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Grâce à ces perfectionnements techniques, on peut dire aujourd’hui que les accidents dûs à un manque d’asepsie sont à peu près nuls ; en ce qui concerne les injections, les liquides utilisés sont le plus souvent stérilisés à l’autoclave, ou du moins au bain-marie à 100°; l'injection est pratiquée suivant une technique sévère et rigoureuse : asepsie de la seringue, qui doit être stérilisable (1), flambage de l’aiguille, lavage de la peau à l’éther ou à l'alcool.
Au point de vue pratique, quelques essais ont été tentés dans le but de substituer à l'ampoule et à la seringue armée de son aiguille, des instruments plus simples et d’une seule pièce : les ampoules auto-injectables. Je n’insisterai pas sur ce sujet, d'autant plus que l’emploi de ces instruments n’est pas toujours très pratique.
Je dirai deux mots aussi sur l’utilisationdes comprimés en hypodermie. Cet essai a été réalisé dans le but de remédier à la non-conservation des liquides injectables. La forme ampoule, à cet égard, est incontestablement supérieure, d'autant plus que la stérilisation des comprimés paraît assez difficilement réalisable. C'est en Allemagne et en Angleterre surtout, que ces comprimés, sous le nom de fabloides, discoides, etc., ont été et sontencore utilisés. On les dissout au moment de l'emploi dans une quantité d’eau donnée, et l’on obtient ainsi, extemporanément, une solution hypodermique.
Comme le procédé de stérilisation de certains de ces comprimés ne paraissait pas parfait (chauffage à 70° répété durant trois jours), l’intendance militaire allemande a fait faire récemment des recherches en vue de contrôler la stérilité
de ces comprimés (2).II s'agissait de comprimés de novocaïnesuprarénine, et de tropacocaïine-suprarénine, destinés à l’anesthésie lombaire ; or, si l’on observa la stérilité parfaite des comprimés dans des tubes de bouillon ordinaire de 10°": dans de plus grandes quantités de bouillon, 2 comprimés seulement sur 50 ne donnèrent pas de cultures (pour la tropacocaïne-
(1) On emploie beaucoup aujourd’hui la seringue en verre, dont le Das type fut celui de Luer, lequel fut présenté. le 3 novembre 1894 à la Société de,Biologie par Marassez et à la même os par BERGER à l’Académie de médecine.
(2) V. Hormann. Sur-la stérilisation des comprimés de tropacocaïnesuprarénine et de novocaine-suprarénine. D. med. Wschr.,.n° 26; 1909; S Pharm. Ztg., 604; 1909, et Journ. de Phare et de Chim., [6], XXX,.
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suprarénine), et quant à ceux de novocaïne ils cultivèrent tous sans exception.
Il semble donc que dans les solutions concentrées ces comprimés entravent le développement des bactéries, Mais comme pour l’anesthésie lombaire une asepsie rigoureuse est indispensable, on a cherché à obtenir une stérilisation plus complète de ces comprimés. Or, la conclusion à laquelle on est arrivé, estla suivante : on ne peut stériliser complètement les comprimés qu'en les chauffant 30 minutes à 150°, mais alors la suprarénine se décompose. IL vaut mieux, le comprimé étant destiné à être dissous dans 100°"? d’eau, stériliser la solution dix minutes dans la vapeur fluente. Il en résulte qüe la forme comprimé, pour ce genre de médicament, et en général pour les substances facilement décomposables par la chaleur, ne saurait offrir qu'une sécurité imparfaite.
