‹ La stèle de Palenqué du Musée national des Etats-Unis, a WashingtonChapitre 15 sur 29 · I-A STÈLE DE PALENQUÉ · texte numérisé non relu

I-A STÈLE DE PALENQUÉ

auxquels contribuaient toutes les classes delà société. Ceux-ci donnaient des esclaves pour le bûcher; ceux- là leurs jeunes enfants hijito!^), voulant ainsi prouver leur dévotion b » Le baptême d’un enfant n’était pas assurément considéré chez les Mayas comme d’une importance assez considérable pour être perpétué sur la pierre ou le stuc, tandis que le sacrifice d’un enfant, par lequel, d’après leurs croyances, quelque grand désastre avait été détourné, constituait évidemment un motif plus puissant de transmettre le souvenir de ce fait aux générations futures. Si cependant, comme on a pu le croire, les petites figures tenues dans les mains des personnages de la Stèle de la Croix, aussi bien que de celle du Temple du Soleil, ne doivent pas représenter des enfants, mais des Idoles, les bas-reliefs en question, naturellement, ne peuvent avoir nul rapport avec les cérémonies baptismales ou sacrificatoires, mais doivent être considérées comme représentations do quelque autre acte religieux.

C’est ici que nous pouvons placer quelques observations sur la signification de la Croix de Palenqué. Les premiers écrivains espagnols font très souvent allusion aux croix que rencontrèrent les Européens qui envahirent le Mexique, l’Amérique Centrale et autres parties du nouveau Continent; et, bien qu’il y ait beaucoup à dire sur ce sujet, je ne pourrais le traiter à fond, sans me laisser entraîner au-delà des limites que m’impose cette monographie. Ces auteurs ne pouvaient séparer la croix de l’idée chrétienne; aussi en attribuèrent -ils la présence en Amérique à quelques missionnaires qui y avaient prêché l’Évangile, bien longtemps avant l’arrivée des Espagnols. Il est assez étrange qu’on ait supposé que l’apôtre saint Thomas soit allé en Amérique pour y répandre la foi chrétienne, et que des'tentatives aient été faites pour l’identifier avec le dieu de l’air du Mexique, le héros civilisateur Quetzalcohuatl ou « Serpent Emplumé. » On a vu, jusqu’à ces derniers temps, soutenir cette curieuse théorie de la propagation do la foi chrétienne avant Christophe-Colomb, et l’on vit parmi ses défenseurs le professeur Tiedemann, anatomiste distingué, qui prouva ainsi une fois de plus

* Landa: Relations, eti:., § XXVIII. — On tuait les victimes de difl'érentes manières. L'une consistait à les précipiter vivantes dans une profond; ravine de Chichen-Itza, d'où, rapporte l'évêqi.e Landa, elles sortaient au bout de trois jours. Cependant, ajoule-t-il plaisamment, on ne revit jamais une seule d’entre elles.

Ann. g. — X

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que des connaissances étendues dans une direction ne sauvent pas de l’erreur dans une autres Cette tliéoric est presque aussi absurde que celle qui fait descendre des Juifs les Indiens d’Amérique, et nous voyons lord Kingsborough lui-même s’évertuer dans de vains efforts de science pour démontrer que les Mexicains remontent aux Hébreux.

