LA SPÉCIFICITÉ CELLULAIRE
Morgan (93 2), opérant sur les poissons, arrive aussi à obtenir des embryons complets aux dépens d'un seul blastomère du stade î2.
LÔB (94) fait l'inverse et o])tient chez les Oursins deux Plutem au moyen d'un seul œuf dédoublé'.
Enfin WiLSON (92), opérant sur V Amphioxus , obtient au moyen d'un seul blastomère isolé au stade 2, 4 ou 8, des embryons complets, avec corde dorsale et invagination nerveuse, mais 2, 4 ou 8 fois plus petits que les embryons normaux au même stade.
En présence de ces faits contradictoires, chacun tient à son opinion et Roux (936) persiste dans son idée, concédant seulement que les premiers blastomères ont un pouvoir régénérateur complet, qui permet à chacun de réparer ce que les voisins auraient dû faire dans le développement normal. Dans cette voie, la discussion risque de tourner eu querelle de mots.
Celui qui refuse de sacrifier à l'esprit de système les données de l'expérience doit conclure que :
1" Le plus souvent F œuf [ij compris le noijau) est isotrope (Echinodermes, Amphibiens, Amphioxus) .
2" Parfois il est anisolrope (Ascidies). 11 est, en effet, impossible de ne pas tenir compte des expériences de Ciiabrv et de toutes celles où on a obtenu iocontestalilement d'un blastomère du stade 2 des semi-blastula, semi-gastrula, etc.
b) La spécificité cellulaire.
A la question de l'Isotropie de l'œuf se rattache celle delà Spécificité cellulaire; ou plutôt celle-ci n'est que la continuation de celle-là. Dire que
nus, on peut obtenir des variations dans la segmentation, surtout du côté des micromères. On peut cependant par le retour à l'eau normale obtenir encore des Pluteiis normaux.
IX (93). On peut obtenir des gastrula normales d'Echinus après avoir enlevé à l'œuf, segmenté et dépouillé de sa membrane, soit les micromères, en ne laissant que les cellules delà moitié végétative, soit les macroméres. Cela prouve, que, chez rOursin, la segmentation ne fait aucun triage de cellules : toutes les cellules de
la segmentation sont équivalentes.
X (93) . L'œuf est isotrope. La différenciation des blastotnères est fonction du lieu.
' Pour cela, il met un œuf fécondé d'un Oursin (Arbacia) dans de l'eau de mer dédoublée d'eau distillée. L'oéuf absorbe beaucoup d'eau, fait éclater sa membrane, une partie du cytoplasme sort par l'étroit orifice de rupture et forme une grosse hernie , que l'auteur appelle Extraovat. Le noyau se divise et envoie un noyau dans l'extraovat qui se développe, comme Y Intraovat, en une larve complète.
l'œuf est isotrope, c'est dire, en effet, que les premières cellules de l'ontogénèse ne sont pas spécifiquement différentes; dire qu'il est anisotropc, c'est affirmer, au contraire, la spécificité de ces éléments. Mais qu'il en soit de l'une ou de l'autre façon, il faut bien qu'à un moment ou à l'autre les cellules se différencient. La question est donc de savoir quand, à quel degré et comment la spécificité cellulaire s'établit.
Deux possibilités sont en présence. Ou bien chaque cellule est absolument différenciée et n'a en elle que le plasma spécifique qui lui permet de faire ce qu'elle doit faire et rien de plus; ou bien la différenciation n'est que relative, toute cellule renferme les aptitudes nécessaires à la formation de n'importe quel tissu et ce sont des conditions secondaires qui la différencient en celui-ci ou celui-là.
Entre ces deux possibilités extrêmes , il y en a de nombreuses intermédiaires.
Cette question de la spécificité cellulaire n'est pas, comme on pourrait le croire, jugée d'avance par celle de l'isotropie. Ceux qui ont démontré l'isotropie de Fœuf, ou du moins de certains œufs, ont pi-ouvé seulement que ses premières divisions étaient homogènes {Aequationstheilungen, erbgleichen Theilungen) et donnaient naissance à des blastomères équivalents, interchangeables, comme on dit en mécanique ; mais ils n'ont point démontré que des divisions hétérogènes, c'est-à-dire attribuant aux deux cellules filles d'une même cellule mère des constitutions physicochimiques différentes, n'eussent pas lieu et ne fussent pas la cause de la différenciation qui se produit un peu plus tard. D'autre part, les preuves données en faveur de l'anisotropie ne dépassent pas les rudiments des quatre premiers quarts de l'animal.
Étudions donc successivement les trois questions relatives à la spécificité cellulaire : le degré, le moment, et le moijen.
a) Degré de la Spécificité,
Personne ne croit à l'Indifférence cellulaire absolue, personne ne pense qu'une cellule musculaire pourrait se métamorphoser en cellule nerveuse ; mais plusieurs admettent que la différenciation n'est pas alisolue, que non seulement les blastomères sont plus ou moins longtemps équivalents entre eux, mais qu'il reste toute la vie dans le corps des cellules indifférenciées, dites embryonnaires, capables de se transformer, se-