INTRODUCTION
Définition et historique de la Méthode hypodermique et de la Stérilisation des préparations injectables. Considérations générales sur la nécessité de l'Asepsie.
On peut dire, avec Dusarnn-Braumerz (1), que l'organisme humain offre trois voies d'entrée aux médicaments : les muqueuses, la peau et les veines.
Nous dirons quelques mots seulement des deux dernières.
La pénétration par la peau peut être envisagée à trois points de vue. Tantôt le médicament est déposé sur l’épiderme (méthode sus-dermique), tantôt sur la peau préalablement dépouillée de son épiderme (méthode dermique), tantôt il est . introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané (méthode hypodermique).
La première méthode consiste dans l'administration de bains ou de frictions.
La méthode dermique consiste à introduire le médicament, une fois l’épiderme enlevé. C'était autrefois la seule méthode employée pour faire pénétrer les médicaments sous la peau.
« Quand j'étais élève en médecine, dit Dusarnin-BEAUMETz, « c’est ainsi que l’on faisait usage de la morphine. On appli- « quait de petits vésicatoires à l'ammoniaque, et une fois l'épi- « derme enlevé, on saupoudrait la plaie de morphine. »
Aujourd’hui la méthode dermique n'existe plus, elle à fait place à une méthode qui en a tous les avantages sans en présenter les inconvénients : la méthode hypodermique, dont nous allons exclusivement nous occuper.
Certains auteurs (2) font remonter à Fourcrox l'honneur
(1) Duyarnin-BEAUMETz. L'art de formuier. Paris, 1894.
(2) Dupuy et RiBAUT par exemple rappellent que Fourcroy écrivait en 1785 : « Pourquoi n’introduit-on pas sous la peau des substances actives qui trouveraient là les conditions de l'absorption intégrale. » Cours de Pharm., , p. 323. Paris, 1902. k É
d’avoir eu, le premier, l’idée des injections hypodermiques, en 1785. Mais la réelle application de cette méthode à la thérapeutique humaine doit être attribuée à un médecin de province, le D' Lararque, de Saint-Emilion, qui communiqua pour la première fois, le 27 décembre 1836, à l'Académie de médecine un mémoire ayant pour titre : Sur les effets thérapeutiques de quelques médicaments introduits sous l’épiderme (1).
Il donnait à sa méthode le nom d’/noculation médicamenteuse, et voici comment un peu plus tard il s’exprimait à ce propos (2). « Il faudrait employer une longue aiguille dans «. laquelle on ménagerait d’un bout à l’autre un sillon profond « qu'on remplirait d’hydrochlorate de morphine réduit en « pâte. Ainsi armée, cette tige serait dirigée selon l’art à tra- « vers les tissus. »
D'après cette phrase, Dusarnix-Beaumerz (3) fait remarquer qu'il eût suffi à Lararaue de fermer son aiguille et de se servir de préparations liquides pour avoir découvert la méthode hypodermique telle que nous la pratiquons aujourd’hui.
. En tout cas, le procédé des inoculations médicamenteuses fut bientôt abandonné (4).
Si la méthode hypodermique fut mise en œuvre par Macexnie, CLauDE BERNARD et quelques autres expérimentateurs dans leurs laboratoires, elle ne fut réellement appliquée à la thérapeutique humaine qu'en 1856 par Arex. Woo, d'Edimbourg (5), qui imagina de se servir de la seringue inventée par Pravaz, de Lyon. Ce fut Bémier qui fit connaître cette méthode en France en 1859 (6). |
C'est avec les injections de sulfate d’atropine que Woon inaugura la méthode hypodermique.
L'introduction des médicaments à l’aide d’enjections intra-
(4) Mémoire lu par MARTIN SOLON. Bull. Acad. méd., I, p. 249; 1836.
