‹ La stratification du langageChapitre 25 sur 54 · Varron. — De ling. lai. IX · texte numérisé non relu

Varron. — De ling. lai. IX

vie propre. Or les articles de luxe ne se produisent d'ordinaire qu'après la satis&ction des besoins les plus pressants de la vie.

2^ Si les noms avaient reçu leur empreinte variée antérieurement à la création des formes verbales primaires, si ces dernières étaient déjà dénominatives y ainsi qu'on Ta affirmé, nous devrions nous attendre à y trouver partout des traces évidentes de formes nominales. Il existe à la vérité une couche de verbes évidemment dénominatifs, c'est-à-dire composés de thèmes nominaux ; il existe aussi d'autres formes verbales dans lesquelles nous reconnaîtrons plus bas de pareils thèmes. Mais il y a une autre catégorie de verbes qui se distingue très nettement des deux précédentes, et ne présente aucun trait de ce genre. Il nous faudrait les preuves les plus frappantes pour admettre déjà dans des formations aussi simples et aussi claires que af-mi = gr. eî-[xt, i-mcLS = gr. ï-^-s;, de fortes mutilations de la syllabe radicale. De telles formes portent bien le caractère de la plus haute antiquité.

3® Les formes verbales primaires sont de toutes celles des langues de notre race celles qui s'y sont maintenues avec le plus de ténacité. C'est pour cela même qu'elles ont servi de point de dé-^ part pour la découverte de la parenté des langues dans le Système de conjugaison de Bopp. Au contraire dans la formation des cas nous trouvons déjà une certaine diversité; nous constatons çà et là différents essais pour exprimer le même rapport, par exemple au génitif singulier et à l'instrumental. Dans les désinences personnelles les traces d'une semblable hésitation sont extrêmement rares. Un moyen déterminé et unique y est employé avec une sûreté parfaite à une seule fin à laquelle il répond exactement. Ces six désinences personnelles primitives sont, bien proprement, un caractère indélébile de toutes les langues indo-germaniques. Or c'est ce qui s'explique tout naturellement, si l'on considère la création de ces formes comme le premier fait de la formation propre du langage indo-germanique.

4^ Il est invraisemblable qu'une formation nominale variée se soit produite antérieurement à la formation verbale ; mais il est tout à fait impossible de se représenter la formation des cas dans un temps si reculé ^ Le besoin de cas ne pouvait se faire sentir

1. Misteli au8«[, dans son intéressante dissertation sur les terminaisons du moyen (Zeitschrift de Kubn. XV, 296), conclut que rien ne noud

que dans la phrase, et sans verbe il n*y a pas de phrase, dans le sens propre du mot, mais seulement des agglomérations ou des groupes de mots. En outre les cas supposent des thèmes nominaux d*une empreinte achevée, dont la présence avant les formes verbales que nous considérons ici, nous a paru invraisemblable. n n'y a qu'un point de rencontre entre la conjugaison et la déclinaison, c'est le nombre, qui demande à être désigné dans le Teribe comme dans le nom. Mais cette désignation s'y &it de deux manières entièrement différentes. S'il y avait eu, avant que les désinences "inasi, '4vasiy '4^a)nti eussent reçu leur empreinte définitive, un suffixe du pluriel, nous devrions nous attendre à le trouver parallèlement dans le verbe et dans le nom. Car ce que le langage a une fois appris , il ne l'oublie pas. Mais ce qui montre qu'on ne doit chercher rien de tel dans Vi par exemple, c'est le singulier -mi, -^i, --ti. Le nouSf vous, ils dans le verbe est entièrement différent de ce qu'il est dans le pronom indépendant. Le nominatif pluriel avec son s ou as s'est formé évidemment d'une manière tout à fait indépendante, et, à ce qu'on peut supposer, dans un temps où les désinences personnelles existaient depuis longtemps comme telles. Les désinences du moyen, dans lesquelles je reconnais maintenant S avec Bopp et Schleicher, deux thèmes pronominaux qui sont dans des rapports différents avec l'action, par exemple dorior-i = da-^tor-ti, ne peuvent s'être produites non plus que dans un temps où il n'y avait pas encore de cas. Autrement celui des deux ta qu'il faut prendre dans le sens du régime porterait une désinence casuelle. Nous n'avons pas ici à entrer dans les détails de l'origine de chaque forme. Mais sous le rapport chronologique nous pouvons reconnaître clairement à l'intérieur de cette période différentes subdivisions : d'abord au point de vue de la phonétique. Les terminaisons du pluriel telles que ma-si, c.-à-d. ma-tvif tha-si, c.-à-d. tvor-tviy les terminaisons du moyen telles que ma-i, c.-à-d. ma-miy ta-i, c.-à-d. ta-ti, renferment les suffixes -ma, ^tvay.-ta, avec la voyelle non affaibUe. L'affaiblissement eni est donc un tait plus récent. De plus, il est évident que le moyen ne s'est formé qu'après l'actif qu'il suppose partout, et auquel il

autorise à nous figurer la flexion des substantifs comme plus tôt accomplie que celle du verbe.

1. M. Gurtius expliquait autrefois la différence entre |i.i et itai, <ri et aai, Tt et Tai par un renforcement symbolique. Tempora und Modi, p* 29 et suiv. — Trad.

