‹ La stratification du langageChapitre 22 sur 54 · édit., pp. 58 et suiv · texte numérisé non relu

édit., pp. 58 et suiv

les racines sont moins étroites et limitées k tel ou tel thème de temps. Enfin à peine y a-t-il un des éléments additionnels que nous considérons ici, pour l'explication duquel on ait à proposer une racine verbale.

Toutes différentes sont Jes vues de ceux qui identifient ces mêmes éléments avec les sufiixes de formation des noms ^ . Le ky par exemple, qui lait la différence de la forme plus forte èXe-x (èXé)c-(i), èXc&Xcx-a) à èXe, èX, serait identique au k du thème nominal ?uXa-)t, ou au suflSxe Aa, gr. xo, formé du thème pronominal ka, ex. set. dhâ-hùr-s < réservoir », de la racine dha « poser » (comp. gr. Of^-xt;). Vn de ^anâ-mi ne serait pas différente de l'n du suffixe -na dans svap-^nonS «sonmaeil» = ux-vo-ç, de la racine svap « dormir ». Le < de la racine djut « briller », comparée à div ou dju qui a le même sens, serait le même que celui du set. sthi-^Or-s «se tenant debout »== dTa-ri-ç- Mais on voit clairement que la fonction des mêmes éléments est essentiellement différente dans les formes nominales et dans les formes verbales. Ces thèmes pronominaux, quand ils font partie d'un thème nominal, sont destinés à montrer l'idée du thème comme effectivement présente, comme attachée à un objet ; ils ne servent donc qu'à faire ressortir davantage la signification nominale du thème. Nous rencontrerons sans doute plus loin des thèmes nominaux jouant aussi le rôle de thèmes verbaux. Mais cela n'a lieu, conune on le verra, que pour un but parfaitement déterminé, dans la formation du présent. 'Ces lettres J9, k, n, t se retrouvent dans toute la flexion du verbe aussi bien que dans la formation nominale primitive : t/a-gan-a = Yé-^ov-a, ^a-^an-ti , ^an-a^ = Yév-oç, c?ys<-a-<^, di-djui'-êy djdt'a-Sy djDt-is. Les formes fondamentales ^an, djut, sont, sous tous les rapports, et particulièrement en ce qui concerne la gradation phonique intérieure, traitées absolument comme les racines primaires, qu'aucune analyse ne peut plus décomposer, comme par exemple an, kan, pat. Ne ressort-U pas de laque ces formes qui, pour la conscience du langage, ne se distinguent en rien des racines primitives, étaient déjà présentes dans la langue avant V apparition de la flexion et avant la formation primaire des mots? Pour les dénominatifs des périodes postérieures, il s'est établi des lois de formation tout autres. D'ailleurs une grande partie des éléments additionnels que nous nonunons déterminatiâ n'ont aucune ressem-

1. C'est Àscoli qui va le plus loin en ce sens dans ses StudJ Aria- Semitki,

blance avec des suffixes nominaux réellement usités, et il a Mu pour les y ramener les hypothèses les plus arbitraires ^.

Les déterminatifs Umitent les racines intérieurement, ils circonscrivent la sphère d'une racine; les suffixes nominaux les limitent extérieurement, ils donnent à la racine une application plus resserrée à des objets précis.

De la racine y u se forment ^u^ et judh. L'idée fondamentale « joindre » s'attache aux trois combinaisons phoniques. Mais, tandis que^u signifie aussi par exemple « mêler, délayer (delà pâte) », kjug s'attache plutôt le sens de «joindre, d'attacher, avec une intention », surtout d'« atteler les chevaux au char », t^judh a exclusivement celui d' < en venir aux mains », il exprime l'idée de « rencontre. » Les suffixes de formation des mots modifient le sens d'une tout autre manière : jug-Or'^nj « le joug qui joint », jT>h4ar « celui qui joint », jXih-ti « la jonction ». J'ai cru reconnaître * la racine primaire #ar {tar-ala-Sy palpitant, tremblant) ou tra avec l'idée fondamentale de mouvement dans les racines élargies tra-Sy tra-m^ tra-^k (lat. torqur-eo = Tpéx-«), tra-^ (lat. trep-idu-s), et tri, tru, qui ne diffèrent de tra que par l'afiaiblissement de la voyelle, dans trup ( gr. Tp6x-avo-v), trib (gr. ipiS-tù). Chacune de ces racines élargies s'est appropriée à un usage déterminé. Que trouvons-nous de semblable dans le domaine des verbes incontestablement dénominatiJËs? Il n'y a que des différences peu considérables entre l'usage de Jactare, mutare, vatsTôcv, çcpsTv, et celui de leurs primitif jacere, movere, vaCetv, çép-tv. On pourrait plutôt comparer les modifications opérées par les déterminatife aux différences de sens produites dans des périodes plus récentes de la vie du langage par les prépositions employées comme préfixes. En général, la formation des thèmes des verbes est évidemment close beaucoup plus tôt que celle des noms, et par suite soustraite à une extension sans limites. Au contra ve la tendance à frapper les noms d'une empreinte individuelle est restée active jusque bien avant dans la période de la vie séparée des langues, et a permis d'obtenir des noms différents pour la multitude immense des objets qui par

1. Ainsi Âseoli(p. 20), pour expliquer le déterminatif p, suppose un pronom pa qui ne se présente nulle part dans le domaine des langues indo-germaniques. Car le sanscrit pa-ra-s (l'autre), qu'il cite, pourra bien aussi s'expliquer autrement. Il faut même que ce pa se métamorphose aussi à l'occasion en bha pour expliquer ainsi un bh additionnel.

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