(2) Des avantages thérapeutiques de l’inoculation de la morphine et de quelques autres médicaments énergiques. Bull. Thérap., XXXII, p. 19, 182, 349; 1847. S
(4) Dupuy et RiIBAUT mentionnent que LANGENBECK, TROUSSEAU, ete., se servirent aussi de la lancette pour introduire sous la peau les médicaments solubles.
(5) Voir DuyaRDIN-BEAUMETZ, ouvrage cité, ». 35, et Duruy et Risaur, ouvrage cité, p. 323.
(6) Emploi des injections médicamenteuses sous-cutanées dans le traitement des névralgies et d’autres affections. Bull. Acad. méd., XXIV, p-1096::1859: ut MUCAR
veineuses est une méthode moins employée, bien qu'à l'heure actuelle le nombre de ses indications se soit considérablement accru. En réalité, la crainte de produire des coagulations sanguines a longtemps arrêté beaucoup de praticiens.
L'utilisation de la voie veineuse a été préconisée au commencement du siècle dernier par Scugez (1), mais c’est à Or, de Bordeaux, que revient l'honneur d’avoir proclamé les avantages que pouvaient présenter les injections intra-veineuses (2).
Quelques accidents graves firent abandonner cette méthode, dit Dusarnix-Beaumerz ; et d'autre part ArNozax écrit : « Sou- « tenue par Dengrre et Van Verrer, violemment attaquée « ensuite, la médication intraveineuse était à peu près retom- « bée dans l'oubli, quand la découverte de l’antisepsie et celle « des propriétés thérapeutiques du sérum artificiel ont rapide- « ment refait sa fortune, la première en écartant les plus « graves dangers qu’elle présentait, la seconde en multipliant « ses indications. » |
En Amérique, on a utilisé les injections intraveineuses de lait, procédé dangereux en raison de ce fait que le lait renferme des globules de graisse susceptibles de provoquer des embolies. On a utilisé par la même voie le sang lui-même (transfusion), et un grand nombre de médicaments: sublimé, fer, arsenic, bicarbonate de soude, ete. ; toutefois la méthode fut surtout appliquée dans le cas des sérums artificiels que préconisèrent Dusarpn-Bsaumerz en 1875 (3), et surtout Hayem (4) en 1883.
Aujourd'hui on injecte dans les veines non seulement des solutions limpides, mais aussi certaines préparations métalliques colloïdales. Je ne parlerai naturellement pas dans ce travail, exclusivement pharmaceutique, des instruments (seringues, aiguilles, etc...) (5) qui sont utiliséspour les injections, ni de la technique à suivre pour pratiquer ces dernières, pas plus que des diverses applications thérapeutiques de la méthode hypodermique ou intraveineuse. Je me bornerai à l'étude de la
4) Voir ARNOZAN : Précis de thérapeutique ; I, p. 35, Paris, 1907. 2) Le chloral et la médication intraveineuse. Bordeaux, 1877. , 3) Ouvrage cité, p. 42.
4) C. R. Ac. Sc, XCVII, 144, 1883.
(5) Pour la description des aiguilles et des seringues, voir DuJARDIN- BEAUMETZ, ouvrage cité, et Dupuy et RIBAUT, ouvrage cité, p. 326.
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préparation des liquides injectables, et plus spécialement de leur stérilisation.
Tout d'abord, il me paraît utile de démontrer la nécessité de l'asepsie des liquides destinés aux injections hypodermiques ou intraveineuses. ScammmEeLguscn (1) a relaté de nombreux cas d'infection dùs à des injections pratiquées d’une facon non aseptique.
Ce sont par éxemple les observations de Briecer et Enrricn, de Reparp, de HerscugLuanx, de Jacorr, de KôxiG et EISELBERG, concernant la transmission de l’érysipèle, de la tuberculose ou du charbon par des aiguilles contaminées.