Assurément la croix fut un symbole dans l’Ancien Monde, pendant les siècles précédant l’ère chrétienne -, ainsi que, dans le Nouveau, longtemps avant que Christophe Colomb eût déployé sur la côte de Guanahani la bannière de Castille et de Léon. Los sculptures et peintures égyptiennes nous montrent des croix de différentes formes. On voit souvent, comme symbole de la vie, dans les mains des divinités égyptiennes, une petite croix à poignée ovale ou ronde, la Crux ansata. Sur dos monnaies frappées à Sidon, à Beyrouth, etc., Astarté, la divinité syrienne dont le culte était accompagné de cérémonies d’un caractère obscène, se présente tenant à la main une grande croix sem- L'iable à celles des processions catholiques. La déesse est debout sur un bateau ou dans un temple, et toujours la croix est le plus apparent de ses attributs Cet emblème, en effet, a toujours été très comm in chez les anciens peuples, et bien qu’il ait pu souvent être employé en manière de simple ornement, il est probable que, là où il apparaît avant l’ère chrétinne, d’une façon symbolique à n’en pas douter, il a servi à pour exprimer les prin ■ cipes réciproques de la nature. Je n’ai pas, dans cette publication, l’intention de m’étendre sur ce point, et, si j’y fais allusion, c’est à cause de sa portée au point de vue du sens de la croix en Amérique. Toutefois, il sera de toute évidence, pour qui voudra approfondir ces idées, qui ont maintenant tant de valeur, que les mystères de la génération ont dû puissamment agir sur l'imagination des hommes des premiers siècles et les conduire, par suite d’une tendance caractéristique d’une certaine époque du développement humain, à la symbolisation de ce qui donne la vie et de ce qui la continue. Plus

1 On peut voir quelque chose d à jieu près semblable dans la lendance des auteurs grecs et romains à reconnaître leurs propres dieux et déesses dans les divinités des nations barba’ es dont ils nous donnent I bistoire. Hérodote surtout nous en fournit de nombreux exemples. D'après César, la Gaule adorait Mercure, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve, et les croyait descendre de Pluton, etc.

2 Lacroix, on le sait parfaitement, était aussi un instrument de supplice chez maintes nations, et, comme tel, devint le symbole du ebristianisme, après la mort de son fondateur.

3 On voit de semblables monnaies dans les « Uccherches, etc., » de Mac Culloh ; Baltimore, 1829, p;i. 332-33, et dans les « Mœurs des Sautages Américains >> de Lafitau. Paris 1725, t. I, pl. 17.

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tard la signification de l’emblème se modifia, bien qu’il semble toujours se rapporter en quoique façon à la puissance créatrice de la nature.

Plusieurs anciens auteurs Espagnols nous apprennent que la croix fut jadis vénérée au Yucatan comme procurant la pluie. Quand, en 1518, Grijalva toucha à l’île de Gozumel \ maintenant déserte et toute couverte de forêts, non loin de la côte du Yucatan, il aperçut avec étonnement, une croix de ce genre élevée dans l’enclos d’un des nombreux temples de cette île. « Les arrivants y virent, dit Herrera, quelques sanctuaires et temples, dont l’un en particulier avait la forme d’une tour carrée, pleine à la base et creuse au sommet, qui présentait quatre grandes fenêtres et tout autant de spacieux corridors. La portion creuse formait la chapelle, où se trouvaient les idoles et dans le fond une sacristie où étaient déposés les objets du culte. Au pied de la tour était une construction en pierre et chaux, badigonnée et garnie de créneaux. Au milieu de cet édifice s’élevait une croix en calcaire, haute de trois varos. Pour les indigènes, c’était la divinité de la pluie; ils avaient en elle tant de confiance que jamais, selon eux, elle ne manquait d’exaucer leurs vœux, s’ils l’invoquaient avec dévotion. En d’autres parties de cette île, et aussi dans le Yucatan, se voyaient des croix de la même forme et peintes; elles n’étaient pas en laiton, comme le prétend Gomara, car on n’en avait point, mais en pierre ou en bois

Herrera, dans sa description de la tour (téocalli) et de la croix, se trouve d’accord avec Gomara, le plus ancien de ces deux auteurs. D’après le dernier, la croix avait dix palmes de hautftow alta como (liez jpahnos) ; elle était adorée par les Indiens, comme divinité de la pluie ; ils s’y rendaient en procession avec grande dévotion lorsque les eaux tombaient du ciel et offraient

< L’ile de Gozumel (primitivement Cuzamil), « Ile des Hirondelles, » selon Gogolludo, était avant l'arrivée des Espagnols, une sorte de Mecque Indienne, où les naturels faisaient des pèlerinages pour célébrer leurs cérémonies religieuses.

