹ La statue de J.-J. RousseauChapitre 6 sur 55 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

.I.-J. ROUSSEAU ET M""' DE WARENS. — AVENTURES DIVERSES. — SÉJOUR A ANNECY. — EXTRAVAGANCES. — PREMIER VOYAGE A PARIS.

Un des reproches le plus fréquemment adressés à Jean-Jacques Rousseau est d'avoir, dans ses Confessions^ divulgué la légèreté de mœurs de M""* de Warens. Ce reproche est spécieux. Qu'un homme , ayant obtenu les faveurs d'une femme dans des circonstances où le plus absolu secret est un devoir, se fasse un trophée de ces faveurs et, dans un sentiment de vanité vulgaire, aille s'en prévaloir auprès du tiers et du quart, c'est là une de ces lâchetés trop communes dans le monde; mais y a-t-il une assimilation possible à établir entre de mesquines et coupables indiscrétions et les révélations de Rousseau? Nullement.

Jean-Jacques est avant tout un historien rigide, exact et sévère, plus sévère envers lui-môme qu'il ne l'a été envers les autres, selon ce qu'il écrivait à

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Tiin de ses plus fidèles amis : « N'ayant pas toujours vécu seul, je ne saurais me peindre sans peindre beaucoup d'autres gens; et je n'ai pas le droit d'être aussi sincère pour eux que pour moi('l). » Il y a certainement un contraste frappant entre le rigorisme qu'il a déployé envers sa personne et l'indulgence dont il a fait preuve à l'égard d'autrui. En révélant les faiblesses et les erreurs de quelquesunes des personnes qui ont vécu de sa vie, il a tempéré ses révélations par beaucoup de réserve; on sent en lui le désir d'être vrai, jamais l'affreux besoin de diffamer; son livre, enfin, est une narration adoucie, et non point un réquisitoire.

Et puis l'histoire est l'histoire. On a souvent critiqué, et avec beaucoup de raison, l'étrange habitude qu'ont la plupart des annalistes, de raconter presque uniquement, sous prétexte d'écrire l'histoire d'une nation, celle des rois et reines, des princes et princesses qui ont plus ou moins gouverné, vexé et dépouillé les peuples. Qu'a fait Rousseau? Il a décrit dans sa personne, avec la plume du philosophe et le crayon de l'artiste, une partie de la société de son temps, sans teintes trop efl'acées ou trop chargées; quelques pages de ses Confessions nous font, mieux que ne l'a fait Voltaire, connaître sous certains rapports le siècle de Louis XV. Sobre, con-

,1) Lellre à M Moulto.i, du mois de janviex* 1763.

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