Partie d’une figure du manuscrit Fejérvâry — d'après KlNSGBOROVGIl
avec une véhémence plus grande qu'il n’est nécessaire en cette occurence. En l’appelant « dégradante », il sem])le oublier ce fait, que la pudeur des nations chrétiennes de notre temps n’est de nulle façon une qualité innée, mais tout simplement le résultat d’une longue éducation.
Il ne s’agit pas de savoir si une idée ou un usage répugne à nos sentiments, mais si elle a pu avoir quelque influence sur le développement intellectuel de l’homme. Rien, par exemple, n’excite notre horreur à un plus haut degré que le cannibalisme et cependant il est plus que probable que, dans les siècles
1 Dans la seconde édition de ses « Myths » (New-York, 1876), que j'ai vue pour la piemiére fois, après qu'eût été faite la mention ci-dessus, le docteur Brinton modifie son opinion sur le carac'ére de celte figure. « Le bras descendant (de la croix), dit-il, repose sur un crâne, peut-être celui d'un serpent, mais plus probablement sur un crâne humain, » p. 124.
Ann. g. — X
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
reculés, nos aïeux ont versé dans ces pratiques abominables. En effet, s’il faut s’en rapporter aux monuments d’Hérodote et d’autres anciens auteurs, l’anthropophagie, lors des temps historiques, survivait encore parmi certains peuples européens. Personne ne peut préjuger commentjugeront nos manières de penser et de vivre ceux qui viendront après nous. Celles-ci, d’ailleurs, se modifieront grandement encore, à coup sûr, avec la marche progressive de la civilisation.
Le sujet auquel le caractère de cette publication m’a forcé de faire allusion a été traité par M. Squierdans son ouvrage intitulé the Serpent Symbole and loorship of the reciprocal principles of nature in America, et de plus, récemment, tout à fait à fond par M. Bancroft dans son ouvrage souvent cité : Native Races of the Pacific States. Les idées de M, Squier diffèrent de celles de M. Bancroft; cela est prouvé par le passage suivant relatif à la croix : « La rencontre fréquente de la croix qui, dans des parties si nombreuses de la terre, chez des peuples si séparés les uns des autres, a servi à symboliser le principe vivifiant, créateur et fertilisant de la nature, est peut-être l’une des évidences les plus frappantes de l’antique reconnaissance par les Américains des principes réciproques de la nature, surtout lorsque nous nous rappellerons que le mot mexicain, usité pour désigner cet emblème, Tonacaquahuitl, signifie « arbre d’une seule vie, ou de la chair* ».
M. Squier, considère les croix du Yucatan comme différant, par la signification, du Tonacaquahuitl ou arbre de vie, qu’il croit être représenté sur la croix de Palenqué^; le docteur Valentini, à en juger d’après un passage d’une lettre à moi-même adressée, regarde aussi la sculpture de Palenqué comme l’arbre symbolique de vie. Jusqu’à meilleures informations, nous sommes autorisés à voir dans le bas-relief de Palenqué un monument commémoratif d’un sacrifice propitiatoire au dieu de la pluie, accompli, peut être, durant une période de souffrances inouïes causées parle manque d’eau. Toutefois, il peut se faire que sa véritable signification soit tout autre et qu’on ne la connaisse positivement que lorsque le sens des caractères qui l’accompagnent aura cessé d’être une énigme.
* Baurroft, Races Primitives, etc., vol. III, p. 50G.
® Note 30 de sa Traduction de Palacio, p 120.