L'autoclave, que nous avons considéré comme l'instrument le plus capable d'assurer l’asepsie rigoureuse, a lui-même subi depuis une vingtaine d'années de nombreux perfectionnements. Malgré ceux-ci, il n’est pas encore cependant sans présenter certains inconvénients. L'action de la vapeur d'eau sous pression n'est pas applicable à tous les cas sans exception. SoreL, Rapais, Rorerr et Lesurre, etc., ont construit des appareils fort ingénieux permettant d'effectuer la stérilisation et la dessication des pansements, ainsi que la fermeture des boites qui les contiennent, dans l’autoclave fermé, en une seule opération; mais, dans la plupart des modèles courants du commerce, la dessication aseptique des pansements est très difficilement réalisable. Au point de vue de la stérilisation en grand : pour l'eau d'alimentation des villes par exemple, le chauffage sous pression est pratiquement impossible; d'autre part, l’altération de certains objets de pansement : sotes, catguts, par la vapeur d’eau ; l’altération chimique de l’eau par la chaleur, même à 100°, (perte des gaz, précipitation des sels de chaux), celle du ait (destruction des ferments, précipitation de certains sels), la décomposition enfin de certaines solutions employées en pharmacie, ont été obsérvées depuis longtemps.
Je reparlerai longuement dans la seconde partie de ce travail des solutions pharmaceutiques qui ne supportent pas la stérilisation par la vapeur d'eau sous pression au delà de 100°.
Je viens de retracer les grandes lignes de l'histoire de la stérilisation, mais cette histoire à notre époque est loin encore
d'être terminée. Journellement en effet, on s'applique à étendre le champ déjà si veste de l’asepsie. Dans le seul domaine pharmaceutique, par exemple, on ne se contente plus aujourd'hui de demander aux praticiens la stérilisation des objets de pansement, de la verrerie, des liquides d'injection et de lavage; certains chirurgiens l'exigent également pour les collyres, les lavements, vaselines, pommades, pour les moindres objets comme pour les plus volumineux accessoires : éponges, pinceaux, brosses et limes à ongles, épingles de sûreté, cuvettes, blouses, gants de caoutchouc, amadou, crayons en ampoules scellées, poudres (amidon, tale, oxyde de zinc). On prépare aujourd’hui des malles d'objets stérilisés, et l’on utilise fréquemment des boîtes métalliques autoclavées, renfermant tout le matériel aseptique pour les plus graves opérations comme pour les moindres pansements.
Une intéressante application de la stérilisation fut le traitement des drogues végétales par l'alcool bouillant, dont BourqQueLor eut le premier l’idée en 1896.
Ce n’est plus seulement dans le laboratoire du savant ou dans l'officine du pharmacien que l’asepsie rencontre ses adeptes; la stérilisation est en pleine vogue aujourd'hui pour les besoins les plus courants de la vie.
Après avoir exigé du lait stérilisé, de l’eau stérilisée, on s’est élevé contre les légumes et les fruits crus, on a réclamé du pain préparé aseptiquement.
Les revues et journaux scientifiques publient des travaux
sur la stérilisation de l'air des chambres de malade (1), du linge des nourrissons, etc... La peur de l'infection est devenue pour certains une véritable phobie.
Cette exagération peut à bon droit paraître nuisible. On sait que la stérilisation absolue de notre organisme est une chimère, que nous sommes entourés de germes innombrables, que notre intestin, notre bouche, sont peuplés de bactéries sans que souvent notre santé en soit atteinte.
Depuis que la notion de réceptivité a pris Jour, on sait que la qualité du terrain joue souvent un rôle plus important que le bacille lui-même. L'existence de germes philanthropes, utiles sans doute comme destructeurs de germes nuisibles, utiles peut-être aussi par leurs produits de secrétion; les
(1) SarrorY. Stérilisation de l'air par l'électricité. C. R. Soc. Biol., LxXv, 302, 373; 1908.
théories de la concurrence microbienne, de la phagocylose, ete. suffisent à montrer l'inutilité et même peut-être le danger des exagérations dans la pratique de l’asepsie, et elle a provoqué chez certains, par contre-coup, un scepticisme également mal fondé.
