AVANT-PROPOS
Le beau travail qu'on va lire nous retrace également la formation successive du langage humain. Mais il se distingue de l'essai précèdent, en ce qu'il se renferme dans l'étude d'une seule famille d'idiomes. Les principes que M. Max Millier recommande d'une façon générale sont ici appliqués avec beau^» coup de finesse et de sagacité, à l'histoire primitive des idiomes indo-européens ^ M. Curtius se propose de retrouver et de définir les différentes périodes qu'a traversées le langage de la race aryenne, avant de parvenir à l'état grammatical qui nous est représenté par le sanscrit, par le grec, le latin, etc. D énumère et classe les faits qui, en se succédant et en confondant leurs conséquences, ont produit le système grammatical appartenant en commun à ces langues. Quoique les inductions de M. Curtius ne soient pas toutes d'une égale vraisemblance, et bien que sa chronologie puisse être en partie contestée, ce travail est d'une haute valeur : c'est un premier efibrt pour disposer par plans successifs et pour enchaîner entre eux des faits qui n'avaient guère été envisagés jusqu'à présent qu'un à un et sans ordre. On ne pourra s'occuper, à l'avenir de l'histoire de nos idiomes sans avoir lu et médité cet écrit.
M. Georges Curtius, né à Lubeck en 1820, est professeur de littérature grecque à l'Université de Leipzig. Elève tout à la fois deBoppet de Bôckh, il a fait profiter les études grecques des
1. Les deux travaux ont paru presque en môme temps: pourtant celui de M. Curtius est antérieur.
enseignements nouveaux de la méthode comparative, et il a introduit dans la linguistique les habitudes de réserve et de tact qu'une longue discipline a données à la philologie classique. Son principal ouvrage, intitulé Principes de V étymologie grecque (2* édition 1866), est bien connu de tous les hellénistes. M. Curtius est aussi lauteur d'une grammaire grecque pour les classes, qui est arrivée aujourd'hui à sa huitième édition et qui a été traduite dans presque toutes les langues de l'Europe.
Cet essai a paru d'abord dans les Mémoires de l'Académie royale de Saxe (1867). La traduction française, qui exigeait une connaissance aj^profondie du sujet, et qui présentait de sérieuses diflScultés à cause de l'incertitude de notre terminologie grammaticale, est due à M. Bergaigne, répétiteur à l'Ecole pratique des hautes études.
M. Breal.