X. THÉORIES DE LA MORT ET DU PLASMA GERMINATIF
Nous avons démontré (p. 179) qu'on ne pouvait se refuser à admettre la notion claire et féconde du Plasma germinatif tel que nous l'avons défini dans la Première partie . Mais ce plasma ainsi défini n'est pas celui que clament Weismann et les auteurs des autres théories de la Prédétermination des caractères. Il leur faut un Plasma germinatif absolument distinct du Plasma somalique et difféi'ant de celui-ci par des caractères formels et inconciliables. Or cette distinction absolue ne se concilie avec les faits qu'à l'aide d'hypothèses fort invraisemblables.
Si, partout comme chez les Diptères, l'œuf séparait de lui, dès le début de la segmentation, la cellule mère des éléments sexuels, il n'y aurait aucune difficulté à l'admettre. Mais, le plus souvent, les cellules germinales naissent tard et de cellules somatiques n'ayant pas elles-mêmes le caractère d'éléments sexuels. Il faut donc supposer que du Plasma germinatif se cache en elles, bien que le microscope ne nous montre en elles rien autre que ce qu'il nous montre partout ailleurs. Mais ce n'est pas tout : de nombreuses cellules non germinales ni situées sur la lignée des germinales se montrent capables de reproduire l'organisme entier, ce qui prouve qu'elles contiennent du Plasma germinatif : telles sont les cellules cambiales auxquels les jardiniers font produire presque à volonté des bourgeons adventifs, telles sont celles des feuilles du Bégonia ou du corps entier de certaines mousses ^
Weismann croit expliquer la chose en disant que la Sélection naturelle a déterminé le passage d'un peu de Plasma germinatif dans ces cellules pour augmenter les chances de multiplication. Mais il y a là une
1 WiESNER (92) assure qu'un cube de de côté, coupé dans le parenchyme d'une Pomme de terre en dehors des yeux., peut, s'il- est convenablementsoignè, don-
ner naissance àun individu complet. Ilu'y a là cependant que du parenchyme à amidon, et quelques faiseauxvasculaires avec cellules cambiales riches en protoplasma.
sérieuse difficulté. Les feuilles des Bégonias ne sont pas articulées, elles ne tombent pas et meurent en se desséchant sur place. D'autre part, il doit être très exceptionnel que des violences extérieures exercées par des agents atmosphériques ou par des animaux permettent à des fragments de feuilles de tomber sur un sol approprié et de donner naissance à une nouvelle plante. De l'avis de tous les botanistes que j'ai interrogés, et autant que l'on peut juger de leur biologie à l'état sauvage dans les pays d'origine, il n'y a pas là un mode normal et régulier de reproduction . Dès lors ce Plasma germinatif déposé dans les feuilles ne sert ordinairement à rien; c'est là, par conséquent, une particularité que la Sélection ne saurait avoir fixée, et de plus, un gaspillage énorme et tout à fait contraire à la stricte économie habituelle , d'une substance extrêmement précieuse pour la plante. Les Ficaria rammculo'ides sont capables de se reproduire d'une manière semblable. C'est là une plante commune des envii^ons de Paris, qu'il est facile d'observer. Or l'observation ne montre rien qui permette de penser qu'elle utilise ce mode de reproduction. 11 doit en être de même des mousses que Weismann cite d'après Sachs.
Enfin pour les cellules cambiales des plantes, le gaspillage de substance précieuse et l'impossibilité d'invoquer la Sélection naturelle ne sont pas moins évidents, si l'on songe à la multiplicité des bourgeons normaux et à la rareté des bourgeons adventifs chez beaucoup de plantes où les cellules cambiales se montrent dotées de Plasma germinatif.
11 semble donc plus juste d'admettre qu'il n'y a qu'une soi-te de plasma, qui est germinatif dans l'œuf et dans toutes les cellules pas trop différenciés, mais qui perd peu à peu ses aptitudes germinatives à mesure que sa différenciation somatique progresse.
Le Plasma germinatif est considéré d'ordinaire simplement comme le plasma complet de l'œuf, c'est-à-dire contenant tout le déterminisme de l'évolutionde l'organime. A cette conception, Lendl (90) en a substitué une autre, qui n'est peut-être pas plus juste, mais qui ne manque pas d'originalité et qui permettrait de comprendre comment des cellules somatiques peuvent, dans des circonstances particulières, fonctionner comme éléments reproducteurs. Toute cellule, parle fait même qu'elle vit, accumule en elle des produits de déchet et des substances diverses, les unes utiles, les autres non ; mais qui, en tout cas, sont étrangèi*es à la constitution du Plasma germinatif pur. Lendl donne à ces substances le nom de Ballast. En se divisant, l'œ^uf partage son Plasma germinatif entre les deux premiers