VIII. THÉORIES SUR L'ORIGINE DU SEXE
La question de l'orig-ine du sexe ' se décompose en deux autres. On peut se demander d'abord d'où vient qu'il y a des mâles et des femelles; puis à quoi chaque individu en particulier doit son sexe mâle ou femelle.
Origine 'phyJogénétiquc des sexes. — Depuis que l'on a reconnu l'identité fondamentale du spermatozoïde et de l'œuf, la première question a perdu beaucoup de son importance. On s'accorde à reconnaître aujourd'hui que le mâle et la femelle sont entièrement équivalents et que leurs différences sont toutes secondaires et adaptatives. C'est 0. IIertwig (88) qui, le premier, a nettement monti'é cette vérité. Elle ressort de l'étude des formes inférieures de la génération sexuelle, en particulier de la conjugaison. Le mâle et la femelle des êtres supérieurs sont fondamentalement équivalents, comme deux Infusoires qui se conjuguent, mais des différences se sont établies entre eux pour faciliter leur rapprochement. L'œuf est devenu gros, inerte, riche en matières nutritives, le spermatozoïde petit, alerte, mobile, mais sans provisions de réserve. La femelle est devenue faible, mais bonne nourrice , le mâle inhabile aux soins, mais agile pour trouver la femelle, fort pour triompher de sa résistance et des mâles concurrents.
Les caractères sexuels secondaires sont attribués par Darwin et ceux qui l'ont suivi aux Sélections naturelle et sexuelle. Mais d'autres voient en eux plutôt un effet de l'énergie vitale plus intense du mâle ou le résultat de l'action chimique exercée par la sécrétion interne des glandes sexuelles. Cela explique naturellement les effets somatiques de la castration.
On considère généralement l'état hermaphrodite comme primitif et la séparation des sexes comme secondaire. Mais Nussbaum (88) n'est pas de cet avis. Pour lui, les formes hermaphrodites et celles à sexes séparés sont contemporaines et se sont formées l'une et l'autre selon que les con-
' Voir, en outre, les Théories générales celles d'Érasme Darwin, Galton, Weis- (lans la troisième partie, en particulier mann, Haacke.
TUKORIES PARTICULIÈRES.
ditions rendaientrune ou l'autre conformation plus avantageuse à l'espèce .
Origine du sexe chez findividu. — La question de la cause du sexe chez Findividu est très différente selon qu'elle s'adresse aux animaux inférieurs et aux plantes, ou à l'Homme et aux Mammifères. Pour les premiers, nous avons vu, dans la Première partie de cet ouvrage (p. 162 à 106), que le sexe était tantôt prédéterminé dans l'œuf, tantôt déterminé par la fécondation, tantôt dépendant de conditions ultérieures dont un certain nombre ont pu être découvertes. Pour les derniers, au contraire, on ne sait à peu près rien et c'est là que les théories ont eu le champ libre.
Elle a toujours excité un intérêt très vif, et les opinions qu'elle a fait surgir sont extrêmement nombreuses. Nous ne rappellerons que les principales
Aristote croyait que le sexe dépendait du màle seul et pareille opinion se retrouve de nos jours dans Schumaxx (83), Buffox, Haller, Bi'RDACH, qui croyaient à l'Hérédité croisée, admettaient comme conséquence que les fdles proviennent plus particulièrement du père et les fils de la mère. Gmor de Buzareingues pensait, au contraire, que chaque parent eng-endrait le produit de même sexe que lui, et Lucas (47,50) émet une opinion semblable.
La première tentative pour trancher ces questions sinonpàr l'expérience, du moins d'une manière quelque peu scientifique, remonte à Hofacker. Hofacker (29) et Sadler (30) avaient déduit de statistiques insuffisantes que l'époux le plus âgé a plus de chances de donner son sexe au produit. 3Iais Berxer (83) a montré par -des statistiques plus étendues portant sur
' Les philosophes et médecins de l'antiquité avaient leurs théories, baroques comme toujours, dans les questions de ce genre.
