‹ La stratification du langageChapitre 9 sur 54 · Ëdkins, Grammco', p · texte numérisé non relu

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de l'hébreu qu'à mon point de vue nous n'en pouvons attendre ; je le dis pour inviter à la modération les deux partis. Si, d'un côté, nous ne devons pas demander plus que nous n'avons le droit de demander, nous devons, d'autre part, ne pas chercher ni désirer produire plus de preuves que n'en admet la nature de la question. Nous savons que tels mots qui ont identiquement le même son et le même sens en sanscrit, en grec, en latin et en allemand ne peuvent pas être identiques parce qu'ils violeraient les lois phonétiques qui ont rendu ces langages si difièreôts les uns des autres. Le verbe doom ne peut avoir de rapport avec le latin damnarcy ni le verbe call avec le grec xaXsTv et le latin calare^ ni l'anglais care avec le latin cura^ ni le verbe hâve avec le latin habere. Cette remarque peut s'appliquer, mais avec une force cent fois plus grande, à des mots hébraïques et sanscrits. Si on trouve une racine hébraïque trilitère pareille à une forme trilitère sanscrite, nous serons aussitôt certains qu'elles ne sont pas identiques, que leur ressemblance est purement accidentelle. Des pronoms, des noms de nombre et quelques noms plutôt imitatife que significatifs, pour père, mère, etc., peuvent avoir été conservés depuis l'époque la plus reculée par les Aryens et les Sémites ; mais si les savants vont plus loin et se mettent à comparer l'hébreu harak (bénir) et le latin precari^ l'hébreu lab (cœur) et l'anglais liver (foie), l'hébreu melech (roi) et le latui mulcere (adoucir, calmer, soumettre), ils sont ie crois en grand danger de prouver trop.

On a essayé récemment de signaler plusieurs racines communes au chinois et au sanscrit. Loin de moi la pensée de flétrir même des études de ce genre comme antiscientiflques, quoiqu'il feille un certain efibrt, quand on a été élevé dans la plus extrême rigueur de l'école de Bopp, pour aborder de telles recherches sans préjugé. Toutefois, si on les dirige avec soin et prudence, et surtout avec la notion claire des limites où elles doivent se tenir renfermées, ces recherches sont parfaitement légitimes, bien plus que le savant dogmatisme qui a fait déclarer à quelques uns de nos savants les plus éminents que l'origine commune du sanscrit et du chinois était une absurdité. Je ne puis dire cependant que la méthode adoptée par M. Chalmers dans son intéressant ouvrage sur l'origine du chinois doive porter la conviction dans l'esprit du sceptique de bonne foi. Je crois qu'avant de comparer les mots du chinois à ceux de n'importe quelle autre langue il faut faire tous les efibrts pour ramener les mots chinois à leur forme la plus primitive. Ici, M. Edkins a indiqué la route

à suivre et a clairement montré le grand avantage qu'on pourrait tirer d'une étude minutieuse des dialectes chinois. Le même savant a fait encore plus en montrant comment le chinois doit d'ahord être comparé avec ses plus proches parents (le mongol dans la classe touranienne septentrionale et le tibétain dans la classe touranienne méridionale), avant qu'on essaie aucune comparaison avec les colonies plus éloignées qui sont parties durant la période monosyllabique du langage. « Je cherche en ce mosnent à comparer, écrit-il, le mongol et le tibétain avec le chinois, et j'ai déjà obtenu quelques résultats intéressants :

» 1. — Parmi les mots mongols, un grand nombre (le cinquième peut-être) sont chinois. L'identité se reconnaît dans la première syllabe des mots mongols, qui est la racine. La correspondaiice est des plus frappantes pour les adjectife : la moitié peut-être des plus employés sont, quant à la racine, identiques avec des adjectifs chinois. Ex. sain (bon), begen (bas), ichi (à droite), sologai (à gauche), chihe (droit), gadan (extérieur), chohon (peu nombreux), logon (vert), hunggun (léger). Mais l'identité est aussi fréquente dans d'autres classes de mots, et cette identité des racines communesi^ semble s'étendre aussi au turc, au tartare, etc.: ex. 5ze(eau), ^enW(ciel).

