Verhandlungen der Meissner Philologen-Versammlung
3. Sur rorigine de Vs du nominatif rapportée par Bopp au thème pro-
lorsqu'on prit l'habitude de regarder le suffixe comme étant mobÛe, d'adapter au même thème, sans changement dans la compréhension de l'idée, tantôt une désinence, tantôt l'autre, ou de n'en ajouter aucune. Le suffixe avait toujours sa fonction attributive, il continuait à jouer le rôle d'un article, il ne Élisait pour ainsi dire que frapper le mot en question d'un ictus nouveau et variable. On peut donc dire de cette première couche de cas que la formation casuelle est un développement de la formation thématique, à peu près comme la formation des modes est un développement de celle des temps. Il est évident aussi que l'usage des deux suffixes que nous nommerons pour abréger le suffixe M et le suffixe S, ne s'est fixé que peu à peu. Dans la déclinaison du pronom, par exemple dans le sanscrit akorm, tva-m, i-dam, Or-ja-m, Xm désigne le nominatif. On serait presque tenté de conjecturer d'après cela qu'il n'j avait primitivement que deux cas', le vocatif, dépourvu de tout suffixe mobile, et le cas pourvu du suffixe M. Le cas pourvu du suffixe S se serait seulement formé plus tard pour indiquer encore plus nettement l'objet qui se présente d'abord. La âe^on des pronoms non personnels offre encore un autre élément, le t (ou d) du neutre, dont on ne peut méconnaître la parenté avec le thème pronominal ta. Pour montrer quelle connexion existe entre la formation casuelle à ses débuts et la formation thématique, il suffit de rappeler que l'opposition du suffixe M et du suffixe S intéresse, non-seulement le rôle du mot dans la phrase, mais encore, pour ainsi dire, sa manière d'être interne. C'est sur elle en effet que repose la différence du neutre et du masculin. Ces suffixes ont donc deux valeurs différentes, et il est possible, comme Steinthal l'a soutenu contre moi *, que la dernière, celle qui rentre davantage dans le domaine de la formation des mots, soit la plus ancienne, tandis que celle qui est proprement casuelle aurait été la plus tardive. Le propre des suffixes de formation est de déterminer un mot avec plus de précision relativement à lui-même : le propre des suffixes de cas
nominal sa, voyez YergMdiende Grammaiik, %• éd. % 134. — Sur \'m de l'accusatif expliquée par le thème pronominal ama, voyez Schleicher. Compendium, 1' éd., % 249, p. 540, et la dissertatioa de Grassmaan dont il va être question.
1. GrasBmann discute plusieurs points relatifs à ce sujet (Zeiticfiri/'i, XII, 211 et suiv.). Ascoli s'appuie sur ce nominatif en H pour rapprocher les langues indo-germaniques des langues sémitiques (.Del nesso ArioSemUico.— Lettre au professeur A. Kuhn. Milan. 1864).
2. Dans la réunion des philologues déjà citée {VerhandlMngen, p. 59).
est de le déterminer relativement à d'autres mots. La fonction de V7n au neutre rentrant ainsi dans le domaine de la formation des mots, peut revendiquer la priorité, si la formation casuelle n'est qu'un développement de la formation thématique. Quand le langage se fut habitué à caractériser le mot par le suflBxe S, si l'idée devait en ressortir comme vivante, et dans le cas contraire à ne pas le caractériser ou à le faire par le suflSxe M, il n'y avait plus qu'un pas pour arriver à la distinction du sujet, comme terme qui ressort, et de l'objet, dans le sens le plus large du mot, comme terme qui recule à l'arrière-plan * . Aux formes du singu- Uer ont pu succéder, peu de temps après, celles du pluriel, qui renferment à peu près les mêmes éléments unis entre eux, et seulement plus tard celles du duel. Il me semble aussi que de l'usage étendu de l'accusatif on peut conclure que le langage s'est contenté assez longtemps de ces commencements modestes. Si je ne me trompe on retrouve encore dans la grande variété des fonctions dont ce cas a été chargé, notamment en grec, un souvenir du temps où il était le cas oblique universel.