Toutefois il n'est pas démontré, par ces exemples, que linfection provenait de la solution elle-même, 1l apparait au contraire nettement qu’elle était due à la facon de pratiquer l’injection. Le lavage préalable de la peau, la stérilisation de l'aiguille et de la seringue étaient en effet autrefois le plus souvent négligés. Mais les solutions injectables elles-mêmes peuvent être déjà infectées dans l’officine du pharmacien, et le devenir encore davantage au cours des manipulations ultérieures.
Houc et Scnimmersuscn (2) ont fait à ce sujet, dans la clinique de Von BerGmaxx de nombreuses recherches portant sur des produits fournis par diverses pharmacies. La solution de sel de pilocarpine à 1 p. 100 contenait des germes en quantité innombrable, la solution d’ergotine, les solutions à 1 p. 100 de chlorhydrate de cocaine, de chlorhydrate de morphine, de sulfate d'atropine renfermaient près de 10000 germes par ‘*, des solutions de cklorhydrate de morphine en flacons bouchés à l’émeri, renouvelées toutes les 6 ou 8 semaines, contenaient « deux à trois cents schizomycètes par ‘"* ». En revanche les solutions concentrées d’alcaloïdes (à 10 p. 100 par exemple) ne renferment plus que de rares bactéries, et il en est de même évidemment pour les solutions qui sont plus ou moins antiseptiques (glycérine todoformée, huile camphrée), et surtout: pour l’éther, l'alcool, les solutions d'iode, de sublimé et autres composés mercuriels, de phénol, de bisulfate de quinine à 4 p.10, d’antipyrine à 5 p. 10, etc.,
Au sujet du pouvoir antiseptique des solutions pharmaceuti-
(4) Ouvrage cité, p. 125.
(2) SCHIMMELBUSCH, ouvrage cité, p. 126-127.
ques, SCHIMMELBUSCH rapporte (1) que Ferrari a constaté, en pratiquant des ensemencements, que « le saphylococcus pyogenes « aureus périt rapidement dansl'éther, la teinture de musc, les « solutions saturées de quinine, mais reste vivant plus de deux « heures dans la solution de cocaïne à 10 p. 100, au moins « vingt-quatre heures dans la morphine à 2 p. 100 et plus de « six jours dans la glycérine. Par contre dans l’eau distillée, les « solutions de morphine et d'atropine à 1 p. 100, ce microorga- « nisme non seulement subsiste, mais encore se multiplie « pendant plusieurs semaines avec la plus grande facilité. »
SCHIMMELRESCH à constaté personnellement que les solutions de sels de quinine à 10 et 20 p. 100 tuent rapidement les staphylocoques, de mème que l'antipyrine à 50 p. 100, et la caféine à 20 p. 100. Ces microorganismes, en revanche, se conservent plus de huit jours dans la solution de nitrate de strychnine à 0,15 p. 30;on en retrouve des milliers après huit jours d'immersion dans la solution de chlorhydrate de cocaïne à 1 p. 100, et leur nombre va en s’accroissant dans les solutions de sels d’atropine et de morphine à 1 p. 100. Ces expériences de laboratoire concordent d’ailleurs avec les résultats trouvés par Honz et Scaimmersuscx sur des échantillons prélevés dans des pharmacies diverses.
Ces expériences établissent qu'il serait imprudent de se fier à la nature plus ou moins antiseptique des liquides injectables, et démontrent que la stérilisation de ces derniers n’est pas une opération superflue dont le pharmacien puisse à bon droit se dispenser. Cependant, depuis 1856 jusqu'à l'époque où triomphèrent définitivement les théories pasteurennes, c’est-à-dire vers 1880, l’asepsie fut à peu près inconnue; les solutions destinées aux injections hypodermiques étaient préparées le plus souvent comme de simples potions, et les injections pratiquées avec un minimum de précautions. Aussi les accidents consécutifs aux injections n'étaient-ils pas très rares; s'ils n'étaient pas plus fréquents ni plus graves, cela tenait à ce que le tissu cellulaire sous-cutané, où le liquide est introduit, présente des conditions peu favorables à l'infection; et d’autre part à ce que la résorption rapide de la solution injectée diminue immédiatement les germes qu'elle contient et ne leur permet pas de se grouper en colonies. Ces conditions
(1) Ouvrage cité, p. 127.
