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I. — LA STÉRILISATION DANS LES DIFFÉRENTES PHARMACOPÉES

La question de la stérilisation des liquides injectables, bien qu'elle intéresse directement Le pharmacien, n’a pas encore reçu partout une solution officielle.

Les différentes pharmacopées se bornent le plus souvent à donner quelques indications générales, et le pharmacien reste seul juge du mode opératoire à suivre lorsqu'il se trouve en présence de prescriptions médicales non mentionnées au Codex.

D'ailleurs, tandis que le nombre des formules injectables inscrites dans les différentes pharmacopées est extrêmement réduit, la quantité des liquides employés sous forme hypodermique s’est considérablement accrue.

Au début, le pharmacien s’est contenté de faire bousiies la solution élire instants et de la filtrer; les connaissances actuelles sur l’asepsie, et notamment sur la résistance des spores, ont démontré l'insuffisance d’une pareille méthode.

On a reconnu la nécessité d'obtenir des liquides vraiment stériles et pouvant se conserver tels indéfiniment. C’est dans ce but d’ailleurs que l'emploi des petites ampoules s’est généralisé.

J'ai indiqué au début de ce travail les raisons qui nécessitaient la stérilisation des solutions hypodermiques; j’ai rappelé entre autres les résultats des recherches de Scnmmuergusen sur la quantité moyenne de bactéries contenues dans les divers liquides injectables préparés ordinairement dans les pharmacies.

La meilleure preuve, dit Scnmmuersuseu (1), de l'importance d'une bonne stérilisation nous est fournie par l'usage de la cocaïne.

« À quoi sert en effet une asepsie très rigoureuse dans l'extir- « pation d’un athérome, par exemple, si pour obtenir l’anes- « thésie nous pouvons injecter des milliers de cocci dans le « Champ opératoire. »

L'auteur berlinois-recommandait de stériliser les liquides injectables par ébullition prolongée ou au moyen de la vapeur à 100°, mais comme les petites ampoules n'’existaient pas encore à cette époque (1893), Sarmuersuscn conseillait de ne préparer à la fois que de petites quantités de liquide injectable, de les conserver en vase bien clos, de les faire bouillir de nouveau chaque fois avant de les employer, et d’y ajouter au besoin une petite quantité de substance antiseptique (camphre, créosote, sublimé, phénol). L'addition de IT ou HI gouttes de phénol, par exemple, suffisant à assurer l’asepsie permanente du liquide injectable.

L'auteur ne faisait exception que pour certaines substances fortement bactéricides; l’éther, l'alcool, les solutions d’iode, de sublimé, de phénol, pouvaient, disait-il, se passer de stérilisation. Pour la glycérine et l'huile iodoformées, milieux incapables d'amener la destruction de tous les germes, mais suffisamment bactéricides pour en empêcher le développement, l’auteur préconisait un seul chauffage à la vapeur pendant quarante-cinq minutes, ou un chauffage de quinze minutes répété trois jours de suite; cette stérilisation unique étant suffisante pour assurer la conservation d’une provision de ces liquides (2), à condition de prendre les précautions nécessaires pour en éloigner les souillures.

J'ai dit que la stérilisation était restée longtemps lettre morte pour les pharmaciens ; d'ailleurs les diverses pharmacopées ne lui ont donné droit de cité que depuis quelques années seulement. Nous allons passer en revue à ce propos les Pharmacopées des différents pays.

Les Pharmacopées allemande (1900) et «américaine (1905) ne donnent aueun détail précis sur la stérilisation.

La Pharmacopée anglaise (1898) mentionne déjà les quatre solutions suivantes :

(2) ScHIMMELBUSCH, ouvrage cité, p. 128.

Injection hypodermique de chlorhydrate d'apomorphire (4 p. 100).

Faites bouillir l’eau quelques minutes; après refroidissement ajoutez ocm3,1 de HCI dilué, faites dissoudre dans ce liquide le chlorhydrate d’apo-

morphine et complétez au besoin avec de l’eau récemment bouillie et refroidie le volume de 10cm3:

Injection hypodermique de chlorhydrate de cocaïine(A p.10):

Faites bouillir l’eau, ajoutez un centigramme et demi d’acide salicylique ; dans la solution refroidie faites dissoudre le chlorhydrate de cocaïne, complétez le volume de 10°n3 si c’est nécessaire avec de l’eau distillée récemment bouillie et refroidie.

Injection hypodermique d'ergot de seigle. (Extrait d’ergot, 40%; phénol, 0,3; eau distillée q.s. pour 20°.) Mélangez le phénol à l’eau distillée, faites bouillir quelques minutes,

ajoutez après refroidissement l'extrait d’ergot et au besoin de l’eau distillée récemment bouillie et refroidie pour compléter le volume nécessaire.

Injection hypodermique de morphine (tartrate), à 5 p. 100.

Faites dissoudre le sel dans une quantité suffisante d’eau distillée récemment bouillie et refroidie.

Comme on le voit, la règle générale applicable aux solutions hypodermiques, suivant la Pharmacopée britannique, consiste dans l’emploi d’eau distiilée récemment bouillie.

La nouvelle Pharmacopée de Hongrie (1909) ne consacre que quelques brèves indications générales à la stérilisation; elle cite notamment, sans préciser davantage, l'emploi de la chaleur sèche à 160°, de la vapeur à 100° et de la tyndallisation ; elle dit quelques mots aussi sur la stérilisation des émulsions injectables.

La Pharmacopée autrichienne (1906) ne consacre également à la stérilisation que quelques lignes générales :

Les médicaments qui possèdent par nature ou par suite de leur préparation des qualités microbicides n'ont pas besoin d'être stérilisés (1).

Les médicaments utilisés pour le traitement des plaies ou des muqueuses seront stérilisés sile médecin l’ordonne. En revanche les liqueurs destinées aux injections hypodermiques ou intraveineuses devront toujours être stérilisées. On aura

(1) On peut trouver exagérée l'initiative ainsi laissée au pharmacien; car il est, dans certains cas, très malaisé de définir si une solution à des propriétés antiseptiques suffisantes pour tenir lieu d’une stérilisation.

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