‹ La Stérilisation des Liquides InjectablesChapitre 13 sur 49 · RANK AA · texte numérisé non relu

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milieux liquides on n'aura pas à redouter une agglomération de germes qui rendrait l'imprégnation lente et difficile. H va sans dire évidemment que l’on devra écarter tout antiseptique qui pourrait former avec la solution à stériliser une combinaison chimique.

Toutefois, même dans ces conditions, il reste établi que la stérilisation par les antiseptiques n’est qu’une stérilisation relative (puisqu'elle laisse subsister certains microorganismes et principalement leurs spores), et que, par suite, la stérilisaton des solutions antisepliques elles-mêmes, n’est pas toujours, comme on pourrait le penser de prime abord, une opération superflue.

Au point de vue clinique, Pintroduction d’un antiseptique n'est pas non plus sans danger. Les accidents dûs à l'emploi du phénol, du sublimé, etc.…., surtout chez des malades dont l'élimination rénale est imparfaite, sont trop connus pour qu'il soit utile d’insister (1); d’ailleurs, le seul fait de l’introduction d’une substance étrangère dans le liquide à stériliser n'est-il pas déjà un inconvénient assez sérieux pour justifier l'emploi d'une autre méthode de stérilisation ?

Je me suis contenté, en citant des auteurs autorisés, d’exprimer au sujet des antiseptiques, une opinion universellement admise aujourd’hui.

Il me reste à indiquer dans quels cas il faut cependant avoir recours à eux. Nicozce et REMLINGER (2) s'expriment ainsi : « On conçoit que le rôle des antiseptiques doive se borner à « entraver le développement des microbes dans les liquides

de l’asepsie desquels on n’est pas absolument certain. »

On s'explique ainsi aisément la parfaite conservation aseptique de certains liquides à base d’alcool ou d’éther, des solutions d’iode, de sublimé, de phénol, etc..., assez concentrées, pour lesquels une stérilisation unique par la vapeur (une séance de trois quarts d'heure, ou trois séances de 15 minutes, trois jours consécutifs) est suffisante pour prévenir le développement des germes, même à la rigueur au contact de l'air.

Pour conserver les liquides en récipients non scellés, les

solutés, par exemple, qui sont destinés à être utilisés en plu-

(4) Voir Brun. Des accidents imputables aux antiseptiques; Thèse

agrég., 1886. Es ‘(21 Nicoze et REMLINGER : Traité de technique microbiologique, p.

Paris, 1902

2e Sete

sieurs fois, l'addition d’un antiseptique paraît tout à fait recommandable. Le rôle de l’antiseptique apparaît ainsi de plus en plus nettement : ne pouvant être un stérilisateur, il sera du moins un agent précieux de conservalion.

On emploie souvent l’eau de laurier-cerise pour la préparation des solutions de chlorhydrate de morphine, le phénol pour la préparation des solutions de cacodylate de soude (formule Gaurier), ou de certains sérums artificiels (CHéRoN, Barper, etc). Nicozce rappelle (1) qu’à l’Institut Pasteur on ajoutait autrefois dans les flacons de sérum antidiphtérique ou antitétanique une parcelle de thymol ou de camphre, et qu’actuellement encore, on additionne le sérum de la peste bovine de 0,4 p. 100 de phénol.

Stérilisation par la chaleur.

On sait que la destruction des germes se traduit par une coagulation protoplasmique, et que par suite, la température mortelle n'est pas la même pour tous les protoplasmes. Toute matière coagulable a sa température de coagulation qui dépend à la fois de la matière coagulable et du milieu (2). Il n’y a pas d’ailleurs de température mortelle proprement dite, non plus que de température de coagulation. Entre certaines limites, toute coagulation exige pour se produire, un certain temps, d'autant plus court que la température est plus élevée. Il en est de même pour l’action bactéricide, entre certaines limites de température; c'est-à-dire qu'il y a en réalité une zone de températures mortelles, et qu'il est indispensable, dans tous les cas, de tenir compte à la fois de la température et de la durée d'action. D'après Yersin, (GrANCHER, LEnoux-LEparp, Forsrer, les cultures de B. de Koch, par exemple, perdent leur virulence quand on les chauffe 10 minutes à 70°. D'après ne Man (3), les bacilles en milieu liquide sont tués en 1 heure à 60°, en 15 minutes à 65°, en 10 minutes à 70°, en 5 minutes à 80°, en 2 minutes à 90°, en 1 minute à 95°.