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changent déjà, comme le démontre la formation assez fréquente d'abcès après des injeclions de préparations insolubles (huile grise, huile au calomel), quand la résorption est moins facile, ou encore quand le terrain, chez un cachectique par exemple, offre moins de résistance.
Une autre raison de la rareté des accidents est qu’en somme, à cette époque, la pratique de l'hypodermie élait assez peu répandue. Elle ne s’est précisément généralisée qu’à partir du moment où l’on a su appliquer les règles de l’asepsie.
Du jour où il fut indiscutablement démontré que la génération spontanée était un vain mot, que les liquides organiques les plus altérables, recueillis aseptiquement, pouvaient se conserver en vase stérile sans Jamais se putréfier, que partout où il y avait décomposition, putréfaction, 1l y avait eu contact direct de l’air, et par suite intervention des germes, la stérilisation devait s'imposer au médecin, au pharmacien, au bactériologiste.
Les nouvelles méthodes ne s'’implantèrent pas d’ailleurs du jour au lendemain, de longues années s’écoulèrent encore avant que la stérilisation fût admise, puis exigée pour les produits de pansement, les instruments de chirurgie et les solutions injectables; et surtout pour que l’on se rendit compte, afin de les résoudre, des difficultés que présentait la destruction absolue et complète de tous les germes.
Tout le monde est d'accord aujourd’hui pour reconnaître que la plupart des progrès réalisés en chirurgie dans ces vingtcinq dernières années sont düs beaucoup à l'application des doctrines de Pasteur sur l’asepsie et la stérilisation. Le développement extraordinaire de la méthode hypodermique, la grande extension prise aujourd'hui par la pratique des injections sous-cutanées, qui permettent d'introduire directement dans l'organisme, dans les muscles ou même dans les veines, des substances dont l’action était souvent modifiée ou compromise lorsqu'elles étaient ingérées, reconnaissent aussi pour cause l’application des mêmés doctrines. |
Je n'ai pas l'intention dans cet exposé bibliographique de faire l’historique des doctrines pasteuriennes, j'en rappellerai seulement les faits principaux qui peuvent se rattacher à mon sujet. rois 2
On pensait généralement, même au temps de Pasreur, que l'ébullition suffit à elle seule à détruire les germes, Or, Bas-
TIAN (1) conslata que des liquides stérilisés par l’ébullition pouvaient se peupler d'infusoires si on lés rendait alcalins. L'auteur voyait dans cette expérience un argument en faveur de Ja généralion spontanée, mais on sait que Pasreur et surtout son élève CuauserLaxD constatèrent qu'un liquide bouilli peut contenir des germes sans que ceux-ci se développent. Ils sont aftaiblis par l'ébullition, et en outre aussi parce que les milieux acides, comme l'étaient les infusions ou décoctions employées par Pasreur, sont des milieux peu favorables à la première évolution des germes. En milieu neutre ou légèrement alcalin, la spore, mème affaiblie par l'ébullition, peut se développer plus facilement; et c'est pourquoi, dit Ducraux, le lait, les solutions de sucre additionnées de carbonate de us ne sont pas toujours rigoureusement stérilisés par un chauffage à 100°, Il faut les porter à 105-108° (2).
De même, pour stériliser sûrement un liquide acide de facon qu'il puisse supporter l'épreuve de Basrian sans se troubler, il faut le chauffer à 110-120°, à cause de l'existence de certaines spores résistantes, comme celles du b.subtilis. C’est de cette notion (3) que date l'introduction de l’autoclave dans les labo-
ratoires.
Les mêmes auteurs, dit encore Ducraux (4), constatèrent que
(1) C. R. Ac. Sc., LXXXIIL, 159, 362, 488 ; 1876.
