‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 102 sur 251 · A. SES MODES ET SES SORTES · texte numérisé non relu

A. SES MODES ET SES SORTES

a) lia Variation lente.

La plupart des variations dont nos éleveurs ont tiré parti pour former nos races domestiques sont des variations, non seulement lentes, mais presque insignifiantes. S'il en était autrement, l'art de l'éleveur ne présenterait aucune difficulté, et l'on sait, au contraire, quel tact, quelle justesse de coup d'œil, quelle finesse de jugement sont nécessaires pom^ obtenir de bons résultats. Cela signifie que les différences qui distinguent un reproducteur hors ligne d'un simplement beaii sont très minimes. C'est cependant par l'accumulation longtemps continuée de ces minimes différences que se sont formés ces produits extraordinaires, le Cheval de course, les grandes races de Bœufs, de Moutons, de Cochons, de Lapins, de Pigeons, de Poulets , et le Coq de combat et, pour nos races de Chiens, sinon leurs éléments primitifs, du moins les types les plus parfaits de la plupart d'entre elles.

Nous parlons là de l'amélioration des races domestiques, mais pour la domestication des formes sauvages on peut affirmer, sans ravoir vu, que c'est à une variation lente qu'elle doit ses résultats. Personne ne croira que le Cochon, le Lapin domestique, se soient montrés un jour tout formés et déjà sociables, au milieu d'une bande de Sangliers et de Lapins de

* Emeky(93) distingue trois sortes de variations :

1" La variation primaire sons l'action des conditions ambiantes sur le Plasma gcrminatif. Elle est héréditaire sans contestation.

2" La variation secondaire o\xWeisniannienne due à la fécondation. Elle est héréditaire aussi.

3" Enfin la variation lertiaire est celle du soma sous l'action des conditions ambiantes. 11 la croit héréditaire également.

LA VARIATIOX BRUSQUE.

champ, aient été choisis comme tels par l'homme, et n'aient pas changé depuis.

Le plus grand nombre des modifications dues au climat, aux conditions de vie, à l'alimentation, sont dues à la Variation lente. La description des exemples de cette catégorie sera mieux à sa place au chapitre des causes de la variation. Citons seulement les Artemia de SciimaxnkewrrcH (75) (V. p. 275), les Cardiimi de la mer d'Aral cités par Bateson (90) (V. ibid.) et peut-être les Chiens à aspect de Renard des côtes de Guinée ^

Mais il ne faudrait pas confondre avec la variation lente, comme l'ont fait divers auteurs, des faits qui appartiennent à la Réversion, comme l'atrophie relative des mamelles des vaches en Colombie où leur abondance empêche de les traire, le remplacement de la laine par le jorre chez les Moutons des tropiques, l'apparition progressive des cai-actères du Sanglier chez le Cochon retourné à l'état sauvage-. Cette réserve faite, nous pouvons cependant conclure : // existe une variation lente et continue.

b) lia Variation Itrusqiie ou discoiillnue.

Au sens strict, toute variation est discontinue, car, si faible qu'elle soit, on peut toujours en concevoir une plus faible et de même nature. Mais, par convention, on ne considère comme brusques et discontinues que les variations qui altèrent le type de la race et de la variété et qui méritent le nom tout au moins d'anomalies.

La Tératologie tout entière appartient à la Variation, mais toutes les monstruosités graves , les défectuosités incompatibles avec l'existence ou constituant un inconvénient sérieux sont du domaine de la Tératologie. Nous ne retiendrons que les variations pouvant intéresser la formation des espèces, et par conséquent compatibles avec la vie et ses luttes. Ainsi limitée, elle comprend encore un nombre immense de faits dont nous citerons seulement quelques-uns parmi les plus caractéristiques ou les plus généraux''.

Nombre de variations brusques constituent de simples anomalies .

Le nombre des feuilles constituant le verticille est fixe chez les plan-

* Rappelons l'objection que N.egeli (84) a basée sur sa grande expérience des Ilieraciiim. D'après lui, quand on soumet des plantes à des conditions nouvelles, la variation est totale, dès la première

génération, puis s'arrête complètement.

- Nous avons déjà rapporté (p. 261 et note) d'autres exemples de ce genre.

^ Voyez aussi les exemples cités au cliapitre III, p. 290 et suivantes.

LES FAITS

tes et constitue un trait caractéristique de l'espèce. Or, chez les Fuchsia, on trouve quelquefois ce nombre de feuilles doublé. On a observé très fréquemment, chez le Pécher ordinaire, des rameaux qui portaient des fruits lisses ou brugnons et, chez les Pêchers à fruits lisses, des rameaux portant des pêches ordinaires. On a vu aussi une fois un Pêcher-amandier, une autre fois un Amandier à fleurs doubles, donner de véritables pêches. L'apparition de fleurs panachées est fréquente chez des plantes à fleurs de nuance uniforme. Dans le Trèfle à quatre feuilles, la feuille supplémentaire est aussi développée que les feuilles normales.

D'autres cas appartiennent vraiment à la Tératologie.

On ne compte plus les observations de Bœufs nés sans cornes, de Chiens, de Chats nés sans queue, non par suite de quelque accident du développement, mais par variation du germe lui-même, puisque les particularités se montrent héréditaires au moins pendant quelques générations. Bateson (94) cite un Cimbex dont l'antenne gauche était i^emplacée par une patte ; un Bombus présentait la même singularité. H. Milne Edwards a signalé une Langouste dont le pédoncule oculaire était prolongé en une antenne. Ce dernier cas est très intéressant. Car, dans les deux précédents, on pourrait à la rigueur interpréter la malformation comme due à l'Atavisme, l'antenne n'étant en somme qu'un membre homologue à la patte. Il y aurait bien des objections à faire à cette manière de voir, mais le cas de la Langouste fournit une preuve irréfutable que l'Atavisme n'a rien de commun avec ces faits, car le développement des Crustacés démontre que l'œil pédonculé n'est pas un membre et, chez aucun ancêtre, n'a fonctionné comme antenne ou comme patte. Il est inutile de multiplier ces exemples; le lecteur saura en trouver d'autres parmi ceux que nous citerons en étudiant les causes de la variation.

Nous pouvons donc nous incrire en faux contre le vieil adage : Natura non facit sallus. Ceux qui le répètent pensent, il est vrai, à la gradation des espèces formées et non à la Variation ou à la Tératologie, mais nous verrons que, même pour les espèces, il ne s'applique point

c) I>a Variation intlepeiKlanto.

D'après quelques auteurs, Spencer (93) entre autres, la Variation est toujours indépendante, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais aucun lien entre

' Nalura non facil sallus est un apho- repris par LeiiîN'itz et élevé i)ar lui à la risnie de l'école scholastique. Il a été hauteur d'un principe.

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