Bopp, Vergleichende-^ammatik, g
représenté mainte et mainte fois dans l'histoire du langage. Tout ce qui est maintenant formel^ non-seulement les siiffixes dérivatifs, mais tout ce qui constitue lit charpente grammaticale et les articulations du langage, était originairement matériel. Ce que nous appelons aujourd'hui désinences casuelles, c'étaient la plupart du temps des adverbes de lieu; ce que nous appelons terminaisons personnelles des verbes, c'étaient des pronoms personnels. Les suffixes et les affixes étaient tous des mots indépendants, nominaux, verbaux ou pronominaux; il ny a en un mot, dans le langage actuel, rien de vide, de mort, de formel, qui n'ait été à l'origine matériel, vivant et plein. C'est l'objet de la grammaire comparée de ramener tous les éléments formels oa morts à leur forme vivante ; et, si ce procédé de restauration n'est nullement complet, si même dans plusieurs cas on n'entrevoit pas l'espoir de découvrir le type vivant dont proviennent ces fragments pétrifiés que nous appelons terminaisons ou suffixes, on a du moins rassemblé assez de preuves pour établir sur les plus fermes fondements cette maxime générale que Rien n'est mort dans le langage qui à V origine n'ait eu vie, que rien n'existe dans la couche tertiaire qui ne retrouve ses antécédents et son explication dans la couche secondaire ou primaire du langage humain.
Après avoir expliqué autant qu'il m'a été possible en si peu de temps ce que je considère comme l'idée vraie de la stratification du langage, j'aurais voulu pouvoir vous montrer comment l'aspect de quelques uns des plus difficiles et des plus intéressants problèmes de notre science se modifie, si nous les considérons de nouveau, une fois éclairés des lumières nouvelles que nous a procurées notre recherche des antécédents nécessaires de toute langue. Permettez-moi seulement d'attirer votre attention sur l'un des points les plus contestés de la science du langage. Cette question : Pouvons-nous assigner une origine commune aux langues aryennes et sémitiques, a été discutée à satiété. Personne ne pense aujourd'hui à faire dériver le sanscrit de l'hébreu ou l'hébreu du sanscrit; la seule question est de savoir si, à un moment donné, tous deux ont pu faire partie d'un ^eul et même groupe de langues. Il y a des savants, et de très-éminents, qui nient entre eux toute ressemblance, tandis que d'autres ont rassemblé des matériaux qui semblent permettre difficilement d'attribuer de si nombreuses coïncidences à un pur hasard. Nulle part, certes, l'observation de Bacon sur la différence radicale qui existe entre les dispositions des divers hommes à l'égard de
la philosophie et des sciences ne s'est trouvée mieux vérifiée que parmi les linguistes : — Maximum et velut radicale discri-men ingeniorum, quoad philosophiam et scientias, illud est, quod alia ingénia sint fortiora et aptiora ad notandas rerum differentias ; alia ad notandas rerum similitudines. ....Utrumque autem ingenium facile lahitur in eœcessum, prensando aut gradus rerum, aut umbras ^. — Toutefois, avant d'entrer dans la discussion des preuves que produisent les divers savants à Tappui de leurs théories contradictoires, notre premier devoir est de poser une question préliminaire. Quelles preuves avons-nous à la rigueur le droit d'attendre, considérant que le sanscrit et l'hébreu appartiennent également, dans l'état où nous les connaissons, à la couche du langage où se trouvent les flexions?
D'abord, il est tout à feit clair que le sanscrit et l'hébreu étaient séparés bien avant d'atteindre la couche tertiaire, avant de devenir complètement langues à flexions ; et par conséquent ils ne peuvent avoir en commun aucune des particularités de leur état flexionnel, ni aucun des résultats de l'altération phonétique qui commence lorsque les formes agglutinatives sont devenues inintelligibles par elles-mêmes et purement traditionnelles.. Je veux dire, par exemple, qu'en supposant que le pronom de la première personne ait été originairement le même dans les langues aryennes et sémitiques, en supposant que dans l'hébreu an-oki (assyrien an-aku, phénicien anak) le dernier élément oki soit originairement identique avec le sanscrit ah dans aham et le grec èY dans Iy^i il serait encore inutile de chercher à faire dériver la terminaison de la première personne du singulier, soit dans kâtal-ti, soit dans ektâl, du même type qui en sanscrit se présente sous la forme mi, am ou a, dans tudâ-mij atud-am, tutôd-a. Il n'y a pas entre l'hébreu et le sanscrit la même parenté qu'entre le sanscrit et le grec, si toutefois le terme de parenté s'applique bien au sanscrit et au grec, simples variétés dialectales d'un seul et même type.
Alors se présente cette question : Les langues sémitiques et aryennes ont-elles pu être identiques pendant la seconde période, la période agglutinative? Ici comme tout à l'heure la réponse doit être à mon avis décidément négative, car non-seulement les mots vides affectés à la dérivation sont difiérents dans les deux familles, mais, ce qui est bien plus caractéristique, la