‹ La stratification du langageChapitre 32 sur 54 · Voyez Schleicher, Compendmm, V éd., % 224, p · texte numérisé non relu

Voyez Schleicher, Compendmm, V éd., % 224, p

noms et les verbes, à ce d^è de déreloppement du langage, étaient bien loin encore de se distinguer d'une manière tranchée comme dans des périodes postérieures. Dans cet état du langage que nous connaissons par des monuments, le nom est distingué du verbe, non-seulement par sa forme, mais, à l'exception des participes et de l'infinitif que nous pouvons appeler noms verbaux, aussi par le cas qu'il gouverne. Le nom veut son complément au génitif, et le verbe le plus souvent à l'accusatif ^ Le nom substantif est déterminé avec plus de précision par des adjectifs, le verbe par des adverbes. Enfin le nom passe par une série de formes casuelles qui sont absolument différentes des formes du verbe. Il ne peut guère être question de toutes ces différences dans un temps antérieur à la formation des cas. Les noms les plus anciens, comme nous l'avons vu plus haut ^, ne se distinguent nullement des thèmes verbaux. On dut ainsi s'habituer à considérer le nom comme n'étant en quelque sorte qu'un thème verbal, sans signe du sujet. Il est dès lors facile de comprendre que par analogie avec ces noms primitifs tels que sad, bhavy d'autres noms portant une empreinte plus moderne comme sada^ bhara, et appartenant à ime formation nominale spécifique, aient à leur tour contracté une imion prédicative avec les désinences personnelles, et soient ainsi devenus des verbes. Ainsi à côté des radicaux thématiques nominaux on eut les formes thématiques verbales.

J'ai autrefois, d'accord avec une ancienne théorie, considéré comme voyelle de liaison la voyelle qui distingue une forme comme bhar-a-ti de bhar-ti, et ed-i-i de es-t. Ma principale raison était que toutes les autres explications données jusqu'alors de cette voyelle me semblaient inadmissibles, et qu'en général on ne pouvait expliquer l'intercalation d'un son A dans le corps d'une forme verbale qui pouvait également s'employer sans a. Mais en approfondissant l'ensemble des formes indo-germaniques j'ai changé d'avis. Voici quelques-unes des raisons essentielles qui doivent, ce me semble, nous empêcher de voir dans cette voyelle une intercalation purement phonique.

1 ^ Nous voyons que dans d'autres formes verbales et nominales, le langage n'évite nullement les groupes de consonnes qui résulteraient de la suppression des prétendues voyelles de liaison. Si

1. Dans le dialecte védique beaucoup de substantifs ont encore, par analogie avec le verbe, un complément à l'accusatif.

Ton pouvait prononcer ih"!^^ ^15*^ ii^Tat, dbtT6-ç, ag-men, octio, pourquoi n'aurait-on pas pu dire aussi ap'-mt, ak-siy ak-iif L*insertion d'une Toyelle de liaison, qu'on ne peut nier pour des périodes postérieures du langage, a la même cause que les nombreux affaiblissements et les chutes de lettres qui distinguent certaines formations plus récentes de formations plus anciennes. Cette cause est une diminution de la force d'articulation. Si donc nous n'admettons qu'avec une extrême prudence pour la période d'organisation tout ce qui peut s'appeler affaiblissement, il n'est tout d'abord pas vraisemblable qu'elle ait connu une voyelle de liaison.

29 La prétendue voyelle de liaison suit tout à fait l'analogie des voyelles finales de thèmes, particulièrement en ce qu'elle est, comme ces dernières , allongée à la première personne du singulier : tudâ'-mi, bôdhâ-mi présentent cet allongement comme çt;-[A(, ti-stha'-mi = T-GTY;-iji.t, âpYiô-mi (comparez 8e(xvû-fti).

3^ Au subjonctif de la conjugaison avec voyelle de liaison, cette voyelle est allongée ; elle entre aussi dans la formation de l'optatif: set. a^a-ti = Srftroi^ set. a^êt=sSrfoi{x). Elle est donc du nombre de ces éléments qui, dans des limites données, restent soudés ensemble et dont la combinaison reçoit le nom de thème. Il en est de même de l'infinitif grec à^'^'H"^*' P^r opposition à !S-iJi6vai, et du participe moyen àY-^-tJ'-svoç.

