Verchère, La Blennorrag'ie chez la femme, Paris
P.-E. Bertrand : 9
d’une petite cerise et celle d’une prune » (Luys). Si l'mflammation est plus récente la pression peut faire sourdre du canal excréteur de la glande quelques gouttes de pus. IL contient presque toujours des gonocoques.
II. — Chez les autres femmes, la blennorragie est plus souvent révélée par une leucorrhée, quelquefois abondante et caractéristique. Celles-ci, en effet, ont moins d'intérêt et moins d’habileté à dissimuler leur infection. Beaucoup,enfin, prennent moins de soins hygiéniques que les filles galantes. Cependant, même chez le commun des femmes, il n’est pas toujours facile de dépister une blennorragie devenue latente. C’est qu’en effet l’urétrite ne déterminant pas chez la femme de phénomènes aussi douloureux que chez l'homme, les commémoratifs demeurent incertains. Le plus souvent la femme n’a souffert en urinant que pendant deux ou trois jours si bien qu’elle n’en a pas conservé le souvenir bien précis. Dans ces conditions, elles protestent contre le soupcon qui peut peser sur elles, elles se déclarent saines et sontle plus souvent sincères. C’est le gonococcisme latent qui peut durer des années entières et que (1) Guiard a bien mis en évidence en publiant des observations caractéristiques de biennorragie aiguë contractée avec des femmes indemnes en apparence. Carle (2) à son tour en cite un cas des plus probant. Jullien (3), en 1884, avait déjà remarqué des exacerbations périodiques du gonococcisme latent.
C'est dire combien le microscope est nécessaire, dans ces.
1. Guiard, Association française d'urologie, 1902, p. 255. 2. Carle, la Blennorragie urétrale, Paris, 1910, p. 12. 3. Jullien, Loc. cit.
cas, pour lever tous les doutes, car le spéculum et le toucher sont loin de donner des garanties suffisantes.
Pour l'exploration de la muqueuse vulvaire, Guiard recommande d'introduire une tige de platine flexible, terminée en boule et stérilisée à la flamme et de prélever de place en place non seulement les sécrétions purulentes mais aussi les produits de raclages légers. Les glandes de Bartholin doivent faire l’objet des investigations que nous avons décrites.
Pour examiner l’urètre il faut tout d’abord écarter les grandes et les petites lèvres et s’il existeune goutte de pus au niveau du méat on l’examine au microscope. On explore au stylet les petits culs-de-sac antérieurs du méat qui peuvent être infectés par le gonocoque. Chez la femme, en effet, l'infection des culs-de-sac et des glandes périméatiques rend l’urétrite blennorragique d’une ténacité désespérante.
I1 faut examiner ensuite les sécrétions urétrales. Pour cela, comme le conseille G. Luys « l’on introduit dans le vagin l'index de la main gauche bien vaselinée ; la face palmaire du doigt s'appliquant exactement contre la paroi inférieure del’urètre. D'abord enfoncé dans le cul-de-sac antérieur du vagin, jusque près du col utérin,le doigtest ramené en avant en exercant une pression assez forte sur la paroi inférieure de l’urètre. » Par cette manœuvre on fait sourdre au méat une gouttelette de pus qui, recueillie sur une lame de verre, sera examinée au microscope.
Bien entendu, l'urétroscopie et les procédés d'épreuve, décrits à propos de la blennorragie chez l’homme, peuvent
être mis en usage.
Il reste à prélever enfin les sécrétions du col utérin. Le
spéculum facilitera cette, opération. Mais dans ces écoulements il est rare de trouver le gonocoque au premier examen. IL est bon de mettre sur le col utérin un tampon de ouate à demeure pendant vingt-quatre heures et c'est sur
ce tampon d’ouate que l'on recherchera le gonocoque.
En général, ces pratiques seront suffisantes pour dépister la blennorragie chez la femme. Cependant, le gonocoque trouve dans les organes génitaux féminins tant de repaires cachés et profonds qu'il peut quelquefois y subsister presque indéfiniment sans cependant révéler sa présence. Si nous pouvons déclarer que la guérison est probable, nous ne pouvons guère affirmer qu’elle estabsolueet définitive.Enz887,Diday signalait déjà cette ténacité : &« Traitant moins son mal, la femme demeure fortlongtemps,pour quelques autres je dirais à perpétuité, une source de sécrétions contagieuses, source d'autant plus féconde que c’est une source profonde, cachée et surtout une source intermittente. »
Ces deux derniers chapitres nous ont paru nécessaires pour compléter cette trop courte étude. Il ne suffisait pas, en effel, de montrer l’étendue du péril social que constitue la blennorragie, principal facteur de la stérilité acquise, maïs il fallait indiquer, en outre, sinon le traitement de cette stérilité, ce qui eut exigé un véritable volume, mais tout au moins les mesures de prophylaxie. D'ailleurs, l'hygiène sociale constitue une œuvre d’une plus grande portée puisqu'elle tend à supprimer ou tout moins à res-
treindre les faits de stérilité d’origine blennorragique, stérilité qu’un traitement approprié n’est pas sûr de guérir. Il faut donc, dans les cas de mariage prochain, s’entourer de toutes les précautions possibles afin d'éviter un désastre.
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