2 « Vieron alguuos adoratorios, i templos i uno en particular, cuia forma era de una torre quadrada, ancho del pie, i hueca en lo alto, con quatro grandes Ventanas, con sus Gorredores i en lo hueco, que era la capilla, eslaban Idolos, i las espaldas estaba una sacristia, adonde se giiardaban las cosas del servicio del templo : i al pie de este estaba un cercado de Piedra, i cal, almenadi, i enlucido, i enmedio una Gruz de Gai, de très varas en alto, à la quai tenian por el L)ios de la lliivia, estindo raui certificados, qui no les faltaba, quando devotamente se la pedian ; i en olras liai tas de esta Isla, i en muchas de Jucatàii, se vieron cruces de la misma manera. i pintadas, i iia de Lalôn por que nunca le huovo, como dice Gomara, sino de Piedra, i Palo ». (ILrrera, Ilisloria (jeitcraLi de los Hechos de los Castellanos en las Islas y Tierra firme del mare ocecuio. — Madrid,^ 1725-30, déc. 2, livre III, ch. i. La première édition parut en 1(105-15).

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des cailles en sacrifice, brfilaient de l’encens, et les aspergeaient d’eau pour apaiser la colère de la divinité. Cette vénération pour la croix, continue l’écrivain, rendit ces indigènes plus empressés à adopter le symbole des chrétiens h Gogolludo, Peter Martyr et autres auteurs, ont également parlé des croix du Yucatan; mais comme j'ai dit tout ce qui était nécessaire pour mon sujet, je m’arrête là.

Le Licencié Palacio a vu, dans le Honduras, au milieu des ruines de Gopan, une croix de pierre, mesurant trois palmes de hauteur, dont un des bras était cassé L’abbé Gla^■igero parle de plusieurs points du Mexique où furent signalées des croix d’origine indienne, mais il ne dit pas dans quelle intention les natifs les ont élevées. Quant à ce qui concerne les prétendus travaux de la mission de saint Thomas en Amérique, il dit avec prudence ; « Nous n’avons jamais pu partager cette opinion » Le P. Antonio Ruiz parle d’une croix miraculeuse trouvée en un certain endroit du Paraguay, lequel, d’après cette circonstance, fut appelée Santa- Giuz. Ge père considère cette croix comme une preuve à l’appui de l’opinion que l’apôtre saint Thomas a annoncé la religion chrétienne au Brésil, au Paraguay et au PéroiP.

Garcilasso de la Vega, le chroniqueur du Pérou, décrit une croix conservée de son temps à Guzco, capitale de l’empire des Incas. J’extrais, en partie, les passages relatifs à cette croix d’une minutieuse traduction de sir Paul Rycaut, l’original espagnol n’étant pas à ma disposition : « En la cité de Cozco, les Incas possédaient une certaine croix en marbre blanc, dit Jaspe de Cristal, mais on ne sait depuis quelle époque. En 1560, je la laissai dans la sacristie de la cathédrale de cette ville; je me rappelle qu’elle était pendue à un clou avec une bande de velours noir; cette croix, lorsqu’elle était en possesion des Indiens, avait été suspendue par une chaîne d’or ou

1 Gomara, Hispania victrix, première et deuxième partie de la Historia generale de las Indias. Avec la Conquista de Mexico y de la Nueca Espana; Médina del Campo, 1553; seconde partie, fol, 10.

2 Ouvrage dédié au roi d’Espagne, par le licencié docteur Don Diego Garcia de Palacio, 1576, avec traduction anglaise et notes par E.-G. Squier. New-York, 1860, p. 93.

