LA SPÉCIFICITÉ CELLULAIRE
Ion les conditions, en les cellules les plus diverses. Virchow avec sa théorie de la Meiaplasie, est le représentant le plus célèbre de cette manière de voir, plus ou moins acceptée par la plupart des histologistes français.
L'opinion inverse, au contraire, peut être absolue. Rien n'empêche d'admettre que toute cellule est, dès sa naissance, rig-oureusement déterminée dans sa spécification. Bard (86) est le représentant le plus intransigeant de cette opinion. Cependant la différenciation ne devient effective que dans les tissus définitifs de l'animal développé. Pendant l'ontog-énèse, les cellules ne peuvent être différenciées, mais elles n'en seraient pas moins rigoureusement déterminées. Voici comment il faut comprendre les choses, d'après les partisans de cette théorie.
Chaque cellule contiendrait en puissance toutes les différenciations des cellules qui doivent descendre d'elle. En se divisant en deux, elle en ferait deux lots différents qu'elle livrerait à ses deux cellules filles, donnant à chacune tout et uniquement ce qui lui est nécessaire pour elle et sa lignée. Celles-ci en se divisant feraient de même, et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'ontogénèse, les cellules devenant de plus en plus différenciées et do moins en moins compliquées à mesure qu'elles s'éloignent de l'œuf.
Mais cette théorie exclusive heurte si violemment les faits qu'elle n'a pu être acceptée. Elle implique, en effet, l'Anisotropie absolue de l'œuf dont nous venons de montrer la fausseté pour la plupart des cas. En outre, la Régénération, les pseudarthroses, les placentas extra-utérins, montrent des exemples irréfutables de cellules ayant été amenées à se différencier dans un sens non prévu pour elles.
D. Hansemaxx (93) a cherché à éviter ces écueils et a donné, en outre, une forme matérielle aux différenciations que Bard avait laissées à l'état de conception physiologique. Il admet, comme Sachs (87), que les différentes sortes de différenciation sont représentées par autant de plasmas spéciaux et raisonne alors de la manière suivante. Dans l'œuf, tous ces plasmas sont en balance, mais dans les blastomères, ils ne le sont plus, parce que chacun en reçoit plus des uns et moins des autres. Soient trois plasmas a, b, c il y aura dans l'œuf, je suppose, 6 a 4- 6ô H- 6 c. En se divisant, il donnera à Tune de ses cellules filles 8fl! h- 6 b -h 6 c. et à l'autre 4 « -+- db H- 6 c. La première sera donc un peu plus différenciée dans le sens de a, la seconde un peu moins. La chose continuant ainsi, on pourrait avoir, à la fin de l'ontogénèse, tous les plasmas complètement triés dans les cellules définitives. Mais la séparation n'est
THÉORIES PARTICULIÈRES
pas absolue, et chaque cellule, outre le plasma principal T^véàommdJii qui lui donne sa ditlerenciation particulière, reçoit, à titre plamms accessoires, un peu de tous les autres plasmas. Ce sont ces derniers cjui sont les agents de la Régénération accidentelle, et on comprend alors qu'elle soit d'autant plus facile que l'être est plus près du stade oeuf.
Grâce à ces plasmas accessoires, les cellules peuvent aussi subir une sorte de dé-Diff érenciation qui constitue Y Anaplasie, ou retour à l'état embryonnaire. Il suffît pour cela que les plasmas accessoires se développement et arrivent à réduire l'importance du plasma principal à celle des plasmas accessoires. Ainsi s'explique le retour des cellules à l'état embryonnaire qui joue un si grand rôle dans la pathologie des tumeurs.
Ici prennent place les théories ontog'énéticjues de N^geli (84), de Vries (89), Weissmann (92,). Mais elles sont liées aux théories générales de ces auteurs et nous les exposerons avec celles-ci. Disons seulement ici qu'elles reposent sur une Prédétermination des caractères aussi exclusive que celle de Bard, mais plus fouillée et surtout liée à des hypothèses sur la constitution matérielle de l'Idioplasma-. Les partisans de la différenciation seulement relative des éléments cellulaires invoquent comme preuve la Régénération, et les 'Néo- formations pathologiques . Lorsque l'on voit un Axolotl l'égénérer un doigt coupé, un Ver de terre refaire une moitié entière de son corps, il semble bien que l'on soit en droit de voir là une preuve de la non-différenciation. Comment ce Ver de terre trouverait-il les éléments d'une tête dans les cellules de la moitié caudale de son corps si celles-ci n'avaient en elles que précisément ce qu'il faut pour faire ce qu'elles doivent faire et rien de plus. Cependant l'argument n'est pas tout à fait irréfutable, car Weissmann, sans abandonner le terrain de la différenciation cellulaire absolue, arrive à l'expliquer avec ses Déterminants de remplacement. Ceux-ci constituent une hypothèse extrêmement invraisemblable, mais elle prouve que, théoriquement au moins, la diffi-
^ Quand une cellule répartit également ses substances entre ses deux cellules filles, celles-ci sont identiques et dites alors pro&oplasiques. Dans le cas contraire (celui que nous avons pris pour exemple à propos de l'œuf), elles sont dites antagonistes. Par le fait des divisions antagonistes, les cellules dépendent les unes des autres. Cette dépendance constitue un état à! Altruisme général par lequel
s'expliquent les corrélations.
Ces néologismes inutiles ne signifient rien de plus (jue Division liomogènc, Division hétérogène et Corrélation de développement.
^ Voyez, en outre, dans la 3° Partie, les théories de Buffon, Haacke, His, N.egeli, Weismann, Darwin, Maupertuis, Brooks, Hallez, J.eger, i)e Vries, Érasme Darwin, Galton, etc.