V. PÉRIODE DES FORMES COMPOSÉES
Nous avons déjà au début de ce U^avail signalé la double formation de l'aoriste comme un des faits qui prouvent le plus clairement que le système des formes verbales s'est produit par couches, n est depuis longtemps universellement reconnu que les aoristes de formation plus récente et renfermant un a sont le résultat d'une composition ^ C'est ici que l'élément chronologique est le plus palpable. La composition consiste dans l'imion d'un thème significatif avec un verbe aitxiliaire. Mais nul verbe auxiliaire ne peut avoir eu cette fonction dès l'origine. Le verbe auxiliaire est au verbe indépendant à peu près ce que l'article est au pronom. L'article est pour ainsi dire un pronom efiacé, le verbe auxiliaire est un verbe à signification indépendante également efiacé. Que de temps il a fallu sans doute pour que le langage en vînt à posséder im verbe substantif, c'est-àdire pour que la signification primitive et miatérielle de la racine
1. La tentative paradoxale d'Âscoli (Studj Ario-SemUicif p. 26} pour extraire aussi de Tèlément diks d'une forme comme a-dtksort un nom d'agent, rencontrera sans doute peu d'adhésion. Les aoristes sanscrits en -5t-sa-m montrent jusqu'à Tévidence qu'il y a ici composition.
as (vraisemblablement ^ celle de respirer) , se fût complètement volatilisée et laissât percer l'idée pure de l'existence 1 II faut nécessairement admettre un long usage verbal de la racine dans des périodes antérieures. Et il y avait encore bien du chemin à faire pour passer de cette signification purement abstraite d'être à l'habitude d'employer le verbe être comme simple copule. Le langage ignorait primitivement le besoin d'exprimer l'union du sujet avec le prédicat autrement que par la simple juxtaposition . C'est ce que prouvent les formes verbales comme ad-^mi, et aussi celles comme bhara-ti, ^aijoa-^i. Mais comme ensuite il se produisit de nombreuses formes nominales, caractérisées par des suffixes très divers, et où devait peu à peu apparaître aussi une différence entre le substantif et l'adjectif, la distinction de l'attribut et du prédicat put devenir souhaitable pour la formation de la phrase ^. La juxtaposition fut conservée pour l'expression delà liaison attributive et la liaison prédicative fiit exprimée par l'addition du verbe marquant l'existence qui devint ainsi copule. Or un semblable usage de la racine as doit à son tour avoir existé longtemps déjà avant l'apparition des formes verbales composées. Car la composition suppose toujours un laps de temps assez long, pendant lequel les parties actuellement réunies ont existé l'une à côté de l'autre dans un usage tout à fait courant. Dès lors, quelle perspective s'ouvre devant nous, si nous remontons dans la vie du langage en partant de ces formes d'aoriste qui, comme a-dik-sa-t = S-îsix-gô embrassent précisément toutes ces phases! a-dik-sa-t, est à une forme telle que a-dà-t, à peu près comme tum dicens erat à tum dicens. Si donc nous admettons que dès la période précédente, l'usage du verbe substantif et aussi, comme nous le verrons, d'un autre verbe auxiliaire, soit devenu assez fréquent, nous verrons, dans celle-ci, par la combinaison de thèmes divers avec ces verbes auxiliaires, apparaître un élément de formation tout nouveau et très fécond qui apporta au système verbal un complément important. Mais ici, et c'est l'indice d'une période plus avancée, nous pouvons déjà distinguer chacun des degrés avec beaucoup plus de sûreté, et obtenir des éléments chronologiques aussi bien en remontant qu'en descendant. Les formes verbales composées peuvent se partager en deux classes essentiellement distinctes : P celles qui renferment des thèmes nominaux