ErlxtUerungen
oppose noc-e-ty on voit qu'une signification exclusivement causale n'était pas dès l'origine inhérente à la première de ces formes. Ce serait en général un contre-sens que de supposer pour des périodes si reculées de la vie du langage une catégorie intellectuelle comme celle du causatif. De pareilles catégories ne se développent que peu à peu d'acceptions beaucoup plus indéterminées et plus ambiguës. Il est assez vraisemblable que l'usage rigoureusement causal ne s'est établi que dans une période où il y avait des formes casudles. Car le sens causatif repose essentiellement sur l'union devenue familière au langage d'un verbe et d'un régime à Taccusatif. C'est seulement lorque cette idée fit son apparition dans le langage , qu'une séparation rigoureuse du transitif et de l'intransitif, et par suite aussi du causatif et de l'immédiatif, devint possible. Or on ne peut guère douter, selon moi, que la période de formation des cas n'ait été postérieure à celle dont nous traitons ici.
Il y a encore une autre circonstance en faveur de l'identité de la syllabe ^a s'ajoutant comme caractéristique de la 10® classe (
aux thèmes nominaux déjà tout formés, et de la syllabe ^a qui s'unit immédiatement à la racine comme signe de la 4® classe. Il est évident que de sa nature, ceja de la 10® classe n'appartient aussi qu'au thème du présent. A l'aoriste, le sanscrit n'a conservé dans les verbes causatife que d'anciennes formes redoublées comme a-ki-kar-a-t , il fit faire, en regard du présent, kara-jati; le parfait est toujours formé par circonlocution; et il y a bien d'autres cas encore où la syllabe aja est, comme on dit, supprimée. Cela montre à mon avis que l'usage le plus ancien était de suivre, pour toutes les formes qui n'exprimaient pas la durée, un autre mode de formation. Deg tracée bien évidentes de ce mode de flexion nous sont aussi conservées dans les verbes grecs comme "fo^to, aoriste Iyoov, iAY)x.ao[jLat, parfait [xé(jLr^x.a, et dans les verbes latins comme son-^i à côté de sonare. De pareils verbes ofirent la plus cpmplète analogie avec les verbes indiens comme kam, aimer, qui tirait directement de la racine le parfait Ha-kam-ê, et aussi le futur et l'aoriste, mais dont le présent kama-ja-mi était formé par l'intermédiaire du thème nominal kama. Plus tard, dans un temps où le sentiment de l'origine de la syllabe y a s'était efiacé, et surtout à l'époque plus tardive encore où, comme en grec et en latin, la forme de ces verbes se fut, par suite de pertes phoniques et de contractions, essentiellement modifiée, le thème du présent fiit, il est vrai, traité absolument comme thème verbal. Alors, à un thème déjà composé avec
ja put s'ajouter encore un élément as^ et même au futur (Mraj-Cjâ-inï), as plus ja. Mais ce sont là des faits qui n'ont rien de surprenant et que confirment de nombreuses analogies. D'ailleurs, dans les verbes dénominatifs dont le thème renfermait des éléments de dérivation plus forts, comme Tt-jjLa renfermant la syllabe -jjia, il était difficile de revenir à la racine. En outre, grâce à la diversité des sufSxes nominaux, il se produisit dans les verbes dérivés une foule de modifications spéciales de signification, qui durent rendre la distinction de plus en plus tranchée entre la racme et le thème verbal dérivé. Les verbes dérivés doivent précisément leur origine à l'efibrt fait pour rendre, si Ton peut ainsi parler, la fluidité de formes verbales aux nombreuses images et notions nouvelles nées de la formation nominale. Les germes ont pu exister déjà dans cette période; mais il est probable que la plupart n'ont fructifié que dans les suivantes.
Sous le rapport chronologique, il nous reste à la fin de ce chapitre à mentionner un point d'une importance décisive. La seconde couche de verbes composés doit aussi être antérieure aux formes casuelles. Aussitôt que la notion du cas se fut éveillée, et dès sa première apparition, une combinaison comme riàka jami, kamajâ-mi devint impossible. Il fallut dès lors exprimer le rapport existant entre l'idée du nom et celle du verbe. La forme nominale dut indiquer que l'idée du nom était le contenu du verbe (sens intransitif), ou en était le but (sens transitif). Car tandis que l'emploi des suflSxes de formation est toujours plutôt facultatif (declinatio voluntaria) , la terminaison casuelle au contraire s'impose dans le nom comme la terminaison personnelle dans le verbe. Ainsi donc si riàka eijâmi, kàma et jamiy avaient encore existé séparément l'un à côté de l'autre, ils auraient dû, conformément aux exigences du sens, se présenter sous la forme nakam jâmi, kàmam jàmi. C'est ainsi qu'en sanscrit le parfait périphrastique de la dixième classe se compose d'un accusatif et d'un verbe auxiliaire : Rôrajàm Hahàra^ babhûva ou asa. De même le latin unit par circonlocution à ire, iriy la forme d'accusatif datum. Il est vrai que les savants qui inclinent à conjecturer dans les formes données du langage toutes les mutilations, toutes les altérations phoniques imaginables, admettront probablement sans difficulté qu'ici aussi l'm de l'accusatif s'est perdue. Mais il ne serait peut-être pas très facile de trouver des analogies pour justifier cette hypoûièse. Aussi n'en avons-nous pas besoin si nous faisons remonter l'origine de ces
formes à un temps où cette m était encore inconnue. Mais quand les deux parties se furent une fois combinées en un tout inséparable, elles passèrent dans cet état à la période suivante, et servirent de type à une foule de combinaisons du même genre. Car telle est la loi du développement du langage : le produit d'une période antérieure fournit la base sur laquelle la suivante continue à édifier, quoique hors d'état de créer elle-même cette base, ou de la modifier essentiellement.