3 Clavigero, llistory of Mexico, traduite de l’italien par Charles Gullen. Philadelphie, 1817, vol. II, p. 14.

“t Ruiz, Conquista Espiritval por los religiosos de la Compagia de Jésus, en los provincîas del Paraguay, Parana, l'Uruguay y Tape. Madrid, 1639, §§ XXI-XXV. Dans cet ouvrage, les feuilles seules sont numérotées.

d’argent, qui dans la suite, fut changée par les personnes qui la déplacèrent. Cette croix était carrée, aussi large que longue, et de trois doigts d’épaisseur. Longtemps elle resta dans run de ces appartements royaux, qu’ils appellent Tlaaca, expression équivalent à lieu consacré. Les Indiens ne l’adoraient pas, toutefois ils l’avaient en grande vénération, soit à cause de sa beauté, soit pour quelque autre motif, dont ils ne sûrent nous rendre compte L)> Les exemples précédents que, s’il était nécessaire, on pourrait augmenter de bien d’autres, ont démontré que la croix a été considérée comme un symbole par les plus anciens peuples de l’Amérique. Maintenant, je vais citer en passant les opinions de quelques auteurs traitant du sujet eu question. Je commencerai par le docteur J. -G. Müller qui a écrit un volume de 70G pages sur les religions primitives de l’Amérique. Professeur de théologie, ce carac tère doit le défendre contre toute imputation de tendance particulière à partager les théories en désaccord avec les sentiments moraux qui pré valent aujourd’hui parmi les nations civilisées. Après avoir parlé de la croix de Gozumel, comme divinité de la pluie, et avoir fait allusion à la rencontre de croix dans d’autres endroits de l’Amérique, il continue :

« La croix se trouve également comme symbolisant la nature chez les anciens peuples de notre hémisphère, fait qui, étant donnée la simplicité de forme de cet objet peut diftîcilement causer quelque surprise. Les Inious, les Egyptiens, les Syriens et hs Phéniciens tirent en ce sens usage de la croix. Elle orne la tête de la déesse d’Ephèse. Mais c’est la simplicité même de sa forme qui en rend l’interprétation diftîcile, parce qu’elle peut se prêter à trop d’hypothèses. Tous les essais tentés jusqu’ici pour faire de la croix soit la clef du Nil, soit un phallus, soit un signe des saisons, se rapportent à la conception de l'énergie de la nature productrice. C’est pourquoi la croix apparait avec les dieux représentant le soleil et avec la divinité d’Ephèse, et qu’elle est dans les parages tropicaux, le symbole par excellence, du dieu de la pluie qu’elle représente suivant les dires des indigènes. En Chine, aussi, pluie signifie conception, et le mythe grec de la pluie que verse sur Danaé Jupiter, le pourvoyeur de nuages, n’a pas d’autre sens.

* Garcilasso de la Vega. Commentaires royaux du Pérou, etc., traduits de l’espaguol par Sir Paul Rycaut, Kt. Londres, 1688, liv. II, ch. ni, p. 30.

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C’est -pourquoi, partout où il est fait mention de la vénération de la croix dans l’Amérique Centrale et dans les pays limitrophes il semble moins hasardeux de rattacher ce culte à l’idée de la divinité de la pluie fertilisant, traversant la terre qui la reçoit dans son sein maternel Il est impossible de

croire que Stéphens se soit refusé à admettre que les Indiens idolâtres aient jamais adoré la croix*. Lui-même, dans son ouvrage sur V Amérique Centrale cite une pareille croix à Palenqué et en donne la description. Audessus de la croix est un oiseau, et à côté se trouvent deux figures humaines

en contemplation devant elle, et paraissant lui offrir un enfant De plus,

la même croix se rencontre dans de vieux manuscrits hiéroglyphiques Mexicains, tels que, par exemple, dans le Codex de Dresde, et dans le manuscrit de M. de Fejervary, de Budapest, en Hongrie. A la fin du dernier de ces manuscrits, on voit une espèce de croix maltaise, ayant au centre une divinité sanguinaire. Sur chacun des quatre grands bras de la croix figure, mais different sur chacun d’eux, un objet en forme de T avec une figure humaine debout de chaque côté, et un oiseau perché sur la traverse horizontale L’oiseau qui est associé à la croix sur le bas-relief de Palenqué et

