‹ La stèle de Palenqué du Musée national des Etats-Unis, a WashingtonChapitre 6 sur 29 · LA STÈLE DE PAI-ENQUÉ · texte numérisé non relu

LA STÈLE DE PAI-ENQUÉ

Del-Rio, dans la traduction anglaise, sont exactement celles de Diipaix, seulement un peu améliorées, surtout pour les contours des figures humaines. Les erreurs même de Gastanéda, qui ont été constatées par d’autres représentations plus récentes et plus correctes des mêmes objets, sont reproduites dans les planches de la traduction anglaise du rapport de Del-Rio. C’est ainsi que la position absolument inexacte des hiéroglyphes du Groupe de la Croix se remarque dans la planche de Del- Rio, comme dans colle de Dupaix, et il est facile de relever de semblables défauts communs aux deux ouvrages qui ne résultent réellement pas du hasard. Chiant aux descriptions de Del-Rio, elles ont certainement quelque valeur, quoiqu’elles manquent de la précision et de l’exactitude de celles des explorateurs modernes. Los planches n’étant pas numérotées, les renvois aux figures sont souvent obscurs et seraient même inintelligibles si on n’avait des guides plus sûrs dans les ouvrages plus récents publiés sur Palenqué C

Les trois expéditions faites do 1805 à 1807, en exécution d’un ordre royal pour explorer les antiquités du Mexique, par Guillaume Dupaix, capitaine de dragons en retraite, sont beaucoup plus importantes. 11 était accompagné par Luciano Gastanéda, ingénieur et dessinateur, par un secrétaire et une escorte militaire. Dans sa troisième expédition, en 1807, il arriva à Palenqué où il passa plusieurs mois à étudier consciensieusement les ruines. Le manuscrit de son rapport et ses dessins devraient être en Espagne ; mais l’explosion de la révolution mexicaine dérangeât ce projet et ces documents demeurèrent pendant cette période de troubles sous la garde de Gastanéda qui les déposa dans le musée de la ville de Mexico

A la même époque les copies des dessins de Gastanéda possédées par Latour-Allard furent recopiées par Augustin Agiio et publiées en 1830 dans le vol. IV àesMexican Antiquiiies de lord Kingsborough. Trente-quatre

1 Je connais deux traductions allemandes du Raj'port de I.'el-Rio : Iluehuetlapallan, Amerikais grosse Urstadt in dem Kônigreich Guatemala. Nea entdeckt vont capitain Antonio Del-Rio, etc. Mit 17 grossen Zeichnungen in Steindrück, Meiiiingen, 1824 ; et Jieschreibung ciner alten Sladt, die in Guatemala (TÇeuspanien) unfern Palenqae entdeckt icorden ist. ISach der englischen Vehersetcung der Spanischen Original Ilandschrif t des capitains Antonio Del-Rto, etc., Mit 14 lithogr. Tafeln von Minutoli, Berlin, 1882.

Selon Bancroft la Société de Géographie en a [jublié une trarluclion française par M. V\'arden, avec une partie des planches, et le Rapport original de Uel-Rio a paru en espagnol en 18ôj dans le Dicionario Universal de Geografia, etc., t. VUI, pp. 528-33.

Ann. g. — X

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(les nombreuses [)lauches qui composent ce volume se rapportent à Paleuquê. Une copie du texte espagnol de Dupaix, acquise on ne sait comment par lord Kingsborougli, parut en 1830, comme partie du volume V de l’ouvrage que nous venons de citer, sous le titre de Viages de Guillelmo Dupaix sobra las Anliguïdades Mejicanas, et, en 1831, le sixième volume du magnifique mais peu maniable ouvrage de Kingsborougli contenait une traduction anglaise du même rapport sous le titre de The monuments of Neio-Spain bg M. Dupaix. Ainsi la gloire d’avoir mis au jour pour la première fois les résultats des travaux do Dupaix revient au zèle sans exemple de ce gentilhomme qui consacra son temps et sa fortune à réunir et à publier tous les documents existants qui pouvaient servir à faire connaître l’histoire et les arts de l’ancien Mexique.