— esse rattache étroitement. A la seconde personne du singulier du moyen, dont nous pouvons sans doute avec Schleicher ramener la désinence sai à tva-tvi, le même pronom se trouve employé deux fois aussi bien que dans le suflSxe du pluriel tha-s^ c.-à-d. tva -^vi. Au pluriel la combinaison est copulative < toi et toi »; au moyen elle est devenue constructive ^atu te > o\i< tu tibi ». Nous rencontrons encore un redoublement du pronom à la troisième personne de Timpératif, et là accompagné d*un allongement qui convientbienàTaction intensive : û?â-^â-f(a)=W-T(o-(T). Ces combinaisons différentes des mêmes éléments appartiennent vraisemblablement à différents temps de notre période.

Lorsqu'avec de pareilles formes eut été créé comme le cadre des verbes primitife, et que grâce aux variations d'une série de formes semblables par le thème et différentes par la désinence , le sentiment de la flexion se fut éveillé, alors se produisirent, du moins à ce qu'on peut conjecturer, des transformations diverses de ce qui avait été ainsi créé. Il s'agissait de fonder entre le thème et la désinence, par une appropriation réciproque, un rapport fixe, de réaliser ainsi cette souplesse des formes qui est un signe distinctif de la véritable flexion. Les moyens qu'on employa furent le renforcement du thème et l'affaiblissement des terminaisons. Mais le renforcement du thème ne fut pas indépendant de la force des désinences : il n'eut lieu que devant les désinences plus légères du singulier. On voit que ce fait se distingue de certains phénomènes postérieurs, en ce qu'il s'agissait ici pour le langage d'établir une espèce d'équilibre, et non de feire partout ressortir le thème. On eut ainsi au singulier la l** pers. ai-ma (plus tard ai~mi), mais au pluriel la ï'* pers. i-ma~tva (plus tard i-ma-siy i~mas)y au singulier encore la 3* pers. ai-ta (plus tard ai~ti), mais au pluriel la 3® pers. i-an-ta (plus tard i-an-ti). Cette variation de quantité devient dès lors, et reste en dépit de tous les affaiblissements et allégements ultérieurs, inhérente à la plupart des formes qui appartiennent à cette formation primitive (ex. gr. (st'^rV'i, çà-iiiv).

L'affaiblissement de la voyelle finale contribue aussi à la souplesse du mot, et il est absolument impossible de le mettre sur la même ligne que les altérations beaucoup plus fortes des périodes postérieures. Le thème est d'autant plus thème qu'il ressemble moins à la désinence ; la désinence remplit son objet d'autant mieux qu'elle est moins lourde, qu'elle s'unit avec plus de souplesse au thème pour constituer une forme qui ne soit pas trop embarrassée. Dans la création des désinences du moyen, il est

déjà absolument impossible de méconnaître une transformatirai phonique considérable; mais cette modification même a senri à produire des formes plus souples. Ici du reste, sur bien des détails, le dernier mot n'est sans doute pas encore dit.

Mais à côté des renforcements mobiles du thème, c'est-à-dire de ceux qui ne s*étendent qu*à une partie des formes, il semble que cette période en a déjà connu un constant, s'étendant à toutes les formes : le redoublement. Ce moyen de fiaire ressortir un mot ou une syllabe, le plus enfantin de tous, nous pouvons, d'après ce que Pott ^ a montré de son emploi dans les langues les plus diverses, nous attendre à le rencontrer surtout dans les périodes reculées du langage.

Comme le redoublement n'a rien de commun avec ce qui constitue proprement la flexion, il pouvait exister déjà dans une des deux périodes antérieures. Mais si dada, par exemple, existait à côté de da, et stasta à côté de sta, il était très naturel de donner à ce thème redoublé les terminaisons personnelles, de la même manière qu'au thème monosyllabique. Ainsi se forma da-dà-ma à côté de dâ-^ma, da-^dor-ma-iva à côté de da-ma-'tva, et ainsi pour toutes les autres personnes. Naturellement il ne faut pas affirmer que toutes les racines aient eu de ces doubles formes. C'était certainement d'après sa signification qu'une racine prenait de préférence, ou peut-être exclusivement, la forme redoublée, ou ne la prenait jamais. Mais quand une fois se fut éveillée la tendance à fléchir aussi la racine redoublée, il dut , souvent du moins, se trouver deux formes, la simple et la redoublée, usitées l'une à côté de l'autre. Car nous rencontrons ici un trait de la vie du langage qui est de la plus haute importance pour l'intelligence de sa structure. C'est la tendance tout à fait conservatrice à retenir les anciennes formations à côté des nouvelles. Il est rare que le langage renonce complètement à ce qu'il a ime fois poss^é. Comme le nouveau tient toujours à l'ancien, il est difficile que l'ancien, si l'on peut ainsi parler, se démode entièrement. Il se conserve de quelque manière, quoique parfois ce soit seulement dans quelque coin dérobé. Ce sera donc toujours une des tâches les plus importantes du linguiste de chercher à reconnaître des formations anciennes parmi des formations plus récentes. C'est à cette particularité dont on retrouve partout les efiets, que le langage doit la richesse des formes, l'accumulation des différentes couches l'une au-dessus de l'autre. Or la

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