CHAPITRE Il
SYMPTOMATOLOGIE
Fournier divise la stomatite mercurielle en trois formes. Cette division est restée classique et nous nous bornerons à reprendre les symptômes tels qu'il les a
décrits
I. —— Slomaliles partielles. — Ces stomatites légères ct partielles sont les stomatites d'alarme indiquant Pimminence de la 2° et de la 3° forme. Ces stomatites
partielles revètent & tvpes principaux.
a) Premier type. Il y a déchaussement de la gencive qui touche la dernière grosse molaire inférieure sur sa face distale. La dent se déchausse ét il apparait une languette rouge effilée, flottante en arrière d'elle : c’est le décollement rétromolaire. La lésion peut être bilatéral ou limitée à un seul côté correspondant au décubitus habituel du malade. Ce stade passe souvent
inaperçu et du médecin et du malade.
b) Deuxième tvpe : Gingivite périphérique. — Une gingivite qui se produit autour d’une dent cariée,
Te (+ 2
d'une vieille racine, d'un fragment de couronne cassée, d'un vieux chicol, constitue ce 2° tvpe. L'infiam
mation s'accroit en ce point de moindre résistance.
ec) Troisième type : Gingivite médiane inférieure, —- Mode le plus fréquent de début de la stomatité mercurielle. Au niveau du collet des incisives médianes inférieures, puis des incisives latérales inférieures, se fait le processus initial. Les dents sont cerclies au niveau du rejdi gingival et sur la face vestibulaire seulement, d'un liseré rouge de gencive irritée et boursouflée. En appuyant avec le doigt sur la gencive on fait soudre au collet de la dent une goutte de liquide séro-purulent.
À ce stade les malades accusent un léger agacement des dents, des douleurs à la mastication, une saveur métallique, leur haleine a une odeur spéciale, aigrelette.
d) Quatrième type : stomatite génienne. — La stomatite se localise à un seul côté de Ia bouche. Selon Ricord cela était dû à lPaction de la stagnation de la salive du côté du décubitus habituel du malade. La paroi de la joue est excoriée, ulcérée, le malade ressent une sensation de cuisson, de brülure et accuse un peu de salivation. Si les accidents s'aggravent on
arrive à la forme suivante
IL. Stomatite moyenne et généralisée. — Selon Fournier constituée par ! ordres de symptômes.
1° Inflammation intense de toute la muqueuse buc-
cale. Ayant cependant son maximum au niveau des
PR pres
rois points d'élection décrits dans la forme LE Les gencives sont rouges foncé, boursouflées, tuméfiées, les dents semblent déchaussées. Sur la muqueuse gingivale il se produit des excoriations, des érosions ou même des ulcérations qui donnent souvent lieu au cours de la masticalion à des hémorragies au moindre contact irritant. La muqueuse jugale est œdémateuse et présente par place des ulcérations. Les arcades dentaires y sont marquées en creux. La langue est augmentée de volume, tuméfiée, douloureuse; le malade peut difficilement la mouvoir; la face dorsale est d'une blancheur neigeuse; les bords portent l'impression des arcades dentaires. Les dents déchaussées sont recouvertes d’un enduit limoneux et fétide que l’on peut enlever facilement. Le pharynx, les piliers du voile, les amygdales sont normaux. Le mercure respecte l’arrière-bouche, disait Fournier.
2° Adénopathie sous-maxillaire très marquée, souvent les glandes sous-maxillaires et les parotides sont prises et la face présente un aspect qui rappelle celui des oreillons. Lorsque Ia stomatite est unilatérale la tuméfaction peut être unilatérale de même que ladénopathie.
3° Fétidité de l’haleine qualifiée par Fournier de révélatrice (diagnostic).
4° Salivation très marquée qui constitue un des principaux signes de la stomatite Hg. moyenne; la quantité rendue en 24 heures est de 1 litre environ. Salive épaisse, blanchâtre, filante, le malade crache continuellement.
»° Douleurs souvent très vives, spontanément s’exa-
gèrent au contact; la mastication est impossible, la parole gènée.
6° L'état général est très touché : anorexie, anémie, étal nerveux, agitation ou prostration, pas de fièvre le
plus souvent.
IX, Stomalite intense ‘et généralisée. —— Plus rare qu'autrefois. Elle ne possède pas de signes propres. C’est la forme vue à la loupe de la précédente (Fournier). La langue est doublée ou triplée de volume et pend hors de lorifice buccal. Des ulcérations profondes recouvertes d’un enduit putrilagineux siègent sur toute la muqueuse : gencives, joues, langue, lèvres.
Ces ulcérations peuvent-aller jusqu'à la gangrène de la bouche : la langue et les joues pouvant se sphacèler. L'haleine a une odeur excessivement fétide, la salivation peut atteindre 4 litres. Le malade ne peut ni manger ni déglutir, ni parler. Les douleurs sont inteuses. L'état général est mauvais. Des troubles nerveux surviennent : anémie, fièvre, souvent diarrhées profuses. Fréquemment les dents tombent en partie.
En général l’évolution se fait vers la guérison.
IV. Sfomatite historique. C'est Ia stomatite d’une grande gravité avec ulcérations profondes, pénétrantes, phagédéniques. On la trouve décrite dans tous les anciens auteurs. Il survenail des hémorragies considérables : la chute des dents, la nécrose des maxillaires (Nous avons pu observer un cas de stomatite grave avec nécrose du maxillaire).
A côté de ces formes classiques, il faut citer les
formes de stomatite Lardive propres aux injections
d'huile grise et de sels insolubles. C’est brusquement, longtemps après cessation du traitement qu'appa raissent les accidents. Selon Lalanne les sels insolubles s’enkystent dans les tissus, puis sous l'influence d’une cause telle qu’un traumatisme ou ladministration d'iodure de potassium, il peut y avoir rupture de ces kystes dont le contenu est brusquement mis en liberté dans Forganisne.
Milian a rangé dans les « stomatites mercuriciles frustes » des formes chroniques caractérisées par un liseré mercuriel et des érosions dentaires au niveau des collets. Le déplombage des dents serait fréquent au cours de la stomatité fruste, c'est-à-dire que les obturations à l’amalgame ne résisteraient pas et tom.
beraient.
CHAPTFRE HI
PATHOGENIE
La pathogénie des accidents de stomatite mereucurielle est un des points les plus intéressants de Ia question; elle a soulevé de nombreuses controverses ct actuellement, malgré les recherches effectuées, demeure encore dans une obscurité relative.
Nous ne rappellerons que pour mémoire lopinion des anciens auteurs qui attribuaient la stomatite mer: curielle à une action directe du métal au moment de lingestion. Mergel a essavé d'appliquer cette inter prétation aux accidents buccaux produits par les frictions. … « Comme les dents sont à une température plus basse que celles des vapeurs saturées émises aux aisselles, elles jouent par rapport à ces vapeurs Île rôle de corps froids sur lesquels s'opère la condensation et leur face antérieure se recouvre ainsi dun dépôt de fines gouttelettes de mercure que le frottement des lèvres ramène constanunent vers le collet des dents où elles vont finalement se réunir dans le sillon formé par le repli gingival. La ces goutelettes se trouvent en contact immédiat avec le périoste