En 1828 le gouvernement Mexicain céda le manuscrit et les dessins de Dupaix à AI. II. Baradère qui les publia à Paris en 1834, en deux grands infolios intitulés : Antiquités mexicaines. — Relation des trois expéditions du capitaine Dupaix ordonnées en 1805, 1806 , pour la recherche des

antiquités du pays, notamment celles de Mitla et de Palenqué, accompagnée des dessins de Castanéda, etc., suivie T un parallèle de ces monuments avec ceux de V Egypte, de V Indoustan et du reste de V Ancien Monde, par Alexandre Lcnoir, etc. Le premier volume précédé d’une dédicace de M. H. Baradère au Congrès Alexicain, contient, en plus des autres matières, des notes et dos commentaires de plusieurs auteurs, Warden, Fârcy, Baradère, de Saint-Priestj le rapport de Dupaix est imprimé en espagnol et en français. Un atlas de cent soixante-six planches forme le second volume.

Parmi les auteurs qui seront cités dans les pages suivantes, je dois mentionner le colonel Juan Galindo qui communiqua des notes sur les antiquités du Alexique et de l’Amérique Centrale aux Sociétés savantes de l’Europe et de l’Amérique. Une de ses lettres est particulièrement intéressante par ses observations sur Palenqué; elle est adressée à la Société de géographie de Paris en date du 27 avril 1831, et figure dans les Antiquités mexicaines parmi les notes et documents annexés sous le titre de Notions transmises par J/. .Juan Galindo, officier supérieur de l' Amérique Centrale, sur Palenqué et autres lieux circonvoisins. Une autre communication sur les ruines de Copan, incidemment sur celles de Palenqué, a été adressée par lui cà M, Tho-

mas L. Winthrop, président de l’American Antiquarian Society ; elle est datée de Gopan, 19 juin 1835, et figure dans le second volume de VArchæologia A mericana * .

C’est à l’artiste français cité dans les lignes précédentes, Jean-Frédéric Waldeck, que nous devons les documents les plus complets sur l’exploration des ruines de Palenqué. Né en 1766, il mourut en 1875, à l’âge très avancé de cent neuf ans. En 1798, il avait accompagné comme volontaire la fameuse expédition scientifique d’Egypte; plus tard, il voyagea dans différentes parties de l’Afrique au prix de dangers et do fatigues innombrables. Dans le courant de l’année 1819, il visita le Chili et d’autres parties de l’Amérique. De retour en France, il copia les planches de l’ouvrage de Del-Rio, et, croyant avoir trouvé des inexactitudes dans ces dessins, il prit la résolution d’explorer en personne ces ruines. En 1832, âgé de soixante-six ans, âge auquel la plupart des hommes éprouvent le besoin de se reposer des soucis et des fatigues de la vie active, il arrivait à Palenqué plein de vigueur et d’enthousiasme, et se construisait, au pied de la pyramide qui supporte le Temple de la Croix, une habitation où, d’après son propre témoignage, il vécut deux années activement occupé cà étudier et à dessiner les ruines^. Les moyens de mener à bien son œuvre lui avaient été fournis en partie par le gouvernement mexicain, alors dirigé par Bustamanta.

Plusieurs années s’écoulèrent cependant depuis son retour en France, avant que les résultats de ses travaux fussent révélés au monde savant. Enfin, en 1860, le gouvernement français chargea une commission composée de MM. Mérimée, Angrand, de Longpérier, Antin, de Saint -Priest et Daly, d’examiner les dessins de Waldeck, et de faire un rapport sur leur valeur. L<“

1 Stéphens l’aconte la fin tragique du colonel Galindodans son ouvrage Central America, etc., vol. I, p. 423. Servant sous les ordres du général Morazan, il périt dans une rencontre désastreuse prés de Tégucigalpa dans le Honduras. Gel événement se passa pendant le voyage de Stéjihens.

2 ^^'aldeck, Voyage pittoresque et archéologique dans la province de Yucatan, Paris 1838, p. VIII. Cet ouvrage est un grand volume in-folio, richement illustré, que l'auteur dédie à Lord Kingsborough qui lui avait généreusement fourni les ressources nécessaires pour accomplir ses recherches. La partie archéologique traite principalement des ruines d'Uxmal. Cette exploration était plus récente que celle de Palenqué, mais il hâta la publication de son livre, craignant que quelque autre s’emparât du sujet parce que ses dessins avaient été confisqués par ordre du président Santa-Anna, chef du même gouvernement, dit-il, qui lui avait autrefois prêté assistance. Il avait heureusement gardé des duplicata de ses dessins qui lui permirent d’illustrer le volume. Il se plaint amèrement de ce traitement et appelle les mexicains des barbares indignes d'être mis au rang des nations civilisées.