D'autre part, une matière albuminoïde se coagule d’ tt moins facilement qu’elle contient moins d’eau; tout à fait sèche elle ne se coagule plus. Aïnsi la dessication augmente le degré

(1) Ouvrage cité, p. 78-79.

(2) Pour la plupart des matières albuminoïdes l’acidité abaisse et l'alca-

linité élève la température de CR BUQURS (3) Voir DucLaux. ouvrage cité, p. 282.

ER de résistance des microbes à la chaleur, et c’est une des raisons pour lesquelles la spore, pauvre en eau et riche en matières grasses, résiste davantage que le bacille adulte à l’action de la chaleur (1).

STERNBERG à constaté (2) que la température mortelle pour les bactéries sans spores (dans leur milieu de culture et pour 10 minutes d'action) parait être comprise entre 50° et 65°, mais Duczaux, rappelant les résultats obtenus par Miouer, Van Tir- GHEM, GLOBIG, LynrA Rasnowircn, et par lui-même (sur les éyrothrix), à fait remarquer que ces températures mortelles deviennent pour certaines espèces thermophiles des températures de prédilection; aussi, comme entre ces espèces et d’autres plus fragiles il existe peut-être tous les intermédiaires, la seule conclusion à tirer est celle-ci : L'échelle des températures mortelles pour les bactéries sans spores s'étend de 50 à 100°.

Ces chiffres s'appliquent à des bactéries contenues dans leur milieu de culture, et non aux bacilles en milieu sec, qui sont moins vulnérables. Nous savons en outre qu'il faut distinguer au point de vue de l’action bactéricide : la chaleur sèche et la chaleur humide.

Quant aux spores : beaucoup supportent l’ébullition sans dommage. « Nous savons, dit Scaimmereusca (3), qu'il existe « des spores en assez grand nombre qui peuvent être sou- « mises pendant des heures à l’action de l’eau bouillante « et de la vapeur sans éprouver d’altération. Les spores du « bacille du foin et du bacille qui existe dans la terre des jar- « dins résistent à l’action de la vapeur pendant 2 heures, et « GLosiG nous a fait connaître un bacille se développant sur la « pomme de terre et dont les spores conservent leurs fonctions « vitales après une ébullition de quatre heures dans l’eau. » Il est vrai, ajoute le même auteur, que si nous devions régler la puissance de nos méthodes de désinfection d’après la résistance de ce bacille, nous créerions des exigences irréalisables dans la pratique. Heureusement, ces espèces si rebelles aux méthodes destérilisation ne sont pas pathogènes pour l’homme.

Tyvazz (4) a vu certaines liqueurs supporter, sans devenir

(1) Une autre raison de la résistance de la spore est l’existence d’une membrane d’enveloppe très résistante à tous les agents physiques et chi-

miques.

(2) Manual of Bactériology. New-York, Wood et Cie, 1892. (3) Ouvrage cité, p. 46.

(4) Voir Duczaux, ouvrage cité, p. 281.

stériles, deux heures d’ébullition. Il existe des spores (1) qu'une température de 460°, à sec, ne suffit pas à détruire.

On peut dire, en résumé, avec Ducraux, que la très grande majorité des bactéries adultes périt au-dessous de 100°, tandis que la grande majorité des spores résiste à quelques minutes d’ébullition ; aussi considère-t-on habituellement comme nécessaires pour la stérilisation :

Soit une température dans l'air sec de 450 —160° pendant 3 heures; soit une température dans l’air sec de 180° pendant trois quarts d'heure; soitune température de 415-120° (vapeur d'eau sous pression) pendant 15 minutes ; soit enfin une température moins élevée, mais plusieurs fois renouvelée. Nous allons passer sommairement en revue ces différentes méthodes de stérilisation par la chaleur (2).