sur le manuscrit ci-dessus mentionné, est un attribut propre au dieu de l’air et de la pluie. A l’oiseau et à la pluie appartiennent les régions de l’air » D’après ce qui précède on peut conclure que le professeur Müller regarde la croix anté-chrétienne, comme étant, dans sa conception originelle, un symbole phallique non seulement dans l’Ancien Monde, mais aussi dans le Nouveau. Bien différentes sont les vues du docteur D.-G. Brinton, telles qu’elles sont exprimées dans ses « Myths of the Neio World » ouvrage dénotant une science et des recherches peu communes. Pour lui, la croix

1 Ce n’est pas sans raison que Siéphens aîpu faire cette remarque, si l'on considère que ce savant connaissait les écrits d'Herrera et de Cogolludo, auteur, comme nous l'avons vu. de Récits sur les croix Yucatèques et sur leur culte. — « Die Kreuze, welche auf Cozumal, in '^'ucatan, uiid auderen Gegenden von Amerika die Aufmerksamkeit der Conquistadores in so lioliem Grade auf sich gezogen haben, beruhen Keineswegs auf MdncAssaÿew, sondern verdienen, wie Ailes, was auch nur entfernten Bezug auf den religiosen Kultus der eingeborenen Vblker von Amerika bat, eine ernslere Unteisuchung ». — Humbolt : Kritische Untersuchungen über die historisrhe Enlwickelung der geographischen Kenntnisse von der neuenWelt ; Berlin, 1852, Bd. I, S. 544.

2 Mü\lef,Geschichte der Amerikanichen Urreligionea. Basel, 1855. p. 497. — J'ai pris la liberté, dans ma traduction, d’emprunter au professeur Müller son compte rendu de la croix représentée d’une façon un peu plus com])léte daus le manuscrit de M. de Fejervary. Ce manuscrit est reproduitau vol. 111, de l’ouvrage de Lord Kingsborough.

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est purement le symbole des quatre points cardinaux, des quatre vents. « Les missionnaires catholiques, dit-il, trouvèrent que la croix, n’était pas un objet d’adoration nouveau chez la race rouge, et ils ne savaient s’il fallait attribuer ce fait aux pieux labeurs de saint Thomas ou à la subtilité sacrilège de Satan. Elle occupait le centre du grand temple de Gozumel, et se conserve encore dans les bas-reliefs des ruines de la cité de Palenqué. De temps immémorial, elle a\ait reçu les prières et les sacrifices des Aztèques et des Tchèques; elle était appendue comme un auguste emblème aux murs des temples de Popayan et de Gundinamarca. Dans la langue mexicaine, le mot « Groix » porte le nom juste et significatif « d’ Arbre de notre vie, » ou bien « Arbre de notre chair (Tonacaquahuitl), »

« La croix représentait le dieu des pluies et de la santé, et c’était là, par ■ tout, sa simple signification. Les natifs du Yucatan, disent les chroniqueurs, invoquaient la croix comme dieu des pluies, lorsqu’ils avaient besoin d’eau. La déesse des pluies des Aztèques^ tenait une croix à la main, et lors des fêtes célébrées en soii honneur, dès les premiers jours du printemps, des victimes étaient clouées à une croix et ensuite percées de flèches. Quetzalcoatl, le dieu des vents, portait, comme attribut de ses fonctions, une massue en forme de croix d’évêque; sa robe était parsemée de croix en guise de fleurs; l’adoration et le culte rendus à ce dieu étaient entièrement confondus^. Lorsque les Muyscar sacrifiaient à la déesse des eaux, ils tendaient des cordes en travers des profondeurs tranquilles de quelque lac, formant ainsi une croix gigantesque, et, à leur point de rencontre, ils jetaient leurs offrandes, de l’or, des émeraudes, des huiles précieuses. Les bras de la croix indiquaient les points cardinaux, et représentaient les quatre vents, pourvoyeurs de la pluie »

La tentative du docteur Brintou, pour interpréter la signification du Groupe de la Groix de Palenqué, est à coup sûr très ingénieuse, et je la transcris ici, en raison du jour qu’elle peut jeter sur le sujet que traite cette monographie :

* Chalchihuitlicue.

