‹ La stratification du langageChapitre 27 sur 54 · Compendium, i 292, page · texte numérisé non relu

Compendium, i 292, page

^ faits cités par Schleicher rendent vraisemblable , c'est que Y a était long à l'origine. Mais pourquoi la tendance à fstire ressortir * un élément n'aurait-elle pas, dans les thèmes pronominaux comme dans les racines verbales, eu pour effet rallongement de la voyelle? D'après ce que Guillaume de Humboldt , Steinthal et d'autres savants nous ont appris de la manière dont se comportent les langues sans formes, c'est surtout dans ces périodes reculées que nous pouvons nous attendre à trouver de ces changements légers entraînant des nuances de sens très prononcées.

La principale raison en faveur de la date que nous attribuons à l'augment est celle-ci : c'est par sa présence que s'explique le plus facilement im autre phénomène évidemment très ancien, je veux dire la chute complète de la voyelle finale des désinences personnelles, a-dâ-'m, a-^adâ-ni supposent des formes o-rfâmi, a-dada-mi, qui proviennent elles-mêmes par aflEaiblissement de a-^â-ma, a-^adâ-^ma. On comprend très bien que l'addition d'une syllabe au commencement du mot ait amené à la fin un afiFaiblissement encore plus considérable. Ce ne peut être par hasard que les désinences appelées secondaires ont au prétérit leur place propre, celle qu'elles gardent le plus fidèlement. Or les formes secondaires doivent avoir existé de très bonne heure à côté des formes primaires : c'est ce que montre la succession régulière des unes et des autres à l'actif et au moyen. Il reste possible que l'accentuation ait aussi exercé une influence sur cet accourcissement de la fin du mot. L'augment attire sur lui-même l'accent tonique, en sanscrit et en grec , du moins, pour cette dernière langue, autant que le permet la loi qui limite aux trois dernières syllabes les déplacements possibles de l'accent. Cependant nous ne pouvons pas juger de l'accentuation avec une entière assurance, et nous n'imiterons pas Benfey qui conclut partout de l'accentuation sanscrite à celle de la période antérieure à la séparation des langues, et qui plus est, à celle de la forme la plus ancienne du langage.

D'après nous, la période que nous considérons actuellement aurait donc produit déjà pour le verbe un nombre assez considérable de formes, savoir :

1^ Un double présent,

a présent non renforcé, b présent renforcé ; 2^ Ces deux formes à l'actif et au moyen ; 3^ Des prétérits des deux formes à l'actif et au moyen.

Je ne puis décider si le parfait s'était déjà distingué alors comme temps particulier, mais certainement il n'y avait encore aucune désignation du Mode,

En regard de cette formation déjà assez riche du verbe, nous devons conjecturer que le nom dans cette période n'avait encore reçu aucun développement. Même dans les périodes plus tardives de l'histoire du langage il reste, en vertu de la tendance conservatrice générale , un certain nombre de thèmes nominaux complètement semblables à la racine, ou qui n'en diffèrent que par la quantité de la voyelle. C'est là une preuve que le génie primitif de nos langues n'exige pas pour caractériser un nom un suffixe particulier, quoique ce procédé ait dans la suite été préféré. Nous trouvons un nombre encore assez considérable de noms de ce genre en sanscrit, en iranien, en grec et en latin ^ Il n'y a, ce me semble, aucune raison de voir, comme on a voulu le feire, dans les mots de ce genre, des formes mutilées. Souvent, il est vrai, on trouve à côté de ces thèmes nominaux si courts d'autres thèmes, de signification voisine ou même identique, qui renferment un suffixe ; mais il ne suit pas de là que ces derniers aient produit les premiers. Ce qui semble plutôt déraisonnable, c'est de venir, sans argument qui s'impose, soupçonner une mutilation dans des formes du genre le plus simple, auxquelles tout esprit non prévenu reconnaîtra un caractère particulier d'antiquité. Il faut bien nous représenter ces thèmes nominaux primitifs comme tout à fait en dehors des catégories développées plus tard de noms d'action, d'agent, etc. Viç (c.-à-d. vik) signifie dans les Vêdas « celui qui entre, colon, homme, » et le zend viç qui n'en diflfêre que par la quantité signifie «entrée, » par suite «maison, Êimille. » La signification de ces noms antiques tenait, à ce qu'il semble, le milieu entre celles d'un infinitif et d'un participe, à peu près comme les formes anglaises en ^ing qui sont l'un et l'autre. Il ne peut non plus être ici question d'une différence de genre qu'il était tout à fait impossible d'indiquer dans des thèmes nominaux de cette espèce. Je suppose que ces noms à forme de racines ont été assez longtemps les seuls qu'ait connus le langage, et ce sont notamment les considérations suivantes qui m'y déterminent.

Nous avons déjà plus haut^ rappelé ce feit que les mêmes thèmes pronominaux sont employés d'un côté à former la troi-

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