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III. PERIODE VERBALE PRIMAIRE

Nous pouvons considérer la création de formes verbales primaires comme le premier pas dans ce que nous appelons à proprement parler Formation ^ . L'essence du verbe est l'affirmation. Cette affirmation se réalise par l'adjonction de pronoms personnels, inséparablement unis comme signes du sujet, à des racines de valeur appellative, par exemple dâ-ma « donner moi », dâ^ta « donner lui ». La combinaison des deux éléments est donc

1. M. Steinthal est du même avis dans sa Charakieristik der hauptsxcMkhsten Typen des Sprachbaues, p. 285.

ici prédicatwe . Il se forme ainsi une petite phrase, le modèle encore nu de toutes les phrases dont la formation ultérieure, se diversifiant peu à peu, était chose relativement facile, si on la compare à la création de cette phrase primitive. Schleicher a montré^ que les langues autres que celles de notre race ne peuvent réussir à distinguer d'une façon précise et avec une entière sûreté les deux catégories. Le caractère propre de la structure du verbe dans les langues indo-germaniques repose justement sur la conception précise du rapport prédicatif. Les langues sans formes désignent souvent les rapports des mots entre eux par la place invariable qu'elles leur assignent. Nous pouvons donc conjecturer qu'avant la combinaison prédicative, il y a eu un temps où le thème pronominal, dès qu'il était employé comme sujet, avait sa place invariablement fixée après la racine verbale. Mais cependant le fait décisif fut la combinaison indissoluble des deux éléments. Il est vraisemblable que cette combinaison se produisit dès le commencement de la création des formes, et que l'idée s'en grava avec une telle netteté dans la conscierce du langage, qu'une confusion avec d'autres additions fut dès lors impossible. La forme fondamentale supposée de la troisième personne du singulier dâ-ta contient exactement les mêmes éléments que le thème de l'adjectif verbal dà-ta dont s'est formé le nominatif da-ta-s = So-xé-ç, da-tv^s. Il est à peu près impossible que les deux formes se soient produites dans le même temps. On y reconnaît deux traits entièrement difierents de la formation du langage. Dans la dernière forme, ta se joint à dâ dans un sens attributif « donner là », c'est à dire « le don, le donné là ». On ne rencontre aucune trace de nature à faire supposer qu'il y ait eu jamais un temps où dâ-4a signifiât simultanément « il donne » et « donné ». Mais admettons que dans une période très reculée du langage, l'adjonction de suffixes ait eu lieu exclusivement dans le sens prédicatif. Admettons aussi que des formations toujours encore assez peu ductiles qui se sont ainsi produites, il soit sorti des formes plus souples, d'une part par raccourcissement et l'amollissement des désinences, de l'autre par des renforcements de la racine. On comprendra ainsi facilement que lorsqu'on n'eut plus conscience de l'origine de la forme da-ti sortie de dâ-ta, ou de dadâ-^ti (formé du thème

1. Ueber Nomen und Verbum in seiner lautUchen Form, — Abhandlungen der phUoL'histor. Classe der KcenigL Sxchsischen Gesellschaft der Wissentchaften, lY, p. 501 et suiv.

redoublé), dans une période plus tardive, mais toujours encore décidément créatrice, la racine, ainsi que nous le Terrons, considérée comme nom, ait pu s*unir de nouveau au même élément, mais dans un sens tout autre.

Dans le fait, il y a des raisons de tout genre en faveur de la priorité des formes verbales les plus anciennes sur les formes nominales articulées ^ Je voudrais faire ressortir particulièrement les suivantes :

l^ Les formes verbales primaires (et celles de Tactif se seront seules produites d*abord) sont peu nombreuses. Comme les formes du duel sont vraisemblablement sorties plus tard de celles du pluriel, nous n*avons affaire qu*à six formes qui à leur tour se partagent entre deux nombres. Les formes du pluriel contiennent évidemment les mêmes éléments que celles du singulier, mais ces éléments y sont unis deux à deux. Ce n'est donc que pour les trois formes du singulier qu*il a fallu une création tout à fait originale. En somme on trouve, ici aussi, Tapplication du proverbe : «Xéov f^ixKju 'jravTi;. Dès qu'un des trois thèmes pronominaux se fut, par la puissance de Taccent tonique, uni à une racine de manière à former avec elle un tout, dès lors fut créé dans ses traits essentiels le type qui ne fit que se renouveler dans les autres formes. La transparence et la signification déterminée de ces formes nous rend tout particulièrement probable leur origine antique.

En regard de cette simplicité et de cette sûreté , ce que nous appelons formation des noms, par opposition à la flexion, oSre le caractère d'une extrême diversité. Cette différence avait déjà été observée par les anciens grammairiens. La flexion leur paraissait comme ime declinatio naturalisa la formation des mots comme voluntaria. Il leur semblait que dans celle-là dominait la constance, dans celle-ci l'inconstance ^. Les langues de notre race ne perdraient guère de leur caractère, si au lieu de la multitude presque innombrable de leurs suflixes de formation, elles n'en avaient qu'un petit nombre. Mais sans flexion verbale elles seraient absolument autres. La richesse dans la formation des noms est un luxe du langage, luxe agréable et délicatement employé ; mais la flexion verbale est la condition première de sa

1. L*auteur oppose ici les formes nominales articulées aux racines nues employées avec le sens de noms. Voyez plus loin, page 69. (Note du Traducteur.)

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