Quant aux compositions où entrent des thèmes nominaux sans suffixe, il est plus facile encore de montrer qu'elles excluent la formation casuelle. Un aoriste comme a-dik-sa-^t ^ c.-à-d. « alors il était montrant », ne peut s'être formé que dans un temps où on ne distinguait pas le singulier du pluriel. Dès qu'on se fat habitué à désigner le pluriel dans le nom, la combinaison du pluriel {a)san-4 avec le thème aurait exigé, dans ce dernier aussi, l'emploi d'un suffixe du pluriel, et on aurait eu quelque chose comme a-dik-assant, « alors ils étaient montrants ». Ainsi ces formes, interrogées sur leur propre origine, nous donnent, à mon avis, une réponse claire et sur laquelle il est impossible de se méprendre. En cela elles sont d'une importance décisive pour toute la chronologie de l'histoire du langage. Personne en effet ne peut mettre en doute la jeunesse relative de ces formes verbales, comparées aux formes thématiques et aux formes primaires. La marche du développement du langage se trouve donc ainsi, selon moi, démontrée dans son ensemble, et ce fait important nous est acquis, que la formation casuelle est postérieure aux couches verbales même les plus récentes, et par conséquent à l'achèvement de la structure entière dn verbe.
Il pourrait sembler surprenant au premier coup-d'œil qu'un moyen, aussi indispensable selon nos idées que les formes casuelles et la distinction du singulier et du pluriel dans le nom, ait manqué au langage, dans un temps où il avait reçu déjà dans plus d'une direction des développements si variés. Mais nous voyons par les langues d'un organisme moins complet, comment on peut se passer de bien des moyens d'expression qui semblent indispensables tant qu'on reste au point de vue d'une culture postérieure et achevée, ou plutôt comment on peut les remplacer par d'autres, à la vérité beaucoup moins clairs. Qu'on songe seulement à la position des mots, à l'accentuation , à l'emploi des thèmes pronominaux semés entre les mots sous forme de particules, de ces particules que nous apprendrons bientôt à reconnaître pour les avant-coureurs de la formation casuelle. A cela
s*ajoutait encore la formation déjà assez richement développée des thèmes nominaux. Enfin le langage disposait encore d'un autre moyen, essentiel à mon avis, la composition. Si les thèmes nominaux non fléchis s'unissaient à des thèmes pronominaux pour donner une grande variété de formations nominales nouvelles et caractéristiques, et à certains verbes pour donner des formes verbales composées, pourquoi se seraient-ils abstenus de s'unir entre eux? C'est une loi que les langues indo-germaniques ont observée, à quelques exceptions près, jusque dans les temps les plus récents, d'employer dans la composition des noms le thème nu, sans désinence casuelle. Au point de vue d'un état postérieur du langage, on ne peut s'expliquer des composés comme le sanscrit nara^sihha-s « un Uon parmi les hommes », conune le gr. Xo-)fo-Ypaç5-; et le latin locvr-ple^s. Pour une époque récente, les thèmes nay^a^ Xofo, locu ou loco sont des anachronismes. En effet, après l'achèvement complet de la flexion nominale, on perdit conscience de ce qu'était le thème : aussi ne rencontre-t-on chez les grammairiens grecs et latins aucune trace de cette notion. Les Hindous eux-mêmes ne l'ont certainement retrouvée que plus tard, par des procédés scientifiques, et leur pénétration ne fut pas médiocrement aidée par les composés tout particulièrement nombreux et variés du sanscrit. Les grammairiens grecs ont à peu près complètement négligé ces formations : ils auraient dû, à leur point de vue, conjecturer partout à l'intérieur des composés des formes casuelles émoussées. Mais la vérité est que nous voyons ici, pour ainsi dire à découvert, un état plus ancien du langage, où il ne connaissait pas encore les cas. On peut au moyen des composés, et sans le secours des langues parentes, faire nettement comprendre à tout écolier la notion du thème. Comment exphquer que tant de thèmes nominaux se soient ainsi conservés sans signe de cas, si l'on n'admet qu'il y avait eu avant la période casuelle de nombreux composés qui ont servi de type à toutes les formations postérieures du même genre. On a pu réaliser ainsi une foule de combinaisons diverses, présentant les sens les plus frappants, sans que la multiplicité des significations possibles empêchât les composés d'être pleinement intelligibles dans un cas donné. Il suffit pour s'en faire l'idée de jeter le regard le plus fugitif sur ce que nous trouvons de pareil dans les langues des Hindous, des Grecs, des Allemands et des Slaves. Que de désinences casuelles épargnent et remplacent des mots comme /pudéxoÇoç, foBoBixTuXoç, iliepoçoïTiç, -^XauxôTctçl Le second et le quatrième de ces composés nous apprennent aussi comment
on peut se passer de la désignation du nombre. Il faut se représenter de telles combinaisons comme d'un usage beaucoup plus étendu, et par suite plus libre * pour cette période reculée, puisqu'elles remplacent alors jusqu'à un certain point cette libre construction de la phrase qui devint ensuite la règle. Celui qui plus tard au lieu d'une phrase forma un mot s'écarta de l'usage journalier. Il arriva ainsi que les composés de deux thèmes nominaux, contrairement aux composés où entraient des particules, firent dans la suite l'eflet d'une appellation, d'un adjectif, et furent pour cette raison, à part quelques mots qu'adopta l'usage général, réservés à la langue poétique. Le lien de ces considérations avec nos recherches présentes, est qu'elles nous montrent comment le langage pouvait, sans le secours des cas, satisfaire aux besoins les plus impérieux.