LA GÉNÉRATION SEXUELLE
Ici sont en présence deux opinions qui sont rig-oureusement l'inverse Tune de l'autre.
Elle sert à produire la variation, dit Weismanx (86). Elle sert à rempécher, disent IIatscheck (87) et 0. Hertwig (92). Et, chose singulière, tous à la fois ont tort et raison. Il est parfaitement évident que la fécondation est une cause de variation , car elle donne chaque fois à l'enfant d'innombrables possibilités de ressemblance avec deux lignées ancestrales au lieu d'une, et dans ces deux séries quelques-unes toujours sont réalisées. Donc Weismann a raison. Il est non moins certain que les particularités individuelles sont empêchées de se transmettre pures et de se perpétuer avec quelque constance par le mélange incessant du Plasma germinatif qui la possède avec des plasmas qui ne la possèdent pas. Les variations individuelles sont donc sans cesse noyées dans la moyenne, et par là empêchées de se perpétuer et de se majorer. Donc Hatschek et Hertwig ont raison. Weismann d'ailleurs le reconnaît (V. p. 544).
Mais, d'autre part , cela ne peut être un but intentionnel dans le sens où l'on parle du but de nos actions humaines. Ce ne peut être qu'un résultat avantageux qui s'est développé et fixé en raison même de son avantage; et la Sélection naturelle seule a pu le développer et le fixer. C'est bien ainsi que l'entendent ces auteurs.
Or G. Pfeffer (94) a fait remarquer avec beaucoup de raison que la Sélection naturelle n'a pu avoir prise sur un avantage qui ne montre ses effets qu'après plusieurs générations. Car elle n'agit qu'en protégeant l'individu avantagé. Et, si l'avantage ne doit se manifester qu'après sa mort, elle n'a rien à protéger.
Ainsi la fécondation peut avoir l'avantage de former les variations où puise la Sélection pour former les espèces nouvelles ; elle peut avoir celui de noyer dans la moyenne commune les particularités individuelles qui tendraient à altérer le type spécifique; mais ni l'un ni l'autre de ces avantages ne peut fournir la raison d'être de son existence.
La même objection ne peut être faite à une théorie nouvelle proposée par BovERi (92). Cet auteur considère, comme nous l'avons vu, le Quadrille de Fol comme une exception et pense que, normalement, l'œuf n'a point de centrosome. C'est pour cela qu'il est incapable de se développer. Le but de la fécondation est d'apporter à l'oeuf avant tout un centrosome et accessoirement la chromatiiie du noyau mâle. Il est évident qu'il y a là les éléments d'une sélection rigoureuse car tout œuf privé
THÉORIES PARTICULIÈRES
de centrosome est incapaljle de se développer. Mais ce n'est évidemment pas là non plus la raison primitive de la fécondation. Car d'abord, de l'avis de Boveri lui-même qui considère le quadrille de Fol comme un processus archaïque, les œufs étaient pourvus d'un centrosome chez les ancêtres des espèces actuelles; et la disparition du centrosome de l'œuf n'a pu constituer un avantage individuel donnant prise à la Sélection. D'autre part, la fécondation fût-elle postérieure à la perte du centrosome, que la conjugaison tout au moins ne le serait pas. Or la fécondation est évidemment un perfectionnement de la conjugaison'.
Les mêmes remarques s'appliquent à la théorie, d'ailleurs peu différente, de Strasburger (94) qui dit que la fécondation a pour but de constituer une cellule complète et capable d'évolution au moyen de deux cellules incomplètes isolément : le spermatozoïde a les éléments du noyau et une quantité relativement forte de kinoplasma, mais il n'a ni trophoplasma ni réserves nutritives; l'œuf a un noyau normal, un trophoplasma abondant, de riches réserves nutritives, mais il est pauvre en kinoplasma et ne peut se diviser. Les deux éléments sont donc complémentaires l'un de l'autre et se complètent en se fusionnant.
Cela est probablement très vrai, mais n'explique pas comment les cellules sexuelles, complètes à l'origine, se sont peu à peu différenciées par la perte d'éléments indispensables et rendues ainsi isolément incapables de se développer.