‹ La Stérilité d'Origine BlennorragiqueChapitre 54 sur 62 · EG · texte numérisé non relu

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rapports sans préservatif, cinq jours plus tard débutait chez la femme une blennorragie aiguë avec urétrite violente, cystite hématurique, métrite et plus tard annexite double nécessitant une opération mutilante.

Jamin (1), dans sa thèse inaugurale, cite le cas d'un blennorragien chronique pour lequel on avait dû cesser les instillations à cause de l’aggravation des symptômes cystiques qu’elles provoquaient., Ne voyant plus qu’une légère goutte transparente et incolore suinter le matin seulement (c'est à peine si elle formait une petite tache grisâtre sur le linge, aucun autre symptôme n’accompagnait cet écoulement insignifiant), il se marie, malgré ses promesses, dans les derniers jours de juillet.

Huit jours après (4 août), sa jeune femme était atteinte d’un écoulement dont linquiétante abondance avait tous les caractères du pus blennorragique.

Luys (2) observe un cas de contagion à très longue échéance. La présence de filaments dans l'urine du mari était le seul symptôme d’une urétrite chronique.

Le même auteur cite encore le cas d'un individu qui, contractant la chaudepisse à dix-neul ans, ne se marie que six ans après et cependant contamine sa

1. Jamin, Étude sur. l'arétrite chronique blennorragique. Paris, 1883, p. 87. MES 2. Luys, loc. cit.

femme. Plus tard, la fillette âgée de huit ans est atteinte de vulvo-vaginite en couchant dans le lit des parents. Cette curieuse observation prouve non seulement la possibilité d'une contagion même à une période éloignée du début de la blennorragie, mais encore la durée et la virulence qu’acquiert la gonorrhée conjuguale par un échange alternatif de gonocoques entre les deux conjoints, puisque la fillette, âgée de huit ans (et qui, par surcroît, n’est peut-être pas née la première année du mariage ?) est atteinte à son tour de vulvo-vaginite.

Que faut-il conclure des observations qui précèdent sinon que l’urétrite chronique peut demeurer contagieuse lant que dure l'écoulement, eet écoulement se bornerait-il à la sécrétion d’une goutte ou à la simple émission de quelques filaments urinaires ? Pour Verchère «cet écoulement chronique est même tout aussi dangereux que l'écoulement subaigu ».

Or, celte période peut durer indéfiniment et ceci résulle encore d'observalions convaincantes :

En 1830, Ricord n'observait-il pas un malade dont l'écoulement datait de la paix d'ämiens (1800)? Désormaux, en 1563, lrailail un ancien officier dont la goutte militaire n'avait pas cessé depuis une blennorragie contraclée en Bohème, alors que les Français occupaient ce pays en 1513.

Évidemment, ce sont là des durées exceplionnellement longues, cependant, d'une façon générale, on ne saurait préciser la terminaison d’une blennorragie négligée. L'on voit donc par la persistance de la

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période contagieuse combien la gonorrhée de l’homme peut faire de ravages. Nous avons déjà insisté sur ce point. C’est par la faute de leur époux que tant de jeunes femmes, contaminées à leur tour, deviennent de véritables infirmes, demeurent stériles et vivent sous le coup de perpétuelles menaces. Plus que chez l'homme, en effet, l'existence peut être compromise chez la femme par les complicalions de la blennorragie. L’on voit donc combien est affligeante cette blennorragie des innocentes comme l'appelle Verchère. Par la suite, ces gonorrhées conjugales présentent une désespérante ténacité ; par un passage alternatif de l'un à l’autre conjoint, le diplocoque récupère une virulence incessamment renouvelée. Joulin désignait ce fait sous le nom de blennorragie culture. Dans ce cas, la stérilité du ménage est un fait fort commun. Paul Delbet (1) cite 2 cas de ce genre dans lesquels la désinfection simultanée du mari et de la femme a permis la fécondation.

Si l’on en croit Nœggerath (2), le nombre d'épouses infectées serait considérable. Cet auteur a soutenu qu’à New-York sur 1.000 hommes mariés 800 avaient eu la blennorragie, que 90 sur 100 n'étaient pas guéris, que la maladie bien que latente était restée contagieuse et que par suite presque toutes les femmes qui se mariaient étaient infectées. Van

1. Paul Delbet, Comptes rendus de Association française d’Urologie, 1902, p. 228. En f 2. Nœggerath, loc. cit.

Schaick (1) a recherché systématiquement dans quelles proportions les femmes mariées qui souffraient d’écoulements vaginaux étaient porteuses de gonocoques, et sur 65 femmes examinées en trois ans il a retrouvé 17 fois le gonocoque, c’est-à-dire dans la proportion de 26 0/0. Et Van Schaick est certainement au-dessous de la vérité, car le gonocoque n’est pas toujours trouvé, même dans les cas de blennorragie manifeste.

