HISTORIQUE
Il semble que la connaissance de l’action toxique du mercure remonte à une antiquité très reculée.
La stomatite mercurielle en temps que mamifestaon d'intoxication mercurielle doit être contemporaine des temps où le métal fut découvert et surtout de lépoque où l’on trouva le moyen de lextraire de son minerai le cinabre. Déjà en Grèce cette découverte était connue quatre siècles environ avant l'ère chrétienne : elle se trouve mentionnée dans les écrits de Théophraste. L'exploitation des mines de mercure d'Espagne paraît avoir commencé 300 ans environ avant J.-C. |
Dioscoride, qui vivait au 1°” siècle, décrit le mercure comme un poison violent et le proscrit de la médecine.
Après lui, Galien el tous les médecins grecs et latins qui en font mention le considèrent comme un poison redoutable.
Ces opinions se retrouvent jusqu'au X° siècle. À ce
moment une réaction en faveur du mercure se pro-
duit; elle.est due aux médecins arabes, en particulier Rhazès et Mézué (Merget) qui s'en servirent èn composant des onguents destinés aux traitements de la vermine et de la gale.
Avicenne, à la fin du X° siècle (980-1037) constate que le mereure « rend l'haleine fétide », détermine de la paralysie et du tremblement. Il introduit dans la pratique médicale les-saehets en peau pleins de mercure que l'on portait suspendus au cou, comme spécifique contre la gale.
Alsaharavius décrit le premier fort complètement les ulcérations de la bouche, Fangine mercurielle et la salivation (Merget).
Constantinus Africanus (1), à la fin du XI siècle, introduit en Europe l'usage du mercure et il signale les dangers qu'en présente l'usage : « … Unde pluriimum incidunt in paralysium trémorem, sudorem et inanimatæ aclionis corruplionem et habent pessimum odorem el putridem os el siccitalem cerebrt ».
A la fin du XF siècle tous les médecins curopéens fout entrer le mercure dans la pratique courante, surtout en frictions, dans tous les cas d’affections cutanées où comme parasiticide.
A la fin du XV° siècle, vers 1194 éclale en Europe la grande épidémie : le mal vénitien appelé aussi mal français. Comme beaucoup de symptômes du début de cette maladie se rapprochaient de ceux des :affections cutanées qui étaient à ce moment traitées par des frictions mercurielles, les médecins de l'époque furent tout naturellement conduits à user vis-à-vis du
(4) In De morb, cogn. et ourat. (lib. IX, p. 103).
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nouveau mal des mêmes méthodes de traitement.
En 1494, Grünpeck de Bürchaüsen et Widmann de Michinger appliquent les frictions mercurielles au traitement de la vérole. |
Jean de Vigo généralise l'emploi des onguents mercuriels (Merget).
La thérapeutique prend alors une telle extension que les doses primitives prudentes sont dépassées; on ne tarde pas à voir apparaitre les accidents les plus graves de ptvalisme, d’ulcères de la bouche, de tremblements et de paralysies.
Ulrich de Hütten (4) qui fut soumis à ce traitement a laissé la description des souffrances endurées « … Les malades en avant les dents ébranlées ne pouvaient s’en servir. Comme leur bouche n’était qu’un ulcère puant et que leur estomac était affaibli, ils n'avaient plus d’appétit.… j’en ai vu mourir plusicurs au milieu du traitement.…...; j’en ai vu d’autres suffoqués par le gonflement de la gorge et d’autres qui sont passés par une difficullé d'uriner ».
Au commencement du XVI siècle, Fernel (1497- 19558) et Matthiole (1501-1577), qui furent les grandes célébrités médicales de Pépoque, montrent que le mercure est bien la cause des accidents produits. On cesse dés ce moment d'utiliser le mercure. Cet arrêt dans la {hérapeutique mercurielle ne dure pas et la friction recommence à être en faveur : on lapplique cependant avec plus de méthode en s’arrêtant aux premiers symptômes de salivation.