2 Quetzalcoatl fut le premier qui plan'a et adora la croix, que Ton nomma Tonaca-Quehuitl, ce qui veut dire « arbre de la nourriture et de la vie. » Ixtlilxochitl ; Histoire des Chichimeques. Paris, 1840, t. I, p. 5. (Collection T ernaux-Compans.)

3 Brinlon, Myths of the Neva- World, New- York, 1868, p. 95.

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(( Le serpent lumineux, était le dieu de l’abondance; c’était comme le symbole des averses fécondantes de l’été. Né au sein des ondes atmosphériques, il était l’attribut propre de celui qui gouverne les vents. De plus, nous avons déjà vu qu’on représentait les vents comme de grands oiseaux. De là, l’union de ces deux emblèmes dans des noms tels que Quetzalcoalt, Gucumatz, Kukulkan, qui tous sont des appellations du dieu de l’air dans les idiomes de l’Amérique Centrale, et qui, tous aussi, signifient l’Oiseau -Serpent. Là également, nous pouvons voir la solution de ce monument qui a tant embarrassé les antiquaires américains; j’ai nommé la croix de Palenqué. C’est une stèle fixée au mur d’un oratoire. Elle représente une croix surmontée d’un oiseau, et reposant sur la tête d’un serpent. Ce dernier n’est pas bien indiqué sur la planche des Traveh de M. Stéphens, mais on le distingue parfaitement dans les photographies prises par M. Gharnay, qui a été assez aimable pour me permettre d’en prendre connaissance. La croix, je l’ai démontré plus haut, était le symbole des quatre vents; quant à l’oiseau et au serpent, ce sont simplement les rébus du dieu de l’air, qui les gouverne L »

Cette explication serait assez plausible, s’il n’y avait pas lieu de croire que la figure, formant la base de la croix, ne doit probablement pas représenter la tête d’un serpent. Je ne puis la reconnaître comme telle, ni dans le dessin de Stéphens, ni dans la photographie de la pierre centrale de Gharnay. Au sur-plus, les zoologistes du Musée National des Etats-Unis, que j’ai consultés à cet égard, corroborent pleinement cette opinion. Gharnay lui-même l’appelle une hideuse figure d'idole. En outre, les Mexicains et les habitants de l’Amérique Centrale imitèrent généralement dans leurs sculptures le serpent, qui constituait un des principaux éléments de leur mythologie, avec assez d’exactitude pour qu’on puisse facilement le reconnaître. Aussi en concluerons-nous que la figure de Palenqué ne peut être considérée même comme une oeuvre de convention. Mais on trouve un argument encore plus fort contre l’opinion du docteur Brinton, dans le dernier groupe des dessins du Fejervary de Budapest, où nous rencontrons quatre fois représenté une figure qui, on l’a établi, offre, sans exagérer, une remarquable analogie avec le groupe de la Croix de Palenqué. Le bras inférieur de la croix,

* Brinton, Myths of the New- World, Ne-«'-York, 1868, p. 18.

renversé dans la figure 6, nous montre un tronc aux branches horizontales surmontées d’un oiseau. Deux personnages apparemment en prières, se tiennent debout tout auprès. La base du tronc a la forme d’une tête hideuse, à laquelle sont ajoutés deux avant-pieds se terminant en griffes ou doigts -, aucune autre partie du corps n’est visible. Cet être ressemble bien plus à une grenouille qu’à un serpent h

Le docteur Brinton est très hostile à la théorie phallique, il la combat

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