À aucun prix, dans tous les cas, le pharmacien ne doit partager ce scepticisme en ce qui concerne la pratique de son art, et spécialement lorsqu'il s’agit du matériel chirurgical ou de la préparation des liquides injectables. Dans tous les cas, lorsque la stérilisation sera possible, il devra y avoir recours, car l’abstention ou la négligence, en pareille matière, pourrait avoir les plus graves conséquences. Il ne faut pas se fier à la rareté des accidents, il suffit de quelques cas isolés pour démontrer l'importance de la méthode aseptique.
La stérilisation est une de ces opérations minutieuses et délicates, grâce auxquelles le pharmacien peut justement revendiquer le titre de collaborateur auprès du médecin ou du chirurgien. S
Je dirai quelques mots pour terminer des méthodes nouvelles applicables à la stérilisation.
Les grands désinfectants naturels sont, on le sait, l'air et la lumière. On a tenté aussi d'utiliser l'électricité.
L'air, ou mieux l'oxygène, n’exerçant pas une action assez rapide, on a essayé de lui donner son maximum d’action en l'utilisant sous la forme condensée d'ozone, et actuellement la stérilisation de l’eau et du lait par l'ozone, est entrée dans le domaine pratique. Pour les solutions pharmaceutiques les altérations qui ne manqueraient pas de se produire sous cette influence oxydante, rendent le procédé inapplicable.
Quant à l'électricité, son action s'accompagne de tant de phénomènes physiques et chimiques, qu'il est difficile de démêler dans ce chaos son rôle véritable. Dans tous les cas, elle ne saurait être utilisée pratiquement pour la stérilisation.
Il en est autrement de la lumière, mais on ne s’est que peu à peu rendu compte des raisons de son efficacité. On savait déjà depuis les expériences célèbres de Dowxes et Biunr (1877) que les rayons les plus microbicides du spectre solaire étaient les rayons les plus réfrangibles, mais c'est seulement depuis 1900, et grâce aux travaux de Fixsex et Tarpriner et de leurs élèves, que la photothérapie s’est généralisée.
La lumière. paraissant insuffisante, par suite de l'absorption
par l'atmosphère terrestre des radiations les plus actives, on lui préféra la lumière artificielle. On utilisa dans ce but le principe des tubes de GrissLer et de Crooxes à la fabrication de lampes susceptibles d'émettre sous l'excitation électrique peu de radiations calorifiques et beaucoup de radiations lumineuses.
Mais c’est surtout la lampe à vapeur de mercure, dont le principe est dù à Way, en 1860, mais dont le premier modèle vraiment pratique remonte à Aroxs (1892), qui se montra une source particulièrement riche en rayons wltra-violets très microbieides. Il semble que cette découverte doive être particulièrement féconde en applications de toutes sortes. La question cependant est loin d'être complètement élucidée: 1l faut se garder d'adopter d'emblée un procédé qui n'en est encore qu'à ses débuts, et de rejeter le mode de stérilisation par la chaleur qui a déjà fait ses preuves depuis de longues années: d'autant plus que la lumière paraït susceptible de produire des réactions chimiques non négligeables. On a étudié aussi l’action stérilisante des rayons X (4) qui sont doués de propriétés assez analogues à celles des rayons les plus réfrangibles du spectre, mais les résultats obtenus jusqu'ici sont variables et contradictoires. Quant aux rayons du radium, les expériences de Caspanrt, AsCHkINASS, HOFFMAXNX, PFEIFFER et FRIEDRERGER semblent prouver en faveur de leur pouvoir mierobicide; mais si l’on à pu baser certaines méthodes thérapeutiques sur l’utilisation de ces deux espèces de radiations, on peut dire à heure actuelle qu'elles sont encore loin d’être entrées dans le domaine pratique de la stérilisation.
(4) ATkINSON, Mixek, SCHOLTZ, LORTET, GENOUD, Courmoxr, Doxox, Hozrzk- NECuT, ete. Voir Rayons X, par H. GUILLEMINOT, Paris, 1910.