(2) Ducraux. Traité de microbiologie, I, 92. Paris, 1898.
(3) Je rappellerai que les conclusions de CHAMBERLAND sont les suivantes :
« 4° Les liquides neutres peuvent être portés très longtemps à la tempé- « rature de 400° sans être rendus stériles. Le temps nécessaire pour leur « stérilisation est variable avec la nature du liquide.
« 2° Les liquides peu acides (ceux dont l’acidité est inférieure à 5em3 de « SO'R2 N/10 pour 20em3 de liquide) se conservent lorsqu'on les fait bouillir « dans des ballons flambés, mais ils ne sont pas stériles, au vrai sens du « mot, car ils peuvent encore renfermer des germes vivants qui se déve- « loppent dans des liquides neutres.
« 3° L’ébullition de l'eau dans un appareil, même pendant plus d’une « heure, peut ne pas être suffisante pour la priver de tous germes vivants;
« 4° Le b. subtilis, dont les germes offrent une si grande résistante à « l’action de la chaleur, ne se développe pas du JUL dans les: liquides « notablement acides. »
Cn. CHamBERLAND. Recherches sur l’origine et le développement des organismes microscopiques. Thèse doctorat ès sciences phys. Paris, 1879.
Quant à Ducraux, voici comment il s? exprime sur le même sujet:?r « Nous avons dû chauffer les Jiquides à, 145°, parce que c’est à cette, « température qu’on est le plus sûr de ne laisser aucune CIRE vivante, » Ouvrage cité, p. 285.
(4) Ouvrage cité, p. 92. ; | ; |
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la température de 120° stérilise sûrement les liquides, quelle que soit leur réaction, mais qu’elle est insuffisante pour tuer les germes ou spores qui la subissent & sec. Un vase à moitié plein chauffé à 120° peut être stérile dans la partie occupée par le liquide, et non au-dessus, s’il s'y trouve des cols, anfractuosités, etc, où le matelas d'air empêche la vapeur de se diffuser.
Ces expériences, qui montraient l'utilité du flambage des récipients, établissaient en outre la supériorité du chauffage en milieu kumide sur le chauffage en milieu sec, et la supériorité de l’autoclave sur l’étuve à une même température: elles expliquaient aussi pourquoi il est plus aisé de stériliser un liquide injectable que de la verrerie ou des objets de pansement.
Le bouchage au. coton, dû à Scnræœper et Van Duscx, qui démontrèrent sa valeur au point de vue du filtrage de l'air, la filtration sur parois poreuses, due à Krers et Trees (1), le procédé de chauffage intermittent dû à Tynpazr, etc.,., constituent autant de problèmes délicats qui furent soulevés dès le début de l'application des méthodes pasteuriennes et heureusement résolus.
Pour ce qui concerne en particulier la stérilisation des liquides injectables, de nombreux travaux ont été publiés jusqu’en 1894, toujours dans le but d'obtenir une asepsie suffisante et de garantir la conservation prolongée des solutions hypodermiques. Mais dans la plupart des cas il s'agit d'une simple ébullition du liquide, ou encore uniquement de la stérilisation du véhicule, eau distillée généralement, qu'on fait bouillir ou qu'on filtre à la bougie, ou enfin de l'addition au liquide d’un antiseptique convenable : le camphre (trop peu soluble dans l’eau), la créosote, le sublimé, le phénol (II à III gouttes d'acide phénique liquide pour 30°% de liquide, Fe Schimmelbusch).
Mais cette addition de substances étrangères n'était pas toujours sans danger, et d’autre part on s'aperçut que la méthode dite antiseptique n'offrait pas une garantie absolue; aussi fut-elle désormais limitée à quelques cas particuliers que nous indiquerons, et détrônée en hypodermie par la méthode dite aseptique qui, tout en demeurant d’une innocuité parfaite,
+ (1) Emploi des filtres en terre poreuse pour la stérilisation à froid des liquides organiques. C. R. Soc. Biol., [8], Il, 141, 120; 1885.