4° Chaleur sèche.

La stérilisation par la chaleur sèche, au moyen des étuves ou des fours à flamber (four de Pasteur, four de Chantemesse, etc...) a été et est encore utilisée, surtout pour la verrerie et les objets de pansement,

Les pharmaciens dépourvus d’autoclave ont encore quelquefois recours à ce procédé. Je rappellerai brièvement plus loin les raisons de 13 supériorité d’action de la chaleur humide sur la chaleur sèche. Je me contenterai seulement de rappeler dès maintenant que l’éfuve à eau, qui ne permet pas de dépasser 400°, doit être abandonnée ; que l’éfuve à air convient parfaitement, mais exige l'emploi d'un régulateur (régulateurs de Roux, CHAnCEL, p'ARSONvAL), ou tout ou moins une surveillance fréquente, si l’on veut éviter les élévations trop considérables de température. L'étuve à huile nécessite la même surveillance que la précédente, elle a le double inconvénient d'être longue à chauffer et de dégager pendant la chauffe une odeur d'huile désagréable. L'industrie fabrique

(1) Voir DucraUx, ouvrage cité, p. 275.

(2) On à essayé aussi l’action du froid sur les bactéries. SCHUMACHER, FriscH, etc., ont constaté par exemple que les bactéries résistaient aux températures de — 87° et même de — 1430. PicreT et YoUNG ont pu exposer 20 heures à — 130° des spores charbonneuses, sans atteindre leur virulence. Il en résulte que la réfrigération ne saurait être utilisée comme méthode de stérilisation.

des étuves en cuivre soudé à l’étain qui suffisent pour la dessication des précipités, mais ne peuvent servir pour la stérilisalion ; aussi le pharmacien doit-il les rejeter et adopter de préférence les étuves en cuivre brasé qui supportent facilement 200° et plus.

Comme thermomètres, on emploie des thermomètres à mercure, spéciaux pour éluves, et gradués de — 10° à 300 ou 360°.

A défaut d'étuve, on peut utiliser un four-à-poèle de cuisine.

D'une façon générale, la stérilisation complète dans la chaleur sèche est obtenue après un $éjour d'au moins une demiheure à 180°. Avec une heure on à une certitude absolue.

Rorserr er Leseurre ont fait une critique approfondie de la chaleur sèche et des étuves (1). « La température élevée à « laquelle il faudrait chauffer les étuves, en rend le réglagetrès « difficile. Les pertes brusques de chaleur sont d'autant plus « inévitables que la différence entre la température extérieure « et la température intérieure de l’étuve est plus” considé- « rable. »

En outre, il n'existe pas d'étuve sèche où la chaleur se réparüsse régulièrement en tous les points. On observe des différences pouvant atteindre au moins 30°.

« Dans ces étuves, c’est la conductibilité des parois qui agit « principalement, la chaleur se transmet aux produits par « rayonnement et par convection ». (2)

L'air, chauffé au contact direct de la paroi, transporte la chaleur ainsi absorbée sur les produits à stériliser, les zones plus froides viennent se substituer à l'air chaud dont la densité est moindre. Suivant la distance qui le sépare du foyer etde la paroi, l'objet à stériliser reçoit une somme trèsinégale de chaleur; dans tous les cas, la température y est très inférieure à celle marquée par le thermomètre de l’étuve. Dans le cas d’une solution hypodermique il est facile de s'en assurer en y plongeant un thermomètre à maxima avant d'effectuer le chauffage. Au contraire, nous le verrons, avec la vapeur saturée: une série decondensations successives se produit, et la pénétration dé la chaleur se fait rapidement jusqu’au centre.

Certaines spores résistant à des températures supérieures

(1) Ouvrage cité, p. 12 à 17.

(2) Roserr et LESEURRE, ouvrage cité, p. 12.

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