» 2. — Pour comparer le mongol avec le chinois, il est nécessaire de remonter d'au moins six siècles en arrière dans le développement de la langue chinoise ; en effet, nous trouvons dans les racines communes des lettres particulières à l'ancien chinois, ex. la finale m. Il faut aussi considérer les lettres initiales d'un autre point de vue que celui de la prononciation mandarine. Si beaucoup de mots sont communs au chinois, au mongol et au tartare, nous devons remonter d'au moins douze siècles en arrière afin d'avoir une époque convenable pour la comparaison.

» 3. — Tandis que le mongol n'a pas trace d'accents, ils sont très-nettement développés en tibétain. Csoma de Kôrôs et Schmidt ne mentionnent pas l'existence des accents, mais on les entend parfaitement dans la prononciation des natilis du Tibet en résidence à Pékin.

» 4. — Comme pour la comparaison du mongol, il est nécessaire, pour examiner les rapports du tibétain et du chinois, de choisir l'ancienne langue chinoise avec ses consonnes finales plus nombreuses et son système complet d'initiales douces, fortes et aspirées. Les noms de nombre tibétains fournissent sur ce point des exemples assez clairs.

» 5. — Tandis que le mongol se rapprocUe du chinois surtout par le grand nombre des mots communs aux deux langues, le tibétain s'en rapproche par sa structure phonétique, en ce qu'il est accentué et monosyllabique. Cela étant, il est moins remarquable qu'il y ait beaucoup de mots communs au chinois et au tibétain, et on devait s'y attendre; mais une circonstance curieuse c'est qu'il s'en trouve peut-être autant dans le mongol, avec ses longs polysyllabes sans accent. »

Voilà incontestablement le véritable esprit qui doit diriger les recherches sur l'histoire primitive du langage, et j'espère que MM. Edkins, Chalmers et autres ne se laisseront pas décourager par les objections ordinaires que soulève toute recherche neuve. Quand leurs études ne conduiraient qu'à des résultats négatif, elles seraient de la plus haute importance. Le critérium à l'aide duquel nous constatons la parenté des langues à flexions, comme le sanscrit et le grec, l'hébreu et l'arabe, ne peut naturellement pas s'appliquer à des langues qui sont encore dans la couche agglutina tive ou isolante ; il ne serait bon à rien pour déterminer si certaines langues séparées pendant le développement de leurs flexions avaient été imies pendant leur âge agglutinatif, ou si des langues séparées pendant l'âge agglutinatif étaient sorties d'un même centre dans l'âge monosyllabique. Bopp a voulu travailler avec ses outils aryens sur les langues malayo-polynésiennes et y découvrir des traces de formes aryennes : que son exemple nous soit une leçon.

Toutefois, il y a aussi des dangers de l'autre côté, et même des dangers plus grands, et si M. Chalmers, dans son intéressant ouvrage sur ï Origine du chinois y compare entre autres le chinois tzé (enfant) avec le bohémien tsi (fille), je sais que l'indignation des savants aryens sera portée au comble, quand ils songeront qu'ils ont prouvé de la manière la plus minutieuse que tsi ou dci en bohémien est une modification régulière de dugte, et que ce dugte est le sanscrit duhitar, le grec ôuYin^p, daugh-ter (fille), mot qui était originairement un petit nom d'amitié, signifiant laitière^ et donné par les pâtres aryens, et par eux seulement, aux filles de leur maison. De pareils accidents doivent arriver dans un sujet aussi vaste que la science du langage ^ . Ils

1. Si la comparaison de M. Chalmers entre les noms de la fille en bohémien et en chinois est si impardonnable, que dirons-nous de la comparaison de Bopp entre les noms bengali et sanscrit de la sœur? Sœur, en bengali, se dit bohkii, ce qui n'est autre chose que Thindi

sont arrivés à des savants comme Bopp, Grimm et Burnouf, et ils arriveront encore. Je ne défends pas ici le trop de hâte ou la légèreté, je dis seulement qu'il faut nous lancer en avant et non pas nous imaginer que tout est fait et qu'il n'y a plus de conquêtes à faire dans notre science. Notre mot d'ordre, ici comme ailleurs, doit être Festina lente, mais en tout cas, Festina! Festina! Festina!

bahin et bhân, le prâcrit bohint, le sanscrit bhagint. Bopp, de la manière la plus laborieuse, fait venir bohint du sanscrit svasr (sœur). Bopp, Vergl. Gramm, \\* éd.], Vorrede zur vierien Abtheilung, p. X.

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