‹ La stratification du langageChapitre 16 sur 54 · Renfermé dans 'ApS-à6$a — éTCTàOeo;. Ibid., p · texte numérisé non relu

Renfermé dans 'ApS-à6$a — éTCTàOeo;. Ibid., p

2. Par exemple dans le Traité sur Tétude comparative des langues, Gesammelte Werke, III, p. 246.

3. Ueber die Verschiedenheit des memMichen Sprackbaues, — P. 191.

et si un pareil ensemble atteint sa forme essentielle dans la première de ces deux périodes, on ne trouvera pas, je crois, grande objection à feire contre l'expression Période d'organisation. Les types de toutes les formes essentielles du langage doivent avoir été créés dans ce temps, car ils sont les mêmes dans toutes les langues de la famille. La période postérieure a donné encore, en vue d'applications particulières, de nouvelles empreintes de ces types avec de légères modifications, mais elle n'a créé aucune forme fondamentale nouvelle. On pourrait aussi, en employant une autre image, nomutner cette période celle de la croissance. Â la fin de cette période, le corps du langage a atteint sa mesure définitive, ses limites à l'intérieur desquelles se restreignent désormais toutes ses modifications ; il est adulte. Pour la seconde période, la décroissance graduelle de l'état phonique extérieur est un signe essentiel. Néanmoins ce serait une grave erreur que de la nommer, par opposition à celle de la croissance, période de décadence. Car, de même que dans la vie la vieillesse ne suit pas immédiatement l'achèvement de la croissance, de même un délabrement réel de l'organisme n'est pas, ici non plus, immédiat. Les commencements de l'altération phonique ont une connexité avec l'activité la plus grande dans l'emploi de ce qui a été précédemment créé. Les avantages propres par lesquels le grec, par exemple, se distingue du sanscrit, appartiennent à cette période. 11 en est de même de la constitution définitive de l'infinitif que chacune des langues sœurs a, par des moyens difierents, obtenu et su distinguer d'autres formations nominales. C'est alors aussi que la structure de la phrase a été réglée -pour tout ce qui sort des formes les plus simples. Ce serait être bien exclusif que de ne faire aucun cas de tout cela et de considérer la première période comme une sorte de Paradis perdu. On ne peut, je crois, méconnaître que les formes fondamentales qui sont essentielles pour la structure des langues indo-germaniques n'offrent déjà des affaiblissements phoniques, et que ces affaiblissements, bien loin d'entraver la détermination des formes particulières, n'y aient plutôt aidé. On ne peut prétendre que da-dâ-mi soit en quelque chose moins organique que da-^à-ma qui lui a donné naissance, et cependant il est affaibli quant au son. Les langues remplissent certainement dans la seconde période mieux que cette langue fondamentale de la première, l'objet de toute langue qui est de servir à l'expression de la pensée. Si on voulait chercher d'autres images, on pourrait songera l'expression de Polissage qui réunit les deux

éléments essentiels : diminution matérielle, augmentation de la finesse. Mais peut-être cette expression pourrait-elle prêter à un malentendu et faire croire que le changement est dû à l'action d'une force extérieure sur le langage. Puis donc que Ton distingue d'ordinaire les termes de culture et de formation et que le premier s'applique de préférence au perfectionnement d'une formation déjà accomplie, le nom de Culture est assez propre à désigner ce qu'il y a d'essentiel dans cette période.

Il faut se demander maintenant quel est le rapport de cette seconde division avec la première, la division ethnographique. Et ce que nous voyons ici clairement, c'est que la période de l'organisation concorde essentiellement avec celle de l'unité, et celle de la culture avec celle de la pluralité. Mais les deux périodes ne se superposent pas absolument l'une à l'autre. Il semble hors de doute que l'organisation était achevée avec la première. Mais que la période de culture ne commence qu'avec celle de pluralité, c'est un point qu'on ne peut regarder comme aussi bien arrêté. Considérons avec quelle ténacité toutes les formes essentielles subsistent dans les diverses branches de notre famille de langues, ou tout au moins y ont laissé des traces c^i'on ne peut méconnaître. Considérons aussi avec quelle sûreté chaque forme reste fidèle à sa sphère, et voyons combien les concordances sont grandes, non-seulement dans les racines, mais aussi dans les mots formés de ces racines et portant souvent dans leurs terminaisons, comme dans leur emploi, l'empreinte la plus achevée et la plus délicate. Nous serons forcés de conclure que le peuple primitif indo-germanique a eu un temps assez long à sa disposition pour travailler ses formes et ses mots, avant que la division eût livré le langage à diverses causes de délabrement. Parmi les éléments qui sont communs à toutes les langues, il en est beaucoup qui offrent un caractère conventionneil, comme par exemple les noms de nombre, dont nous pouvons retrouver les formes fondamentales, mais sans réussir à en reconnaître le sens primitif. Peut-être le mot katvar, forme fondamentaledu nombre quatre, était-il déjà pour les Indo-Germains avant leur séparation en diverses femàles, aussi énigma tique que pour nous. Nulle part on ne voit ici ressortir de relations claires avec des racines et des suffixes d'un usage courant. Or il y a eu nécessairement un temps où ces éléments se rattachaient à d'autres qui faisaient également partie du trésor delà langue : l'existence d'un tel mot, ainsi dévié pour ainsi dire, nous permet donc de conclure à bien des troubles apportés dans le langage, à des