Je présume que cette première couche fut alors suivie peu à peu de la seconde qui embrasse tous les autres cas. Beaucoup de ces formes casuelles sont obscures : nous nous contenterons d'insister sur deux points. On peut d'abord dans une certaine mesure reconnaître la formation du génitif singulier. La terminaison la plus pleine de ce cas, qui est -sja en sanscrit, a été déjà comparée^ à un suffixe de formation que nous rencontrons dans des formes grecques comme SY)pL(5(jto-ç, et qui vient peut-être d'un suffixe tja couservé en sanscrit avec cette fonction. Même au point de vue d'une culture plus avancée du langage, on comprend que oTy,oç TCaxpéç et oTxoç raTptoç sont des modes d'expression synonymes. Max Mïdler apporte encore à l'appui de cette thèse bien des analogies tirées de langues d'un rang inférieur. Nous pouvons nous expliquer ainsi comment le langage se tirait d'affaire avant que la forme du génitif eût été créée. Il semble naturel de tenter une explication analogue de la désinence -a5 qui a prévalu dans les thèmes terminés par une consonne, et dans ceux en I et en U. Je ne la proposerai d'ailleurs que comme une hypothèse. Il est vrai que nous ne disposons pas ici d'une dérivation nominale
1. Le mot allemand objet répond, dans le langage grammatical, à notre français régime. — N. du Trad.
2. Voyez particulièrement Max Mûller, Lectures, 1, 103, traduction française, p. 114, note 1, et Kuhn, Zeitschrift, XV, 424.
^e nous puissions comparer immédiatement à cette forme casuelle. Mais si nous entreprenons l'analyse, nous aurons d'abord quelque raison de croire que cette forme de génitif a, comme celle du nominatif, perdu une voyelle après Ys. Nous pouvons, comme nous remontons du nominatif svana-s (= sonu-s) à svctna-sa, remonter aussi du génitif vâk-as (set. vâ/l-as, lat. vôc-is) à vûk-asa. Bopp conjecture déjà ^ que la syllabe finale de cette forme contient le même thème pronominal sa qui a donné le signe du nominatif. Mais il n'explique pas comment deux cas aussi difierents que le nominatif et le génitif ont pu être désignés par le même moyen. Je crois que cela pourra maintenant se comprendre. Le composé vâh-^-sa est, à ce qu'il semble, avec svana-sa, dans le même rapport qu'un composé de dépendance ou Tatpurusa avec un composé détermina tif ou karmadkàraja. D'après cela vûk-a-sa signifierait 6 (tyjç) ôx5ç, et svanasa b 966^^0?- Donc v7ik--a-sa svanasa équivaudrait à h%à<; h \ çôéffoç ou , en français, [de la] voix le | son le. L'union avec le thème pronominal, adjoint comme sufiixe à la façon d'un article, serait dans le premier cas constructive (le suffixe régissant le thème nominal), et dans le second cas purement attributive. Nous avons cru pouvoir admettre ^ que la composition nominale existait déjà dans la période précédente. Or ne constatons-nous pas les deux rapports dont il s'agit dans les mots composés de deux thèmes nominaux, par exemple dans [xiQTpoxdtTwp opposé à aJvo^aTifjp? Ainsi s'expliquerait la relation de xoBéç à cSéç dont nous avons parlé plus haut^. Quoique les deux mots soient dans le même rapport phonique avec leur racine respective, le second est un nominatif parce que l'union du thème avec le ç y est attributive, et le premier un génitif parce que cette union y est constructive. Il est très vraisemblable qu'un certain temps s'est écoulé entre les origines de ces deux formations, et qu'elles n'ont pas existé immédiatement l'une à côté de l'autre. On ne pourrait s'expliquer que les mêmes sons eussent dans le même temps reçu des îfbnctions si difierentes. Cependant cet essai d'explication souffre deux difficultés que je ne veux pas passer sous silence. La première est la présence d'un a entre vak et sa. Nous pourrons y reconnaître le thème pronominal a , employé comme le sont quelquefois les thèmes an, ja et autres, ce qui montre une fois de plus que des