‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 144 sur 251 · CRITIQUE DE LA SÉLECTIOX · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA SÉLECTIOX

n'onest pas ainsi, les (A ± 1) donnent des (A ± 1) et des A, et les A donnent des A et des (A ±1). Le nombre d'individus semblables à la forme mère est n pour chacune d'elles et par consécjuent, s'il était seul, maintiendrait exactement le rapport ■-. Mais les individus non semblables à la forme mère engendrés en même temps, viennent troubler ce rapport, et il est facile de voir qu'ils le font g randir car, même en ajoutant une même quantité, aux deux termes de | << 1, on ferait grandir ce rapport. Or la cjuantité ajoutée à 2 est beaucoup plus grande cjue celle ajoutée à «, puisque la première est les - de n et la seconde les \ de 2. Cela montre le sens de la variation. On voit, en outre, que le rapport doit croître indéfiniment, car tous les individus variés d'un degré supérieur à A ± 1 n'ont que des descendants variés et n'augmentent en rien le dénominateur de notre rapport; tandis cj[ue les individus non variés A continuent sans cesse à augmenter le rapport par la formation incessante des formes variées A + 1 et A — 1 .

Ainsi dans les termes où il a été posé, le théorème mathématique est inattaquable.

Mais la loi de Delbœuf n'en est pas plus vraie pour cela.

<< Quand on manie les formules mathématiques , il faut avoir soin de bien se rendre compte de la nature du problème et de ses données. Une erreur dans la position des équations entraîne les plus graves conséquences. Or une erreur a été ici commise. Cela est d'autant plus fâcheux que tout raisonnement mathématicpie s'impose à l'esprit comme infaillible... »

C'est Delbœuf qui dit cela. 11 peut se l'appliquer à lui-même.

Delbœuf tire de la solution de son problème cette conclusion, que : « Si puissante que soit la cause identifiante , si faible que soit la cause diversifiante, celle-ci finit toujours par l'emporter. » Mais la cause diversifiante telle qu'il l'établit n'est pas faible du tout, elle est, au contraire, très forte, beaucoup plus forte dans son hypothèse que dans la nature et il n'est pas étonnant qu'elle l'emporte (dans son hypothèse du moins, car dans la nature il n'en est plus ainsi). Delbœuf aura l'air très généreux si faisant n = 1000 il dit : supposons que chaque individu non varié A produise 1000 individus A semblables à lui et un seul varié de la forme (A + 1). Je lui concéderai, s'il le veut, qu'il en produira 10. Mais où il n'est plus généreux du tout c'est c|uand il dit que chaque individu (A -h 1) produira encore n individus (A H- 1) et 1 individu (A -h 2). Dans la réalité des choses, et abandonnant son exemple particulier de l'hermaphrodite pour prendre le cas général.

ÏH KORl KS PA RTICL Ll KRES .

nous savons que les variations individuelles ne sont nullement héréditaires à un degré aussi élevé. Aucun caractère individuel ne se transmet ainsi. Sur 3, 4 ou 5 enfants qu'a un individu, 1 ou 2, rarement plus en moyenne, hérite du nœvus, de Thémitérie, de la forme du nez, de la couleur d'yeux ou de poil, de la particularité quelconque qui distinguait son père. Si la proportion de Delbœuf se maintenait, sur 200 familles de 5 enfants il y en aurait 199 où tous les enfants auraient hérité de la particularité du père et dans la 200® un seul enfant sur 5 en serait privé! On voit si son estimation est exagérée. Mais cela n'est rien, car ce ne sont pas les termes A -h 1 qui lui sont d'un grand secours, ce sont les A -h 3, A H- 4, A 4- 5, A + 6... Or, plus le degré de variation s'élève, plus il devient abusif de maintenir au même taux la tendance à la variation.

L'observation journalière nous montre que les faibles écarts sont beaucoup plus nombreux que les forts. On trouvera peut-être une fleur sur mille qui ait un pétale dédoublé. Mais si l'on sème les graines de cette fleur, il n'est pas vrai du tout que sur 1000 fleurs de ce semis on en trouve une qui ait 2 pétales doubles, et il est encore moins vrai que dans les produits de celle-ci (s'il s'en rencontre une) on trouve un individu sur 1000 qui ait trois pétales doubles, etc. S'il en était ainsi, la création des formes nouvelles seraitun jeu. Delbœuf ne voit-il donc pas que si ses équations étaient bien posées, depuis longtemps nous aurions tous des becs de lièvre, des doigts surnuméraires, des inversions viscérales et, tout au moins, serions-nous tous gauchers. Il n'en est pas ainsi parce que l'hérédité de ces caractères a à lutter contre deux facteurs nouveaux, qui s'introduisent dans le problème dès que la variation apparaît : 1° la Réversion au type normal, qui devient de plus en plus puissante à mesure que la variation s'accentue et que sa durée augmente; 2° TAmphimixie, qui, d'ordinaire, efface la variation dès la première génération où elle se montre. Tout est combiné de façon à rendre les variations faibles, faciles et nombreuses, et à i^cndre les fortes difficiles, rares et peu durables. Pour les variations presque insignitiantes qui ne dépassent pas la limite d'élasticité de l'espèce, la loi de Delbœuf s'appliquera peut-être, mais elle cessera d'être vraie dès <jue les divergences commenceront à être un peu fortes, c'est-à-dire au moment précis où elle commencerait à rendre service.

L'argumentation qu'on vient de lire s'appli(|ue surtout aux variations de hasai'd, les seules sur lesquelles comptent les Darwinistes purs, ou

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