I.A STÈLE DE PALENQUÉ
de même famille, était en usage chez les constructeurs de Palenqué, aussi me plais-je à maintenir que cet idiome est la base des signes que présentent les stèles des ruines de cette ville. Si nous attribuons à ces stèles une antiquité de dix siècles, ce qui est probablement une appréciation modeste, la clef do Landa, si elle était applicable au Maya tel qu’il était parlé il y a trois cents ans environ, ferait défaut pour déchiffrer la signification des hiéroglyphes de Palenqué, parce qu’ils expriment le Maya d’une période beaucoup plus reculée et, par là, différent de l’idiome en usage au temps de la conquête ^ Mais si, comme il a été affirmé, Palenqué fut élevé par les Toltèques, après leur retraite d’Anàhuac au onzième siècle de notre ère, les inscriptions hiéroglyphiques doivent naturellement être rapportées à une période plus récente. J’ai peine à croire à une haute antitpiité des ruines de l’Amérique centrale, toutefois^ d’après ma pensée, elles devaient exister avant la civilisation des Toltèques dans cette partie du continent. Les traditions relatives à un tel état de choses, et aussi les hiéroplyphes mêmes, corroborent cette manière de voir.
M. de Gharencey a fait quelques tentatives pour déchiffrer les hiéroglyphes
* Je ne puis m'abstenir de noter ici, pour plus de clarté, les observations de Sir Charles Lyell sur la mutabilité des langues. — « Aucun des langages parlés, cà et là dans l'Europe moderne n'a mille ans d'existence. Nul savant anglais, qui ne s'est pas spécialement adonné à l'étude de l'anglo-saxon, ne peut interpréter les documents dans lesquels sont écrites, au temps du roi Alfred, les chroniques et lois de l'Angleterre, de telle sorte que nous pouvons être sûrs que ]ias un Anglais du dix-neuvième siècle ne pourrait s'entretenir avec les sujets de ce monarque, si ces derniers pouvaient maintenant être rappelés à la vie. Les difficultés qui se produiraient ne viendraient pas simplement de l’intrusion des termes français, conséquence de l'invasion normande, parce que celte considérable porlion de notre diome (renfermant des articles, des pronoms, etc.) qui est toute saxonne, a également subi une grande transformation sous le rapport des abréviations, des nouveaux modes de prononciation, de telle façon que ces deux langues Germaniques, l'ancienne et la moderne, sont tout-à-fait dissemblables. Si les personnes qui parlent l'allemand à l’heure présente, enli'aient en contact avec les Teutons, leurs ancêtres du neuvième siècle, elles seraient tout-à-fait incapables de tenir conversation avec eux; de même, les sujets de Charlemagne n'auraient jm échanger leurs idées avec les Golhs de l'armée d'Alaric, ou bien avec les soldats d’Arminiusau temps de César Auguste. Si rapide, en effet, a été le changement en Allemagne, que le poème épique « Nibelimjcn Lied », jadis si populaire et vieux à peine de sept cents ans, ne peut être interprété mantenant que par les érudits.
« Si nous portons ensuite nos regards vers la Fiance, nous rencontrons encore la même évidence du mutations incessantes. Il y a un traité de paix existant en-’ore, comptant mille années environ, entre Charles le Chauve et le roi Louis de Germanie (daté de S'il), dans lequel le roi d'Allemagne fait un serment en langue française de l’époque, tandis que le roi français jure en allemand du temps, eh bien, ces deux serments pourraient seulement être traduits intelligiblement pur les savants de ces deux contrées. De même, en Italie, les Italiens d’aujourd’hui ne peuvent aller beaucoup au-delà de Dan'e, c'est à-dire quelque six cents ans avant notre époque. » Antiquily of Man, quatrième édition. Londres et l’hiladelphie, 1873, p. 508,
Ann. g. — X
ANNALES DU MUSEE GUIMET
de Palenqué. Il donne dans les Actes de la Société philologique (tonie I®'', 11° 3, mars 1870), son Essai de déchiffrement d’un fragment d’inscription
Figure d 0.
Hiéroglyphes de la Stèle gauche du Temple de la Croix