Parménide et Anaxagore pensaient que chaque sexe avait deux semences, une pour faire des mâles, l'autre pour faire des femelles. Les garçons venaient du testicule droit et se logeaient dans le côté droit de la matrice. Pour les filles c'était l'inverse.
Hippocrate soutenait une opinion analogue, mais pour lui les deux liqueurs séminales se distinguaient principalement par leur force. La plus forte ayant, chez les deux sexes, tendance à produire
des mâles, et la plus faible des femelles.
Galien adopta aussi les vues d'Anaxagore, mais il y ajouta une e.xplication. Le côté droit engendrait des mâles parce qu'il était le plus chaud.
Toute l'antiquité et le moyen âge vécurent sur ces idées qui, plus d'une fois, paraît-il, furent mises en pratique d'une façon singulière. Pour faire un garçon, il fallait se serrer le testicule gauche avec un lien et appuyer à droite dans le coït.
On nous permettra de ne pas nous arrêter à des opinions de moindre valeur encore comme celle qui attribue une plus grande aptitude à faire des garçons aux
ORIGIXE DU SEXE.
213 224 mariages que cette opinion était erronée'. Il se rallie à l'opinion de RicHARZ (80) et croit qu'il y a plus de garçons que de fdles chez les gens qui se livrent à un travail cérébral. Mauriceau, au siècle dernier (1721), avait cru remarquer que les primipares font plutôt des garçons. Ed. Rorin (75) est d'avis que tout ce qui échauffe le sang : climat, viandes, alcool, pousse à la formation des mâles, opinion déjà soutenue longtemps auparavant par Bellingeri (40). Pflijger (81) attribuait la formation des mâles à la fécondation par plusieurs spermatozoïdes, et au coït à la fm du rut.
D'après Richarz (80), le sexe n'est pas transmissible, et le sexe du produit dépend de la femelle seule ; le sexe mâle est, en eifet, un degré d'évolution plus avancé que le sexe femelle, et tout œuf produit un mâle quand sa force reproductrice est à son maximum et qu'il arrive à son complet développement. Il produit une femelle dans le cas contraire. Dans le premier cas, le mâle engendré ressemble naturellement à la mère ; dans le second, le produit femelle ressemble à son père. Celui-ci ne fournit jamais son sexe, mais seulement sa ressemblance et l'incitation nécessaire à l'œuf pour se développer. Lorsque la femelle est peu souvent fécondée, ses œufs arrivent plus aisément à leur complet développement. C'est pour cela qu'après une guerre il nait plus de garçons.
Berxer (83) croit qu'il naît un mâle quand la femelle a une énergie reproductrice élevée et une femelle quand la nourriture est plus abondante.
Pour Jaxke (87), il nait une fdle quand le père est le plus fort et le plus passionné. Si la mère l'emporte par ces qualités, il naît un garçon. Nous citons là quelques opinions, mais il faudrait un long chapitre pour les énumérer toutes. Cela d'ailleurs serait fort inutile, car toutes sont fondées sur des observations souvent justes mais toujours incomplètes trop restreintes. La plupart sont restées sans écho. La seule qui ait gardé quelque autorité est celle de Hi ber, de Thury (63), de Cornaz, qui attri-
femmes qui montent au lit telle jambe la première (la droite, je crois). Les opinions de ce genre sont multiples et variées, mais ce n'est plus delà science même hypothétique, c'est de la superstition.
On pourrait presque mettre au même rang certaines théories toute modernes comme celle de Cohen (75) qui attribue au mâle la force cérébro-spinale et à la femelle la force sympathique. Le produit serait mâle ou femelle selon que la première ou la seconde serait prédominante.
^ Voici les nombres de ces trois auteurs.
Pour 100 filles, nombre de garçons, Le père étant :
plus jeune
plus jeuue de plus de 10 ans plus jeuue de 1 à 10 ans. . .
de même âge
plus âgé de 1 à 6 ans
plus âgé de 6 à 10 ans* .... plus âgé de 10 à 16 ou 18
ans**
plus âgé de plus de 10 aus .
plus âgé de 16 à 18 ans***.