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verdict ayant été favovorable, les planches jugées dignes d’être publiées furent choisies et mises en œuvre. Le texte de Waldeck ne fut pourtant pas accepté, et la partie littéraire de l’œuvre fut confiée à la jdume de Brasseur de Bourbourg. L’ouvrage parut à Paris en 1860, en un grand volume in-folio intitulé : Monuments anciens du Mexique. Palenqué et autres ruines de l'ancienne civilisation du Mexique. Collection de vues, bas-reliefs, etc., dessinés par M. de \Valdecb. Texte rédigé par M. Brasseur de Bourbourg . Le titre constate ensuite que l’ouvrage est publié sous les auspices du Ministre de rinstruction publique.

Voici quelles sont les divisions de cet ouvrage :

1“ Avant-propos, contenant le rapport de M. Léonce Angrand sur les dessins de Waldeck, adressé au Ministre de l’Instruction publique, et divers autres détails sur la publication de ce volume.

2“ Introduction aux ruines de Palenqué, traitant de la découverte des ruines et des différents rapports qui y ont trait (Galdéron, Beruasconi, Munoz, Del-Rio, Dupaix, Stéphens, Morelet, Gharnay).

3® Recherches sur les ruines de Palenqué et sur les origines de V ancienne civilisation du Mexique. Huit chapitres, comprenant une étude très consciencieuse sur les peu|)les du Mexique et de l’Amérique centrale; leurs traditions, migrations, mythologie, mœurs, etc.

4° Description des ruines de Palenqué et explication des dessins qui y ont rapport, rédigée par M. de Waldech. Seule part littéraire qu’il ait à ce volume, ce n’est qu’une liste descriptive des planches, comprenant huit pages seulement. « Les éditeurs, dit Bancroft, ont probablement agi sagement en rejetant l’ensemble du texte de Waldeck, parce que ses conjectures archéologiques sont toujours plus ou moins absurdes; mais il aurait mieux valu donner plus d’importance à ses descriptions L » Il en résulte que les données nouvelles sur les ruines elles-mêmes, que contient ce livre, sont presque exclusivement comprises dans les planches. Le savant abbé, éditeur du livre, ne pouvait apporter aucun fait nouveau, puisqu’il n’avait pas visité Palenqué à l’époque où parurent les Monuments anciens. Il vit les ruines quelques années plus tard, en 1871.

* Bancroft, Native Races, etc., vol. IV, p. 293.

Les planches de Waldeck sont des lithog raphies splendides au nombre do soixante-six, dont quarante sur Palenqué. Bien que le mérite artistique de ces dessins soit digne des plus grands éloges, ils inspirent à l’observateur attentif certains doutes sur la fidélité absolue des objets qu’ils représentent. Gomme beaucoup d’artistes, Waldeck a le crayon fia tteur, qualité qui n’a pas échappé aux experts chargés d’examiner les dessins, et qui est qualifié avec indulgence dans le rapport de M. Angrand de «un penchant aux restaurations ». Il me semble que ces dessins présentent les proportions anatomiques des figures humaines bien mieux que les sculptures elles-mêmes. C’est évidemment le cas pour les figures droites de la pierre centrale du groupe de la Croix que j’ai comparé avec la photographie correspondante de Gharnay, dont nous reparlerons plus loin. Des considérations de cet ordre, c’est ici le cas de le dire, m’ont décidé à prendre pour les principales illustrations de cette monographie la représentation du bas-relief par Gatherwood, de préférence à celle de Waldeck. Il faut bien avouer cependant qu’on ne peut pas juger sérieusement le mérite d’un dessin quand on ne connaît pas l’original.

