‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 100 sur 251 · Chapitre. II. — LA VARIATION · texte numérisé non relu

Chapitre. II. — LA VARIATION

Le produit, disions-nous en commençant l'étude de La Race, est sem- Jjlable à ses parents, il ne leur est pas identique. Les ressemblances sont la part de V Hérédité, les différences sont celles de la Variation. Pour que la distinction ainsi établie soit vraie, il faut prendre le mot parents dans son acception la plus étendue, comprenant toute la lignée ascendante, depuis le père et la mère jusqu'aux ancêtres de l'espèce et du genre, en passant par les grands-parents et aïeux de tous les degrés. Il faut aussi rattacher à l'hérédité tous les caractères en apparence nouveaux qui ne sont que des combinaisons nouvelles de caractères hérités. Un mulâtre n'a jamais eu que des parents blancs ou noirs; sa nuance n'en est pas moins héréditaire. Il ne faut mettre au compte de la Variation que ce qui est vraiment nouveau, nouveau de toutes pièces ou du moins comportant un élément essentiel qui ne soit pas hérité.

Les caractères héiutés sont si innombrables, quand on les décompose en leurs éléments, leurs combinaisons paraissent si infiniment variées, quand on songe à tous les arrangements possibles, que l'on est en droit de se demander si vraiment la variation existe, si tout caractère en apparence nouveau n'est pas, comme la nuance brune du mulâtre, l'effet d'une combinaison à éléments plus multiples peut-être et intriqués d'une façon plus comphquée. On a des exemples de variation en apparence tout à fait nouvelle et qui n'étaient peut-être que des effets d'atavisme lointain'.

Bizarria. C'est un Oranger c[ui produit à la fois des oranges amères, Citrus aurantium, des citrons de Florence, C. Medica et des fruits mixtes où les particularités des précédents sont diversement mélangées. Les formes parentes étant fécondes entre elles, on pourrait croire qu'il s'agit ici d'un Hybride sexuel, mais sans parler de son mode spécial de variabilité qui le rapproche du. Cytisus Adami, on sait que son origine est toute autre. C'est un jardinier de Florence qui l'obtint en 1644 en greffant, l'un sur l'autre, deux individus nés de graine. La greffe

périt, mais le Porte-greffe se trouva modifié et produisit des rejetons qui furent la Bizarria.

' Tel est le cas pour les rayures des Mulets et des Chevaux isahelle et pour la couleur bleue qui apparaît souvent dans le croisement des Pigeons de races différentes, quelle que soit la couleur des parents. Voici un autre exemple rapporté par Darwin (80) où la nature atavique de la variation était encore plus difficile à découvrir.

On peut repartir les Dalura e)i deux groupes, ceux à tige verte et fleurs

Maupertuis (174.8), Girou (28) ne voyaient dans la variation que des réappai'itions de caractères ancestraux. Weismaxx (92,) a cru un moment que toutes les caractères par lesquels les Métazoaires diffèrent des Protozoaires pouvaient provenir des caractères de ceux-ci majorés, et diversement combinés. Mais il admet maintenant l'apparition de caractères vraiment nouveaux et personne, je crois, ne la nie aujourd'hui. C'est seulement sur leur importance et leur étendue que porte la discussion entre les Évolutionnistcs des difïérentes écoles et entre ceux-ci et les rares partisans de la fixité de l'espèce. Comment nier la variation après les travaux de Darwin (79, 80) et le récent ouvrage de Batesox (94) 1 D'où le Pigeon culbutant tire-t-il sa singulière habitude, si elle n'a pas apparu dans sa race à titre de variation nouvelle ? Dira-t-on que. jusqu'à l'origine des êtres, il a toujours eu des ancêtres acrobates? Voici une Femme qui a une mamelle supplémentaire dans l'aisselle. Où est son ancêtre à mamelles axillaires? On dira peut-être que la mamelle est une glande sébacée modifiée, que sa mamelle axillaire résulte d'une combinaison de l'existence de glandes sébacées dans l'aisselle et de la tendance héritée à transformer certaines glandes sébacées en mamelles. Mais il y a bien toujours ceci de nouveau que la transformation a porté sur un groupe de glandes qui ne prenaient jamais ce caractère chez ces ancêtres. C'est cela qui constitue la Variation. Et, si l'on va au fond des choses, on verra que la plupart des caractères ont nécessairement pour origine la Variation.

Les croisements nous donnent la mesure des effets de la combinaison des caractères.

Avec un Cheval et un Ane on peut faire un 3iulet, mais sans la Variation on ne fera jamais un Équidé avec des bêtes à cornes, ni un Ongulé avec des Pachydermes et des Cai'uassiers. ,

blanches et ceux à tiges brunes et fleurs pourpres. Le D. lœvis et le B. ferox appartiennent l'un et l'autre au premier groupe. Or Nal'Din. en les croisant, a obtenu 205 hybrides qui tous avaient la tige brune et les fleurs pourpres.

Extrêmement surpris de ce fait, il examina attentivement les espèces parentes et trouva que les jeunes D. ferox de race pure avaient, aussitôt après la germination, des tiges pourpre foncé s"é-

tendant depuis les jeunes racines jusqu'aux cotylédons, et cette teinte persistait ensuite sous la forme d'un anneau entourant la base de la tige chez la plante plus âgée. Or on sait que ces caractères précoces et fugitifs sont d'ordinaire ataviques. Le lanugo des fœtus humains en est un exemple bien connu. Les Daturas blancs descendent sans doute d'un ancêtre à fleurs pourpres et à tiges foncées.

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