LE LME
a pour effet de détruire complètement les germes et d'assurer ainsi une conservation indéfinie. Mais avant d'arriver à la méthode d’asepsie idéale, que de tâtonnements, que de difficultés surgirent dont la plupart, sinon toutes, sont aujourd’hui résolues.
En 1872, Apriax (1) recommandait déjà d'employer comme véhicule de l’eau distillée bouillie, contenant 20 p. 100 de glycérine pure; et, à propos des injections d’alcaloïdes, conseillait d'utiliser la base, de préférence aux sels dont la teneur en principe actif varie avec l'équivalent de l'acide, l'eau de cristallisation, etc... On devra, disait-il, préparer le sel au moment du besoin, en donnant la préférence à l'acide sulfurique au dixième sur les autres acides; voici quelle sera par exemple la formule d’une injection de morphine :
MOTS re RUES ip nant Bet Age Acide sulfurique à 1 p. 10......,...: 28r,50 Eau distillée glycérinée à 4 p. 5..... q.s. pour 400cm3
dissoudre à froid, ou chauffer légèrement au besoin.
Le Codex de 1884 ne parle pas encore de la stérilisation: à la page 574, la formule du soluté de chlorhydrate de morphine pour injections hypodermiques est la suivante :
faites dissoudre et filtrez.
Or, l’eau distillée, qui est relativement aseptique au moment de sa préparation, ne l’est plus peu de temps après.
En 1886, on trouve dans le journal Apotheker Zeitung un procédé de stérilisation des solutions de cocaïne (2).
L'auteur conseille de dissoudre 54 de chlorhydrate de cocaïne dans 150% d’eau distillée, d’évaporer au bain-marie deux heures environ, jusqu’à ce que le liquide ait diminué d’un tiers; on remplit de suite les flacons (bouchés avec du coton stérilisé à 100°) ; de cette façon on obtient des solutions qui se gardent au moins un mois sans se troubler.
Vers la même époque, GiruNG (3) indique le procédé suivant : l’eau à employer doit être distillée deux fois avec envi-
(4) Sur la préparation des injections hypodermiques. Journ. de Pharm. et de Chim., [4], XVI, 288; 1872. l
(2) D’après Journ, de Pharm. et de Chim., [5], XIII, 472; 1886.
(3) Am. Journ. of Pharm., p. 601; 1886. D’après Journ. de Pharm. et de Chim., [5], XV, 145; 1887.
DEN ut ron 2 p.100 de potasse caustique et de permanganate de potasse, en rejetant les premières portions, si le réactif de Nessler y décèle de l'ammoniaque. On agite cette eau avec 1 p.100 de son poids de chloroforme, on dissout l’âlcaloïde, et on chauffe jusqu’à 62° pour volatiliser le chloroforme; on filtre sur un papier qui a été maintenu une heure dans une étuve sèche à 130°, on complète le poids de la solution avec de l'eau distillée passée sur le filtre précédent. La solution est reçue dans une fiole qui a été rincée (ainsi que le bouchon) avec la même eau distillée, puis chauffée à 130° à l’étuve sèche.
Ainsi qu'on peut s’en rendre compte, avec ce procédé, flacon et filtre sont stérilisés, mais restent ensuite exposés au contact de l'air; d’autre part, l’eau est distillée deux fois, mais cela ne suffit pas pour la rendre indéfiniment stérile, surtout si on la conserve au contact de l'air. Toutefois, la méthode indiquée marque un sensible effort dans le but d'améliorer la technique usitée jusqu'alors en pharmacie.
