Jullien, Blennorragie et mariage, Paris
non
La fonction de spermatogénèse aurait-elle disparu sans qu'il soit possible de constater, cependant, de modifications appréciables du testicule puisque celui-ci conservait, trois ans après, sa consistance et son volume normal ?
On voit tout l'intérêt que présenterait, au point de vue qui nous occupe, la confirmation de cette dernière hypothèse. Elle laisse supposer, en effet, que la disparition de la spermatogénèse est possible même dans les cas où une inflammation testiculaire ne laisserait à sa suite aucune lésion apparente.
Quoiqu'il en soit, l’épididymite double peut créer à l’excrétion des spermatozoïdes un obstacle absolu. Or l’épididymite bilatérale est relativement rare : elle ne s’observe, en effet, qu’une fois sur vingt environ. Mais l’azoospermie qui en résulte dans la presque totalité des cas est elle toujours définitive ?
Pour Roubaud (1), lorsque les indurations épididymaires persistent après le sixième mois, la stérilité est irrémédiable. Il exprime cette opinion d’une façon catégorique : «J'ai vu, dit-il, un grand nombre de ces indurations épididymaires et j'établis comme règle absolue qu'après le sixième mois, l’induration résiste à tout traitement ; le malade, si les deux épididymes sont pris, est pour toujours stérile. Cette loi ne souffre aucune exception. » Liégeois (2)
1. Roubaud, Traité de l'impuissance et de la stérilité, Paris, 2. Liégeois, Influence des maladies du testicule et de l’épididyme sur la composition du sperme, 1869.
ET Ed
tend à généraliser également cette fâcheuse conclusion.
Depuis Gosselin, on sait cependant que cette stérilité n’est pas irrévocable. Dans nombre de cas les indurations causales disparaissent, les zoospermes semblent renaître dans le liquide séminal et la stérilité cesse après un temps qui peut varier de quelques semaines à six et huit mois. Gosselin admet même que la résorption peut être plus tardive et l’on ne saurait, d’après lui, fixer un délai maximum passé lequel cette espèce de stérilité ne peut plus guérir.
Mais si la guérison est possible elle demeurerait cependant assez rare si l’on en croit la statistique désolante dressée par le Dr Jullien en 1886. Cet auteur joignant ses observations personnelles à celles de Liégeois, Gosselin et Godard réunit un total de 85 cas où le retour de l'élément fécondant n'est noté que neuf fois. Voici ce tableau de Jullien.
Dans 25 cas de Gosselin le retour des spermatozoïdes Best fait TETE SR RE ES ER NT ES 5 fois Dans 35 cas de Godard le retour des spermatozoïdes S'OSRTAIL een s Leds SRE ED 1 fois Dans 33 cas de Liégeois le retour des spermatozoïdes S'OSTIRIL ITR ce MR ND MR ES ce LIU CRE 2 fois Dans 2 cas de Jullien le retour des spermatozoïdes
s'est fait AUS SR RER Re x fois
Mais il faut ajouter qu’en 1898, Jullien se montre beaucoup moins pessimiste. De même pour Auga-
gneur ce tableau est beaucoup trop sombre. Pour cet auteur « d’indéniables paternités ont bien souvent succédé à des épididymites doubles ne laissant après elles aucun signe morbide ». Cette opinion a été soutenue par Morel-Lavallée (Soc. de Dermatologie, 1899) et appuyée par Balzer et Fournier.
Balzer et Souplet, notamment, publient 40 cas où le retour des zoospermes est nettement constaté. Voici, d’après Jullien, le tableau de ces auteurs.
1° Orchites récentes 34% cas avec 3 résultats positifs.
2° Orchites anciennes (d'au moins six mois) 6 cas avec à résultats positifs.
L’on peut dire qu’en moyenne l’azoospermie disparaît par la suite une fois sur dix (1).
Cette possibilité du retour des zoospermes dicte au médecin sa ligne de conduite lorsqu'un homme autrefois atteint d’épididymite double et jusque-là stérile désire savoir s’il est à tout jamais incapable de concevoir,
Le microscope nous dira si le sperme est privé ou non de spermatozoïdes et même si l’absence de z00spermes est constatée il serait téméraire de baser son jugement sur un seul examen. Il faut, de temps à autre, renouveler ces recherches. D'ailleurs, même si ces examens répétés demeuraient négatifs il serait particulièrement dangereux d’aviser le consultant de
1. Lardennois, Pratique médico-chirurgicale, Paris, 1907 ; Orchites et épididy mites aiguës, p. 769.
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la fâcheuse particularité que présente son liquide spermatique. Le professeur Pinard (1) cite 3 suicides provoqués par des révélations de ce genre. D'ailleurs cette révélation ne constitue pas pour le médecin une obligation professionnelle. Supposons en outrequ'une grossesse survienne chez l’épouse alors que le mari sait parfaitement que son sperme est privé d'éléments fécondants, quel drame conjugal en perspective ! C’est dans ces circonstances que parfois un homme vous apporte un flacon en demandant s’il peut se marier. Tenons-nous sur nos gardes, c’est peut-être un infécond dont la femme est enceinte et qui n'’attend qu’une opinion autorisée ponr faire un éclat qui peut être tragique (Jullien). Citons un fait précis: un mari jaloux ayant découpé dans la chemise de sa femme une rondelle empesée vient demander à Langlebert s’il y avait des spermatozoïdes sur le morceau de toile qu’il lui présentait. Il voulait tout simplement, disait-il, savoir s’il pouvait concevoir. Mais Langlebert, flairant un piège, brouilla la préparation et s'il ne vit pas de spermatozoïdes il se garda bien de le dire. Une pareille prudence est nécessaire dans
tous les cas analogues.
Déférentite. — L'’épididymite bilatérale chronique constitue donc, chez l’homme, l’une des causes principales de la stérilité d’origine blennorragique.
1. Pinard, Brissaud, Reclus, Pratique médico-chirurgicale, Paris, 1907. — A. Pinard, Art. stérilité, p. 190, t. VI.
Mais le nodule inflammatoire qui crée un obstacle à la fécondation peut siéger, comme nous l’avons vu, sur le canal déférent lui-même, constituant alors une déférentite qui peut également devenir chronique.
Le canal déférent donnant la sensation « d’une corde de fouet » (Testut) lisse, uni et souple à l’état normal, se présente alors sous la forme d’une corde rigide, très dure et douloureuse. Il a la consistance et le volume d’un « tuyau de pipe » et peut atteindre même la grosseur du petit doigt. Le processus inflammatoire peut obturer complètement la lumière du canal, d’où azoospermie absolue,ou la restreindre seulement d’où possibilité d’oligospermie.L'’on aperçoit donc les conséquences désastreuses que peuvent avoir les lésions blennorragiques du canal déférent sur la reproduction de l’espèce. Mais comme l'évolution de cette affection ne diffère guère de celle de l’épididymite avec laquelle les auteurs la décrivent souvent, des considérations sur le pronostic physiologique de la déférentite nous exposeraient à d’inutiles redites.
Il nous paraît préférable de nous demander si l'oligospermie résultant d’une épididymite ou d’une déférentite unilatérales peut être une cause d’infécondité ? En effet, si l’oligospermie peut être une nouvelle source d’infécondité, la question apparaît comme très importante puisque l'affection qui provoque l’oligospermie, c’est-à-dire l’épididymite unilatérale est de beaucoup plus fréquente que celle qui provoque l’azoospermie, c’est-à-dire l’épididymite bila-