Il ne faudrait pas croire, enfin, que les femmes contaminées par une gonorrhée chronique soient moins sujettes aux localisations utérines ou annexielles que les femmes contaminées par une blennorragie aiguë. C'est le contraire que l’on observe. Et ceci ne saurait nous étonner puisque la gonorrhée chronique passe pour être inoffensive ; dès lors, l’individu atteint de goutte militaire ne croira pas devoir reculer un mariage ou éviter des rapports sexuels, mesures de prudence qu’il n’eut pas manqué de mettre en pratique, généralement, au cours d'une blennorragie aiguë, C'est ainsi que presque tous les gynécologues : Nœggerath, Verchère, Siredey, Faure, Pozzi ont été frappés par la fréquente coïncidence d’affections utérines ou annexielles chez l'épouse avec une gonorrhée chronique chez l'époux. Terrillon (2) a souvent remarqué ce fait dans les eas de salpingite. Il a même insisté sur le mécanisme de

1. Van Schaiek, New-York medical Journal, 30 oct. 1897, p. 298. 2. O Terrillon, Salpingites et ovarites. Paris, 1891, p- 9.

cette propagation à la trompe dans une leçon publiée en 1890 dans le Bulletin médical sur la salpingite blennorragique.

Pour ces graves raisons, tout homme atteint de blennorragie aiguë ou chronique ne doit se marier qu'après sa guérison. Dans les cas de gonorrhée chronique, certains praticiens ont recommandé le coït régulier et modéré; mais celui des premières semaines de la vie conjugale remplit-il toujours cette dernière condition?... Aussi est-il sage de ne pas tenter l’expérience et puisqu'un écoulement, même chronique, peut demeurer contagieux ou le redevenir, Ic malade doit subordonner son premier rapprochement sexuel à la guérison absolue.

Mais quelles sont les preuves de cette guérison ; en un mot, quand pouvons-nous l’affirmer ? Telle est la question qu'il faut résoudre.

Trois moyens peuvent être mis en œuvre pour dépister une blennorragie, devenue latente :

1° La recherche du gonocoque ;

2° l’arétroscopie ;

3° Les procédés d’épreuve.

1° Recherche du gonocoque. — Comme nous ne dirions rien, sur ce point, qui n’ait été déjà et parfaitement dit, et comme cette nouvelle étude pourrait paraître déborder le cadre de notre sujet, nous préférons nous en référer aux ouvrages des spécialistes.

Nous ferons remarquer toutefois que l’on doit examiner au

microscope, dans les cas de gonorrhée chronique, non seule-

ment la goutte militaire, purulente ou muqueuse, mais encore les filaments eux-mêmes, ils peuvent contenir en effet du diplococcus de Neisser. Voici comment procède G. Luys(1) pour recueillir et fixer les filaments uinaires : « On fait uriner le malade dans un verre et l’on s'efforce de recueillir les filaments en les enroulant autour d’un fil de platine ou en les saisissant avec une pince. On les dépose sur une lamelle de verre. Pour les fixer plus aisément, car leur consistance visqueuse les fait glisser, on fait passer sur eux le courant d'air d'une soufflerie, » Rappelons enfin que le diplococcus de Neisser se colore facilement par les couleurs d’aniline et en particulier par le bleu de methylène et qu'il se décolore aussi très aisément par la méthode de Gram. Un premier examen peut être négatif; il faut le renouveler plusieurs fois. Mais il est possible, malgré tout, que l’on ne trouve pas le gonocoque. On peut alors baser le pronostic sur la plus ou moins grande abondance des cellules du pus ou des cocci, ceux-ci étant multiples, occupant surtout les cellules épithéliales, quelquefois intra-leucocytaires, plus souvent libres. Leur présence indique la fin d'une blennorragie. Les cocci peuvent disparaître à leur tour en même temps que les globules du pus.

Urétroscopie. — Pour les raisons invoquées plus haut, nous ne dirons rien de l'urétroscopie ni de l'ürétroscope inventé par Désormaux, en 1853, modifié et perfectionné depuis en Allemagne et en France.

Pour G. Luys, l'on ne peut aflirmer la guérison certaine d'une urétrite qu'après un examen complet et minutieux de

1. G. Luys, Traité de la blennorragie et de ses complications. Paris, 1912.

la muqueuse urétrale avec l’urétroscope. Avec Luys les pro-

fesseurs Oberländer et Koïllman (1) recommandent la même pratique et exigent plusieurs examens «non seulement à quelques jours d'intervalle, mais aussi à des semaines de dis-. tance et, chaque fois, il faudra avoir soin d’urétroscoper, le malade n'ayant pas uriné depuis cinq ou six heures, et surtout de ne pas se servir de cocaïne... On examinera tout le canal d’un bout à l’autre, et on pourra être assuré que la guérison cst complète, lorsque le canal examiné remplit toutes les conditions suivantes :

» La muqueuse doit présenter des plis normaux, et une situation longitudinale parfaite. 11 ne doit y avoir aucune différence au point de vue de la coloration, entre les points primitivement malades et les parties restées saines. L’épithélium doit être partout aussi brillant. Les lacunes (de Morgagni) et les glandes de Littre doivent présenter des conduits excréteurs non irrités, les infiltrations péri-glandulaires et les cicatrices des glandes disparues ne doivent faire aucune saillie à la surface de la muqueuse, et se présenter comme toutes les autres parties avec une surface épithéliale saine.

» Les autres cicatrices qui ont pu se produire, et qui sont sous-épithéliales ne doivent plus pouvoir se distinguer et doivent être recouvertes d’une surface épithéliale d'un aspect

et d’un éclat normaux. »

Cependant on ne peut pas toujours, comme

l'exigent ces auteurs, espérer une restitulio «ad inte-

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