‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 110 sur 251 · Chapitre III. — LA FORMATION DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

Chapitre III. — LA FORMATION DES ESPÈCES

Les espèces ne peuvent provenir que de variations fixées. Il n'y a pas d'autre hypothèse scientifique possible. On est donc autorisé à l'admettre même en l'absence de preuves tirées de l'expérience ou de l'observation, du moment que ni l'observation ni l'expérience ne démontrent que cela est faux. Nous nous sommes déjà ex])liqué sur ce point (V. p. 184).

La question est de savoir quelles sortes de variations se sont fixées et comment elles sont devenues permanentes.

A l'une comme à l'autre de ces questions, on a répondu plus souvent par des hypothèses que par des faits démonstratifs. Un nomljre immense de faits ont été invoqués par les théoriciens de chacjue parti , mais la

LA FORMATION DES ESPÈCES

plupart n'ont pas une signiiication précise et peuvent être interprétés de façons différentes. Aussi n'avons-nous ni à les discuter, ni même à les rappeler dans ce chapitre. Nous devrions ne parler ici que de ceux qui constituent par eux-mêmes une preuve directe, ou dont l'interprétation n'est pas contestable. Or ceux-là sont aussi rares que les premiers sont nombreux. La plupart, ou sont d'une authenticité contestable, ou ont été fortement exagérés par ceux qui voulaient à tout prix fournir la preuve de leurs opinions. 11 faut reconnaître de bonne foi que aucun n'est à l'abri de toute objection, et ne démontre formellement que la variation ait jamais donné naissance à une espèce véritable. Aussi en dépit des raisons subjectives, les plus convaincantes, certaines personnes nient que les espèces descendent les unes des autres par variations fixées. Pour elles, la variation est pendulaire, elle oscille entre certaines limites mais ne les franchit jamais; pour d'autres, elle est continue et peut engendrer des différences de toute valeur. Pour d'autres encore, elle est pendulaire mais, de temps en temps, une oscillation plus forte déplace le point de suspension du pendule , ce qui concilie la fixité indéniable des espèces avec les nécessités de la descendance.

La divergence de ces opinions trouvera place ailleurs. Pour le moment, puisqu'il n'y a pas de faits absolument démonstratifs, nous nous contenterons d'exposer ici ceux qui entrent tout à fait clans le vif de la question et comme, ainsi que nous l'avons dit, ils sont fort peu nombreux, il va se trouver que ce chapitre, un des plus étendus de la Biologie, sera fort court dans cette partie de notre ouvrage consacrée au seul exposé des faits.

Nous avons vu que les variations se répartissent en deux grandes catégories : les variations lentes et continues et les variations brusques et discontinues, les premières, ayant pour principale origine les modifications des conditions biologiques, les dernières, parfois dues au croisement, le plus souvent spontanées, au moins en apparence, et dérivant de modifications du germe dont la cause nous échappe ; celles-là procédant par tout petits sauts et n'altérant qu'à la longue les caractères de la variété ou de la race, celles-ci créant d'un seul coup des modifications graves, allant depuis une singularité frappante jusqu'à des monstruosités à peine compatibles avec l'existence.

Les variations lentes ne peuvent donner naissance à des formes nouvelles qu'à la condition de se majorer, de cumuler leurs effets d'une manière quelconque (adaptation et hérédité des caractères acquis, ou

LES FAITS

sélection ou combinaison de ces divers moyens). Les variations Jjrusques constituent d'emblée des formes nouvelles, mais il faut qu'elles se reproduisent avec régularité dans la descendance. Enfin pour que ces formes nouvelles deviennent des espèces, il faut qu'elles ne soient pas fatalement détruites, après une existence de quelque durée, par une tendance atavique plus forte que les conditions Jjiologiques.

Nous aurons donc à examiner successivement : la Majoration des caractères dam la Variation lente, la Fixation des variations brusques et la Lutte de l'Atavisme avec les caractères no^iveaiix.

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