MAJORATION DE LA VARIATION LENTE
On cite quelques autres faits analogues et l'on peut encore rappeler ici les Cardium de Bateson et les Artemia de Schmanxkewitch.
On a avancé, pour ces dernières, que la forme sans soies caudales (^4. Muhlhausenii) constituait une véritable espèce.
Mais on n'a jamais trouvé ni de mâle à soies atrophiées, ni les femelles se reproduisant normaleriient et indéfiniment d'une manière parthénogénétique. Il est permis de croire que, dans des eaux suffisamment salées et permanentes, 1'^. salina arriverait à former une A. Mïihlhausenii définitive, peut-être avec un dimorphisme sexuel, sans importance dans la question. Mais il est permis aussi de dire que cela n'est pas démontré, et que les A. salina et Mnhlhausenii sont deux variétés d'une seule et même espèce, dépendant des conditions biologiques, et indéfiniment et rapidement transformables l'une en l'autre par les conditions appropriées.
11 n'est pas nécessaire, d'ailleurs, d'aller chercher si loin des cas excep-
que c'était le Lapin domestique ordinaire d'Europe, puisque ces animaux avaient été embarqués pour la nourriture du bord.
Mais Lataste (94) assure que les Lapins de Porto-Santo ne différent en rien d'une espèce naturelle indigène dans les îles de cette région, en sorte qu'ils n'auraient rien de commun avec la Lapine européenne lâchée ou non par Gonzalès Zarco dans leur île. Mais je ferai remarquer qu'au point de vue qui nous occupe, cela n'a pas grande importance. Car Darwin (80) a constaté que, en peu d'années, les Lapins Porto- Santo avaient pris en Angleterre les caractères des lapins européens, en sorte que s'ils ont pour origine la Lapine de Gonzalès Zarco, leur variation est prouvée par leurs caractères actuels à Porto-Santo; s'ils sont une espèce indigène naturelle, leur variation est prouvée par leurs modifications au jardin zoologique de Londres, car celle-ci dès lors ne peut plus être interprétée comme une réversion.
Les caractères ostéologiques de ces Lapins ne diffèrent que peu de ceux des lapins d'Europe. Darwin constate seulement
THÉORIES DE l'hérédité.
une étroitesse plus considérable des saillies sus-orbitaires des os frontaux. Pour la couleur, le dos est plus rouge, le ventre est gris au lieu d'être blanc ; le dessus de la queue est de la même couleur que le dos, et les oreilles n'ont aucune bordure foncée, tandis que chez tous les autres Lapins le dessus de la queue est plus foncé que le dos, et les oreilles sont bordées de poils foncés, et cela est donné comme un caractère spécifique du Lapin. Leur sauvagerie est plus grande que celle d'aucun autre rongeur sauvage . Un Lapin domestique élevé depuis sa naissance avec ces Lapins sauvages eùt-il montré par imitation une sauvagerie aussi grande? (V. page 295) ce qui advint de ces Lapins en Angleterre.
On peut citer ici les Cochons de Cubagna cités par Lucas (50) d'après Pri- CHARD. Ces animaux, remarquables entre autres caractères par la longueur de la partie fourchue de leurs pattes, qui atteignait une demi-palme (probablement 12 centimètres environ), descendaient de Cochons ordinaires transportés dans l'ile en 1509 par le? Espagnols. Cette observation manqua un peu de détails et peutêtre d'authenticité.
LES FAITS
tiomiels. Les races d'animaux domestiques et de plantes cultivées nous montrent, par des exemples multiples, frappants, cent fois vérifiés, des formes nouvelles engendrées par le changement de vie et le triage assidu des variations de sens déterminé. On conteste les effets de la Sélection naturelle ou sexuelle, mais non ceux de la Sélection méthodique. La seule question litigieuse est celle-ci : les races domestiques sont-elles assimilables aux espèces naturelles?
Elles n'en peuvent difïërer que sur deux points : le degré de spécificité, et la fixité. Le premier n'est guère contestable. Ctvier lui-même déclarait cjue les crânes des diverses races de Chiens différaient plus entre eux cjue ceux de deux genres naturels. Pour les Chiens, leur origine est sujette à contestation. Mais pour nos races de Bœufs, de Cochons, de Moutons, de Pigeons, de Poules, pour nos variétés de culture de fleurs et de fruits, on sait positivement qu'elles ont été créées par l'homme et personne ne nie que, si on les trouvait vivant à l'état sauvage, stériles entre elles et fixes, on les considérait comme de bonnes espèces'. Toute la question est donc de savoir si elles sont vraiment fixées. Pour le moment, cela n'importe point et il reste démontré que : Le changcmenl des conditions biologiqties et la Sélection méthodique sont capables d'accumuler les eff ets de variation lente produite par elles ou en dehors d'elles, et d'engendrer des formes nouvelles différant par des caractères spécifiques de celles qui leur ont donné naissance.
n. LA FIXATION DE LA VARIATION BRUSQUE
Nous avons vu que la variation bruscj^ue était souvent héréditaire. Ue nombreux exemples nous ont montré diverses malformations, la polydactylie, la syndactylie, l'hypospadias, le bec de lièvre et bien d'autres hémitéries légères se transmettant, plus ou moins irrégulièrement, pendant quelques générations. Cela ne suffit pas pour donner naissance à des .formes nouvelles. Il faut, pour les engendrer, une constance parfaite dans la transmission, une longue persistance du caractère nouveau dans la famille où il a apparu.
1 Plusieurs auteurs ont fait remarquer que diverses races de Cliieiis sont figurées sur des monuments remontant à l'ori^Jiine des temps historiques. On a retrouvé le Chien coucliant le Lévrier, le Basset, aussi
bien caractérisés qu'aujourd'hui , sur des bas-reliefs égyptiens remontant à 2000 ans avant notre ère, et le Dogue sur les monuments assyriens appartenant aux ruines de Babylone.