V. THÉORIES DE LA GÉNÉRATION SEXUELLE
Avant que les faits relatifs à la fécondation fussent exactement connus , on se faisait sur la nature de la génération les idées les plus bizarres, et de nombreuses théories imaginaires sont nées de ces idéesfausses. Toutes servaient de base à des théories de l'Hérédité non moins singulières dont on ne peut les séparer. On trouvera au chapitre des Théories spéciales de l'Hérédité (p. 354 et suiv.) les plus importantes d'entre elles.
Expliquer la Génération, cela peut signifier deux choses différentes.
^ Sabatier (84) adopte cette idée et l'étend même en retrouvant dans l'expulsion de certains produits cytoplasmiiiues l'équivalent physiologique des globules polaires chez les êtres où ceux-ci font défaut. (V. la note de la page 129, à la fin.)
^ Il nous resterait à parler des deux
théories de Weismann (87 et 922), celle du Plasma ovogène et celle des Plasmas anceslraux ou Ides, et de la théorie à laquelle Haacke (93) a donné le nom d'Apomixie. Mais on les trouvera exposées avec les Titéorics générales de ces auteurs.
LA GÉNÉRATION SEXUELLK. 323
Cela peut vouloir dire, donner la raison pour laquelle elle s'opère, ou bien montrer sa raison d'être, son utilité. A ces deux questions on a proposé des réponses que nous allons examiner.
a) Affinité sexuelle.
La génération sexuelle a pour condition première l'attraction du spermatozoïde par l'œuf ou Affinité sexuelle.
Sur la nature de cette attraction, on ne sait rien de positif. N^egeli (84) la croit électrique. Il n'y a là qu'une vague ressemblance entre des effets dont les conditions de production n'ont rien de commun.
0. Hertwig (92) voit en elle un pbénomène complexe qu'il ne définit pas d'une manière précise.
W. Pfeffer (86) doit se rapprocher davantage de la réalité lorsqu'il la considère comme un phénomène chimiotactique. Il a constaté, en effet, que les diverses substances chimiques exercent une attraction positive ou négative variable selon leur nature et selon celle de l'organisme attiré (des Algues inférieures ou des Flagellâtes).
[Il est possible, en effeto qu'il y ait dans l'œuf mûr une substance qui attire le spermatozoïde et réciproquement.]
6) Signification de la Fécondation.
Lang (88) voit dans la Génération asexuelle une Régénération accentuée et régularisée et cette vue peut s'étendre à la Génération sexuelle elle-même. Mais comment la Régénération qui, normalement, succède à une mutilation accidentelle est-elle devenvie un phénomène régulier?
Bien autrement nette et j)ositive est l'opinion de Van Rees (87). Ce naturaliste pense que la fécondation n'a été rien autre chose au début , lorsqu'elle était encore réduite à la Conjugaison, que l'acte de manger un individu d'espèce semblable ou voisine. Cette idée est fort admissible et j'y ajoute la considération suivante qui me parait l'affermir.
Lorsqu'un individu unicellulaire en mange un autre d'espèce différente, le protoplasma du mangé est assimilé par celui du mangeur, et toujours, à la suite de modifications chimiques qui exigent un travail, une dépense, et laissent un déchet. Si, au contraire, le mangé est de môme espèce que le mangeur, les deux protoplasmas identiques ne font que se fusionner sans travail, dépense, ni déchet, parce qu'il n'y a aucune raison pour
THÉORIES PARTICULIÈRES
que ce soit l'un plutôt que l'autre qui digère son conjoint. Cela équivaut donc à un acte nutritif de qualité supérieure, qui double sans effort la niasse de l'individu et peut créer ainsi une augmentation d'énergie vitale et une tendance à la division. Mais assurément le phénomène a chang-é de nature en devenant la Fécondation vraie chez les êtres supérieurs.
c) But de la Fécondation.
La fécondation est souvent considérée comme un Rajeunissement , opinion sans valeur qui met une comparaison vague là où l'on demande une explication. Il n'y a pas rajeunissement au sens propre du mot, l'œuf fécondé ayant évidemment l'âge moyen des éléments qui l'ont constitué. Quand un vieillard se marie, il n'en est pas moins un vieil homme bien qu'il soit un jeune mari. Il y a bien dans l'œuf fécondé des conditions nouvelles d'activité qui ressemblent à celles qui sont naturelles aux êtres jeunes, mais ce n'est pas les expliquer que leur donner un nom qui les peint.
L'opinion la plus répandue est que la fécondation sert à fondre deux individus en un, mais les avis diffèrent sur l'avantage qui en résulte.
IL Spencer (88) y voit le dérangement d'un équilibre qui tendait vers une stabilité défavorable au mouvement vital. Cela aura peut-être une signification le jour où l'on saura ce qu'est cet équilibre, ce qu'est cette stabilité et ce qu'est ce dérangement. En attendant c'est de la métaphysique.
Darwin (80) n'explique rien mais il prouve. Il montre que plus les procréateurs sont différents, jusqu'à la limite qu'impose la réussite du croisement, plus le produit est vigoureux, et qu'inversement plus ils sont semblables, plus le produit est faible ; et il en conclut que ce qui est utile dans la fécondation, c'est la différence individuelle entre les procréateurs.
0. Hertwig (92) donne à cette opinion, fondée uniquement sur la physiologie, une confirmation anatomique. Chez les Infusoires, les deux demi-noyaux échangés sont morphologiquement identiques et ne peuvent présenter que des différences individuelles. Leur échange n'en est pas moins indispensable au phénomène. Donc il doit en être de même chez les êtres supérieurs : les différences morphologiques entre les produits sexuels sont contingentes, secondaires, et la seule chose nécessaire dans la fécondation, c'est la réunion de leurs différences individuelles.
Mais à quoi sert cette fusion des particularités individuelles?