‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 107 sur 251 · VARIATION DUE AUX CONDITIONS DE VIE · texte numérisé non relu

VARIATION DUE AUX CONDITIONS DE VIE

On a objecté à ces faits quelques cas où une modification accentuée dans les conditions de vie n'avait déterminé aucune variation. Les Juifs, les Bohémiens sont toujours restés identiques à eux-mêmes malgré leur séjour clans les pays les plus divers. Les Nègres résistent à la fièvre jaune et aux fièvres paludéennes et cependant les Blancs, malgré un séjour très prolongé dans leur pays, gardent toute leur réceptivité pour ces maladies, et les Blancs à teint et cheveux très foncés n'y sont pas moins sujets que les blonds. Malgré 300 ans de séjour en Afrique, les Hollandais n'ont pris dans ces pays aucun caractère négroïde, pas même la couleur. N.iîGELi (84) dit que beaucoup de plantes transportées d'Europe en Amérique, ou inversement, sont restées identiques à leurs sœurs de l'autre continent. H. de Vries (90) a trouvé, dans les conduites amenant l'eau aux filtres de Rotterdam, une population immense de plantes et d'animaux qui s'étaient développés là dans les conditions anormales d'une obscurité absolue. Or il n'y a trouvé aucune preuve nouvelle, aucun exemple frappant de variations. Walter Heape (91) recueillit deux œufs segmentés au stade 4 dans la trompe d'une Lapine angora fécon-

et forment des rayons saillants et diverfi:eants comme celles de la Méditerranée ; et l'on peut sur lamême coquille distinguer les parties formées dans ces deux mers.

Darwin (74) cite aussi le cas bien démonstratif que voici. Les Indiens Qnechuas vivant à 10 ou 15000 pieds sur les hauts plateaux du Pérou et les Aymaras, race voisine, ont les membres très courts et le fémur plus court que le tibia (211/252 au lieu de 244/230). Le tronc est très long et très large et le talon très peu saillant en arrière. Ils sont très adaptés. Quand ils descendent dans des plaines, leur mortalité devient effrayante, mais quelques familles ayant résisté sans se croiser, subirent une réduction de tous les caractères particuliers de leur race.

Les Cocotiers de la côte sud de la Floride sont si bas que l'on peut cueillir leurs fruits sans même se servir d'une échelle. Ces arbres proviennent, à ce que rapporte Darwin, de noix de coco apportées par un navire qui en était chargé et qui fut jeté à la côte. Les indigènes s'en emparèrent, les semèrent dans le sable et en

obtinrent des arbres très sains, fournissant une production très lucrative, mais de taille extrêmement réduite.

Aux îles Galapagos, Baur (92) a observé que les Lézards du genre Tropidurus diffèrent par le nombre des écailles. Chaque île a sa variété particulière, et ne contient point d'individus de la variété des îles voisines; et, si l'on construit la courbe de variation des écailles d'ile en île, on voit qu'elle est continue et n"a qu'un maximum. Il y a donc là une variation précise, déterminée par la variation des conditions biologiques dans les îles successives, et d'autant plus intéressante que la Sélection n'a aucune prise sur ce caractère.

L'idée que les conditions ambiantes peuvent engendrer des variations n'est pas nouvelle. Buffon (4) en fait la base de son système.

BlumenbaCH, le célèbre antropologiste, admettait l'influence du climat sur la couleur et la taille et croyait cette influence héréditaire. Enfin il est presque inutile de rappeler le nom de Lamark à cette occasion.

LES FAITS

dée par un mâle de sa race et les plaça dans l'utérus d'une Lapine ordinaire pleine depuis le même temps. Ces œufs se greffèrent , se développèrent et donnèrent naissance à deux Lapins angoras sans aucun trait de métissage. Les autres Lapins ordinaires, nés au nombre de k dans la même portée, n'avaient pris non plus aucun caractère de l'angora. Tout cela évidemment ne prouve rien. Le Nègre et le Lapin angora se sont formés par un ensemble de conditions et il faudrait les avoir fait agir toutes, pendant un temps suffisant, pour que l'objection ait quelque valeur.

D'autre part, il est absolument illégitime de conclure de ces observations négatives à l'absence de variation par suite de modifications de conditions biologiques différentes ou portant sur d'autres êtres.

Les exemples cités jusqu'ici se rapportent aux conditions de vie prises en bloc. Dans quelques cas, on a pu constater l'influence de divei^ses causes isolées.

Le climat parait seul en cause dans l'intensité de la couleur chez les nègres. Eîmer (88) fait remarquer que, dans la vallée du Nil, elle augmente régulièrement du Nord au Sud, bien que les races soient très variées. Elle tient, selon lui, non à l'action de la lumière, car sous les aisselles et dans le sillon interfessier, elle est aussi foncée qu'ailleurs, mais à l'afflux du sang à la peau sous l'action de la chaleur '.

Depuis longtenq^s déjà, Wkissmanx (75) a montré que les intluences climatéricjues seules déterminaient le dimorphisme saisonnier de divers Papillons dont les formes sont si différentes qu'on les avait prises pour des espèces distinctes. Aujourd'hui encore, on est oJîligé de désigner ces espèces sous deux noms rappelant leur doulîle aspect : Vanessa levana prorsa, Antocharis Belia Ausonia, A. Belemia glauca, Li/cemia pohjperchon Arntjntas.

■ Le défaut d'espace suffit pour engendrer le nanisme , ainsi que l'a prouvé H. DE Varigny (94) pour les Lymnées.

' La couleur foncée de certaines parties de la peau, chez les Blancs, marge de l'anus, scrotum, aréole du sein, serait due aussi, suivant Eimer, à l'afflux du sang vers ces points.

La lumière agirait aussi par fintermédiaire des sensations visuelles. Il constate (|ue des Poissons devenus sombres dans l'obscurité prennent une nuance

plus claire quand on les porte à la lumière.

Un élève d'EixiER (88), le D'' Ficker, place trois grenouilles vertes, de même nuance, dans trois vases, un blanc, un noir et un vert. Au bout d'environ une heure, la première est la plus foncée, la troisièmeest la plusclaire et lasecondeest intermédiaire. Il les change de vases et les couleurs se modiiient dans le même sens.

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