pertes éprouvées par lui. Mais des troubles de ce genre sont déji UB critère de la seconde période. Nous remarquons la même chose pour les désinences personnelles et casuelles. Souvent ici rétat phonique primitif peut à peine être deviné. Pour la première personne du pluriel, par exemple, nous ne pouvons trouver autre chose qu*une forme telle que da^à-mor-si, comme forme fondamentale indo-germanique; et pourtant cette forme ellemême est vraisemblablement déjà affaiblie de da-dâ'-mar'tva. Cette dernière, ou peut-être da-da^ma-tvi^ serait celle de la période d'organisation. Il aura fallu aussi un certain temps pour £Biire sortir d'une forme fondamentale organique comme varkasa, la forme fondamentale indo-germanique varka-s. Peut-être y a-t-il eu même ici des degrés intermédiaires, tels que varkasi. Des affaiblissements et des pertes phoniques de ce genre qu'il £Biut bien distinguer des afiaiblissements beaucoup plus considérables et plus variés des temps postérieurs, ne faisaient qu'aider aux fins du langage, loin d'y être un obstacle. Ils proviennent, moins de la paresse des organes de la parole cherchant leurs aises, que d'un effort pour ne pas laisser les formes nouvellement nées devenir trop polysyllabiques et trop pesantes ; ils servent ainsi le principe de l'unité du mot. Ce qui confirme encore l'opinion que le peuple primitif indo-germanique a gardé assez longtemps son unité, ce sont les traits nombreux de croyance, de poésie mythique, de mœurs communes, dont traite par exemple Pictet dans son substantiel ouvrage, les Origines indoeuropéennes. Même on ne peut guère mettre en doute après la démonstration frappante de Westphal l'existence d'un mètre fondamental indo-germanique. Bref, nous pouvons aflSrmer, sans crainte de nous tromper, que la période de culture a commencé déjà pendant celle de l'unité, qu'ainsi les deux divisions essentielles se croisent, au moins sous ce rapport.

Nous laissons ici entièrement de côté la division ethnographique, et nous aurons exclusivement en vue la division purement linguistique. Pour traiter avec détail de ces deux grandes périodes principales, il faut naturellement employer deux méthodes entièrement différentes. La seconde, la période de culture, concordant, au moins pour la partie de beaucoup la plus grande, avec celle de la séparation des langues, comprend des matériaux extrêmement "abondants. L'étude doit ici nécessairement se diviser, car un s«ul esprit ne peut embrasser la masse énorme des faits. Il s'agit de remplir la lacune qui existe entre répoque primitive et celle de l'existence de la lai^gue particulière

ou de la famille particulière de langues révélée par des témoignages historiques. Nous, qui avons toujours principalement en vue la langue grecque, la tâche que nous nous donnerions pour cette période serait donc de rechercher par quels degrés différents les sons et les formes indo-germaniques sont passés pour devenir peu à peu des sons et des formes grecques. Et ce problème pourrait être résolu au moins en tant qu'on peut poser plusieurs séries de faits susceptibles d'être reconnus avec précision. Il est déjà plus diflScile de relier ces séries entre elles. Et pourtant, si nous prenons pour base les faits les plus essentiels de l'histoire des sons, nous réussirons, je crois, plus d'une fois, à découvrir avec certitude quelque chose d'antérieur et quelque chose de postérieur. Pour cette seconde période, les recherches doivent nécessairement prendre un certain espace. Je remets à une autre occasion d'entrer dans ce sujet.

Au contraire, pour la période d'organisation il ne peut s'agir, au moins pour commencer, que de jeter une esquisse, que de poser, relativement à la succession des phénomènes les plus essentiels du langage, certains points de vue qui, malgré les plus sérieux ejBforts pour ne rien aflSrmer sans fondement, doivent cependant avoir un caractère plutôt hypothétique. Mais de telles hypothèses sont absolument indispensables à notre science. Après plus de cinquante ans consacrés à une analyse laborieuse des formes particulières, il devient indispensable de réunir ces formes et de se les représenter réunies, et il faut non-seulement le faire pour les âges de la vie du langage révélés par des témoignages historiques, mais encore oser la même chose pour cette période primitive. C'est dans ce sens que Steinthal s'est déjà donné la tâche * d'exposer le développement de la langue sanscrite, depuis la création des racines jusqu'à la forme de mot complètement achevée, « non-seulement comme un ensemble théoriquement donné, mais comme une croissance qui s'est opérée dans le temps. » Et il jette lui-même une esquisse du développement des langues indo-germaniques, à laquelle nous nous rattacherons plus d'une fois.

Qu'on se garde bien de tenir pour superflus ces essais d'embrasser l'ensemble du langage. Car, en définitive, l'épreuve n'est faite pour une aflSrmation isolée que lorsqu'elle peut être rattachée à une grande série de vérités connexes, et pour une

1. Dans sa Charakteristik der hauptsachîichsten Typen des Sprachbaues, p. 277.

affirmation historique (et toute affirmation linguistique en est une dans un certain sens), que lorsqu'elle trouve sa juste place dans un tableau général présentant d*une manière satis£siisante le développement de Tobjet en question. Essayons donc cette esquisse d'un développement qui, sans aucun doute, remonte à une période très ancienne de la vie des peuples.

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