I. LA MAJORATION DES CARACTÈRES DANS LA VARIATION LENTE
Tout le monde connaît, tant ils ont été souvent cités, les Lapins de Porto-Santo près de Madère.
Darwin (71) a décrit, d'après des échantillons vivants et dans l'alcool, cette espèce singulière qui diifère du Lapin domestique par de nombreux caractères : leur longueur est moindre de 1/6, leur poids plus petit de moitié, leur couleur fort différente sans se rapprocher pour cela de celle du Lapin sauvage de nos pays; ils sont beaucoup plus sauvages et ont refusé de s'accoupler avec eux. Or, ces animaux sont les descendants de Lapins domestiques ordinaires déposés dans l'ile environ 450 ans avant l'époque (1867) ou Darwin les a examinés. Voilà donc, à ce qu'il semble, une espèce authentique formée sous l'influence des conditions biologiques. Mais nous verrons, en parlant de la lutte entre l'Atavisme et les caractères nouveaux, que cette remarquable ol)servation prête le flanc à une objection grave. En tout cas, sans discuter pour le moment si cette espèce est ou n'est pas invariablement fixée, il reste acquis que les conditions biologiques ont progressivement développé un ensemble de caractères de valeur spécifique, car on n'admettra pas cpie toutes ces difi'érences se sont produites dès la première génération
' Cependant une objection a été faite, (^ui réduisait à l'état de légende Thistoire de ces Lapins. Voici les faits. D'après la relation de D.\rwin (80), Gonzalès Zarco, ayant à bord une Lapine pleine qui avait mis bas pendant le voyage, lâcha mère et petits dans l'île, en 1419 (ou peut-èwe Tannée d'avant ou l'année
d'après). Les animaux se multiplièrent si rapidement dans l'île dépourvue de carnassiers , et firent de tels ravages, qu'il fallut abandonner les établissements. Trente-sept ans plus tard, Cada Mosto les trouva innombral)Ies. On n'a pas de renseignements précis sur leur race à l'origine, mais tout i)orte à croire