4^ Dans quelques cas on ne peut méconnaître dans cette voyelle une finale de thème, particulièrement dans la 4® classe ou classe en I. Sans doute, au point de vue spécial de la grammïiire grecque, on peut diviser de cette façon : fô-f-o-jjLsv. Il se peut aussi que les besoins de la grammaire grecque exigent un nom pour une voyelle dont la présence est, dans tant de verbes, devenue la règle. Mais le sanscrit svid-jà-mas montre que ce n'est proprement pas i, mais ja qui s'est ajouté au thème verbal, et par conséquent qu'ici du moins Yo n'est pas une voyeUe de liaison. Il en est de même de formes comme le latin si-sti-mus qui est sur la même ligne que T-crTa-ixeç (pour a(-crTa-[i.eç) ; de même encore de la désinence ^sj^-^mi = crfo), latin ero, du futur, où la voyelle qui suit le y ou Yi est aussi, comme nous le verrons, une partie intégrante de la forme.

5® Mais il y a une dernière raison qui me paraît décisive. La prétendue voyelle de liaison est identique par le son à la voyelle du subjonctif dans la conjugaison sans voyelle de liaison.

Bhar^a-ti est un subjonctif relativement à bhar-tiy et un indicatif relativement à la première pers. du sing. bhar-a-mi.

Ï-0-IJI.6V : t-jj^ = 86tKv6-o-[jL£v : BeCx-vu-jjLsv. Il ne suit pas encore de là que les deux voyelles aient la même origine. Mais comme elles sont identiques au point de vue phonique, leur identité d'origine deviendra vraisemblable à un haut degré, dès qu'il sera prouvé que cette identité est possible. Or c'est ce que j'espère montrer. Je reviendrai plus bas sur ce sujet. Pour le moment, nous avons à considérer ces formes verbales que nous croyons pouvoir nommer thématiques. Si nous regardons avec Schleicher^ le son A dont il s'agit comme la voyelle finale du thème, nous obtenons le parallélisme le plus complet sous le rapport phonique, entre les thèmes verbaux comme bhara, tuda, d'où sortent les formes de présent bharâ-mi, tuda-ti, et les thèmes nominaux bhara , tuda , d'où sortent les formes casuelles bhara-s « portant » , (en composition), ^Mc?a-7ri (à l'ace.) «frappant», tuda-^s (aussi comme nom propre); d'autre part, entre les formes avec syllabe radicale renforcée comme bôdha-mi, « je sais », c.-à-d. baudha-mi, et les formes nominales telles que bôdha-s « le savoir », tôda-s « celui qui frappe ». La gradation phonique est pour les formes verbales en question aussi peu indispensable que pour les formes nominales. Or toutes les fois que des formes sont identiques par le son , il y a d'abord une présomption en faveur de leur identité d'origine. L'identité a déjà été admise par Steinthal^. Il s'explique la substitution de thèmes nominaux comme bhara^ tuda, aux racines bhar, tud, par un effort pour faire mieux ressortir la durée de l'action. Par opposition à bhar-ti, tud-ti, il porte, il frappe, bhara-ti, tuda-ti, auraient alors signifié « porteur lui », « frappeur lui », ou en d'autres termes « il est porteur », « il est frappeur ». Qu'on pense à des locutions telles que : Seid Thœter des Worts und nicht Hœrer allein^. Et quelle différence entre Er fûhrt das Wort et Er ist Wortfûhrer^. On peut aussi comparer dans un certain sens les périphrases usitées en anglais, telles que he is wriiing à côté de he writes. Cette catégorie de l'action permanente ne s'était d'abord présentée à la conscience du langage que dans le nom : ici il en aurait été fait usage dans le verbe. Nous aurions donc là comme le prélude à un procédé beaucoup plus tardif du langage, consistant à dériver d'un nom un thème

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