Moj'enue générale
* Hofacker dit de 6 à 9, SaïUer de 6 à 11. ** Hofacker dit île 9 à 18, Sadler de 11 à 16. *** Hofacker tlit de 18, Sadler de 16.
Hofacker.
Sadler.
THÉORIES PARTICULIÈRES
huent aux états de maturité des produits sexuels une influence prépondérante sur le sexe du produit.
Thury (63) avait observé qu'il naissait plus de femelles quand la femelle avait été couverte dès le commencement du rut et plus de mâles quand le coït avait eu lieu àlafînde cette période. L'œuf très mur donnerait un mâle, l'œuf j)eu mûr une femelle. Les expériences faites par les éleveurs corroborent assez bien cette règle. Mais les observations de Furtz l'infirment \
DijsiNG (84, 85) s'en est emparé, mais il l'a appuyée sur des considérations fort intéressantes et très bien déduites. Il déclare, avec raison, que la régularité absolue de la proportion moyenne des sexes ne peut s'expliquer que par une autorégulation, la pénurie de mâles provoquant une production de mâles et la pénurie de femelles une production de femelles. On comprend, en effet, que, si la régidation était primitive et organique, elle n'autoriserait pas des oscillations incessantes autour d'une moyenne qui seule est fixe. Les chiffres absolus eux-mêmes seraient fixes. Une riche statistique lui a montré, en effet, que l'œuf jeune tend à produire une femelle, l'œuf vieux à produire un mâle. Le spermatozoïde jeune tend à produire un mâle, le spermatozoïde vieux à produire une femelle.
Avec ce principe, l'autorégulation ne peut manquer de s'établir, car s'il y a peu de mâles, ils féconderont souvent et leurs spermatozoïdes seront toujours jeunes, tandis que si les femelles sont trop nombreuses, elles seront rarement fécondées et leurs œufs seront vieux, double raison pour qu'il naisse des mâles. Dans le cas inverse, l'inverse se produit. Il établit aussi que tout œuf bien nourri tend à produire une femelle et que, plus la consanguinité est étroite, plus il se produit de mâles. Ces deux derniers facteurs, s'ils sont vrais, ne sont pas fort avantageux pour sa théorie. Le premier tend à dimimier le nombre des mâles quand il est déjà trop petit et le second est à peu près indifférent aux proportions numériques des sexes.
Ces faits que Dûsing avance sans les expliquer, Holungsworth (84) a cherché à en trouver la cause et propose l'explication suivante. Si la fécondation a lieu sur un œuf peu avancé, elle met plus longtemps à se parachever et le spermatozoïde, restant longtemps dans l'œuf, est en quelque sorte féminisé par lui. Si elle a lieu sur un œuf très avancé, elle s'achève aussitôt et le spermatozoïde n'a pas le temps d'être féminisé au con-
' Furtz (86) conclut de 193 observa- quau quatrième jour après les règles, les tions où il a noté la date des dernières chances sont pour un garçon et à partir règles et celle de la conception que, jus- de ce jour pour une fille.
LA TÉRATOGÉNÈSE.
tact du plasma féminin. C'est, on le voit, fortement hypothétique et l'explication n'est valable que pour les états de maturité de l'œuf.
A la théorie de Dusing, Haacke (93) objecte que, si le garçon provient de la fécondation d'un vieil œuf par un jeune spermatozoïde, il a toute raison de ressembler à son père et, inversement, la fille provenant de la fécondation d'un jeune œuf par un vieux spermatozoïde devrait ressembler à sa mère. Or les ressemblances croisées sont aussi fréquentes, sinon plus, que les ressemblances directes.
En somme, en dehors de la nécessité de l' autorégulation démontrée par DùsiNG, et de quelques statistiques peu démonstratives, il ne reste rien de positif de toutes ces théories. La procréation des sexes à volonté ou même leur simple prévision est et reste impossible à l'homme, aussi bien pour les animaux qu'il élève que pour ses propres enfants.