Limousin indiqua en 1893 (1) un procédé qui se rapprochait beaucoup de celui utilisé aujourd’hui pour la préparation des ampoules. Il préparait les solutions avec de l'eau bouillie et filtrée au filtre Chamberland, il prenait des récipients ayant la forme de petits ballons ovoïdes, terminés par un tube effilé, et ayant une contenance un peu supérieure à 1%, Il stérilisait ces petits récipients vides à l’étuve à 200". II les remplissait en introduisant la pointe chauffée dans le liquide froid, ou bien au moyen d’un petit injecteur à pointe effilée, et fermait enfin l’ampoule remplie.
Dupuy (2), en 1894, recommandait d'utiliser comme véhicule l’eau de laurier-cerise, ou de l’eau additionnée d’un peu de camphre, pour éviter le développement des algues; mais le procédé, bon pour la conservation, ne suffit. pas à assurer l’asepsie.
Le Supplément du Codex, paru en 1895, indiqua la méthode suivante :
Faire dissoudre dans un mortier de verre le médicament dans l’eau distillée bouillie et refroidie; après dissolution, filtrez et recevez le liquide dans un flacon bouchant à l’émeri. Pour stériliser le soluté, interposez un
fil entre le goulot et le bouchon pour prévenir l’adhérence et permettre la sortie de l'air; placez le flacon dans Peau froide jusqu’à la naissance du
(4) Voir Dupuy et RisauT, ouvrage cité, p. 343. (2) Dupuy. Cours de pharmacie, 4re édition, p. 854-856: Paris, 1894.
eo 2 col, puis portez l’eau à l’ébullition que vous maintiendrez pendant un quart d'heure, laissez refroidir et fermez ensuite exactement le flacon.
Ce procédé présentait encore les inconvénients suivants
1° L’ébullition pendant un quart d'heure ne suffit pas à assurer l’asepsie parfaite:
2° L'air qui pénètre dans l’intérieur du flacon pendant le refroidissement n’est pas aseptique.
Depuis cette époque, l'emploi de l’autoclave réservé jusqu’alors pour l'asepsie chirurgicale et pour les laboratoires de bactériologie, s’est généralisé de plus en plus, et le nouveau Codex de 1908 vient de lui donner une consécration définitive.
Ainsi se perfectionnaient les moyens d’assurer l’asepsie.Nous avons vu que l’eau bouillante avait été reconnue insuffisante, la chaleur sèche également; on démontra la supériorité de la vapeur d’eau saturée sous pression sur la vapeur d’eau sans pression et sur la vapeur d'eau non saturée (1), l’action de la chaleur humide (vapeur d’eau saturée) au delà de 100°, permettant ainsi que l'avaient déjà établi les travaux de Pasreur et de CnamserLann, la destruction de tous les germes, même des spores les plus résistantes, c'est-à-dire réalisant l’asepsie absolue.
Or, cette asepsie absolue, les recherches et les travaux des chirurgiens et des bactériologistes : Gurrmaxx, Vox Esmarcu, Trucor, Brun, MiQueLz, ScHwarTz, ARLOING, TERRIER, Morax, SoreL, Roux, GLomiG,etc..., en établirent la nécessité pour les objets de pansement et tout le matériel chirurgical. Pour la médecine pratique elle-même (les liquides d'injection notamment), on en vint à exiger une stérilisation parfaite, c'est-à- . dire que l'on recommanda au pharmacien d’effectuer à l’autoclave la stérilisation dans le récipient même où devait être conservé le liquide à injecter, afin d'éviter les transvasements toujours dangereux.
D'autre part, et toujours pour éviter le contact de l’air, on préféra bientôt aux flacons, qu'on débouchait pour chaque opération, les ampoules contenant juste la quantité de liquide nécessaire pour une seule injection. On en vint aussi à préconiser la stérilisation en vase clos (ampoules pleines et scellées aux deux bouts), afin de supprimer toute manipulation, si courte fût-elle, postérieure à la stérilisation.
(1) Voir à ce sujet ROBERT et LESURRE, ouvrage cité, p. 22. \