En 1839, le président Van Buren confia à M John Lloyd Stéphens, de New-Jersey, une mission diplomatique dans l’Amérique centrale, charge qui lui laissait beaucoup de temps pour des voyages et des explorations d’un genre tout spécial qu’il avait précédemment exécutées avec succès en Egypte, en Arabie et en Palestine. En dix mois, il explora huit cités ruinées, et, à son retour aux Etats-Unis, publia son célèbre ouvrage : IncidenU of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan illlustré par son compagnon de voyage, l’artiste Gatherwood, de Londres. Tandis que s’imprimait ce livre, Stéphens s’embarquait de nouveau, toujours avec Gatherwood, pour le Yucatan, où ses immenses explorations de ruines lui fournirent la matière d’un second livre. Incidents of Travel in Yucatan'^. La réputation de Stéphens, comme auteur de talent et véridique, est si bien établie, que tout nouvel éloge peut paraître superflu ; une large part de gloire revient également à Gatherwood, l’habile dessinateur.

(( Relativement à la compétence de ces explorateurs, dit Bancroft et à la

* Première édition, New- York, 1842 (2 volumes).

2 Première édition, New-York, 1843 (2 volumes).

2 Bancroft, Natives Races, etc., vol. IV, p. 293.

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fidélité de leurs textes et de leurs dessins, il ne peut y avoir qu’une seule opiiiîon. Leur livre de Chiapas ne le cède qu’à leur ouvrage sur le Yucatan. »

Brasseur de Bourbourg, qui lui- même voyagea dans ce pays, montre presque autant d’entliousiosme. A propos des Incidents of Travel in Yucatan, il dit :

« Malgré quelques imperfections, ce livre restera toujours un ouvrage de premier ordre pour les voyageurs et les savants, c’est là qu’on trouve pour la première fois, avec une fidélité presque photogimphique, cette série de monuments dont l’Egypte elle -même se serait enorgueillie, et à l’authenticité desquels, il y a trois ans à peine, M. Gharnay est venu apporter avec ses belles photographies le plus éclatant témoignage L » Le docteur Cari Hermann Bérendt, mon ami regretté, qui avait vu presque tous les lieux visités par Stéphens, m’affirma, à plusieurs reprises, qu’avec les livres de ce voyageur pour guide, il s’était parfaitement orienté au milieu des ruines décrites par lui.

Le récit de Stéphens sur Palenqué, qui nous occupera surtout dans le cas actuel, constitue une partie considérable (pages 289 à 365) du premier de ses ouvrages, et la plupart des planches de ce volume représentent des monuments et des bas-reliefs de Palenqué. Si on considère que son exploration exacte des ruines, faite en mai 1840, ne dura que trente jours rendus pénibles par les pluies de la saison, on sera réellement frappé d’étonnement de la somme de travail produit par lui et son associé. Il faut aussi se rappeler que si Waldeck a exploré les ruines de Palenqué plusieurs années avant Stéphens et Gatherwood, Jes résultats des travaux de ces messieurs ont été publiés bien longtemps avant les siens, et que, par conséquent, ils ne peuvent en aucune façon avoir bénéficié de ceux de leur prédécesseur.

G’est ensuite la visite faite à Palenqué par le naturaliste Arthur Morelet qui appelle notre attention; en 1843, il passa quinze jours dans les ruines, ainsi qu’il le dit dans son Voyage dans V Amérique Centrale, Vile de Cuba et le Yucatan, Paris, 1857. La partie la plus intéressante de cet ouvrage a été traduite en anglais par M™" M. F. Squier, et publiée sous le titre de Trarels in Central America, New-York, 1871. S’en rapportant aux explorateurs

i Brasseur de Bourbourj?, Archives de la Commission scientifique du Mexique, Paris, 1865, U, P 91.

LA STELE DE DALENQUE

précédents, M. Morelet ne fait aucune description des ruines ; mais son récit offre beaucoup d’intérêt sur d’autres points, ainsi que le montreront mes citations fréquentes.

Il faut encore citer le grand atlas de vues photographiques des ruines du Mexique et du Yucatan, prises par M. Gharnay qui visita le continent occidental en 1857 avec la mission, donnée par le gouvernement français, d’explorer les ruines do l’Amérique. Son atlas est accompagné d’un volume in-S” intitulé Cités et Ruines américaines : Milia, Palenqué, Izarnal, Ghichen-Uza, Uœmal. Recueillies et photographiées pai' Désiré Charnag, avec un texte parM. Viollei le Duc; suivi du voyage et des documents de V auteur. Parus, 1863. Des quatre photographies qu’il a prises à Palenqué, celle de la stèle centrale du groupe de la Croix présente un intérêt tout particulier au point de vue du sujet que nous traitons ici, et nous y reviendrons par la suite.

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