(1) In De quaj. méd. et morb, gall. Luisinus (Lib. I, cap. IV).
Nous trouvons dans Malthiole (1) le passage suivant au sujet des accidents auxquels sont exposés les auvriers chargés de l'extraction du mercure : «€. Non solum hujus habitus noxa, anhelosi surt qui hauserint, sed plerumque dentes universas, ut quidam apertissime lestantur, qui sprelo narium et oris velamento, ut caeteris videantur fortiores edentuli prorsus facti sunt continulo tremore convulst ».
C'est à cette époque que l’on administre également le mercure par voie digestive sous forme de pilules. Les fameuses pilules de Cheireddin, dit Barberousse, roi d'Alger, dont. dit-on, fit usage François ["”, étaient composées de mercure, de rhubarbe, d’aloès, d’ambre, de myrrhe et de mastie (Le Blaye).
Le XVIF siecle est pauvre en documents
Etmuller (1) (4671) s'exprime ainsi sur le compte de l'inloxication des doreurs et des orfèvres : « Nervuis mercuris est inimiscisstimus ta ul tremores manutum paralysim contracturas etc. Aurifabris sabmasci quotidie observemus ul nihil dicam de altenuatione corporis a salivatione nimid mercuriali excitatà ».
Le traité de Ramazzini traduit en français par Fourcroy : « Essais sur les maladies des artisans » (1777) consacré aux maladies des mineurs, doreurs, étameurs de glaces, contient des descriptions de stomatites.
Au XVII siècle nous trouvons un travail du Docteur Scopoli qui fut pendant 6 ans médecin des mines de mercure d'Idria. Il y figure une description très
exacte des troubles morbides auxquels les mineurs
(4) In Comment, in lib. Dioscor (Lib. V, cap. LXX). {1) In De Vertigine (T. I. cap. VII,
sont exposés et en particulier des affections de la bouche.
Au NIX° siècle un accident resté légendaire dans l'histoire du mercure attire l'attention de nouveau sur les manifestations d'intoxication produites par le métal.
En 1810 un bateau anglais The Triumph entrait dans le port de Cadix dont les batteries étaient occupées par des Français; un navire espagnol était échoué sous ces batteries; le Triumph se porte à son secours et recueille à son bord 130 tonnes de mercure qui était contenu dans des vessies. Les vessies pourrirent et le mercure s’échappa dans la cale et dans toutes les parüies du Triumph. Trois semaines après, 200 hommes de l'équipage étaient pris de salivation, atteints d'ulcères de la bouche et de la langue et frappés en plus ou moins grand nombre de paralvsies. Le vaisseau fut conduit à Gibraltar, délesté, lavé, nettoyé; on échangea les provisions et les objets d'équipement; malgré cela les matelots éprouvérent encore de la stomatite et du ptyalisme pendant le retour à Cadix. Deux hommes moururent des suites de l'intoxication.
En 1840, Lambron présente à la Société anatomique de Paris la tête d’un chat avant succombé à la stomalite par suite de frictions mercurielles.
Küssmaül, en Allemagne, étudie le mercurialisme chez les individus astreints par profession à manier journellement le mercure; il remarque que Pabsorption se fait de trois manières : par contact avec la peau, par inhalation et dégiutition de poussières et
par inhalation de vapeurs, impliquant toujours comme
TERY 1; AP
phénomènes primitifs des troubles du côté du tube digestif : stomatites et salivalion, crises gastriques el catarrhe intestinal, puis seulement des troubles d’innervalion.
En 1888 il faut signaler l'important travail de Merget sur le mercure et les vapeurs mercurielles et auquel nous avons emprunté des documents intéressants relatifs à l'historique de la question.
Nous arrivons aux travaux contemporains qui ont fait l’objet durant ces vingt ou trente dernières années de théories pathogéniques bien diverses quant à l’ac-
tion du mercure sur la cavité buccale.