CRITIQUE DE LA SKLECTION
tout autrement conformés. Les muscles surmenés attirent le sang- et produisent une anémie complémentaire des autres organes, en particulier du cerveau. La peau se dessèche, le corps s'échauffe, les organes des sens, dans un milieu moins dense ne rendent plus que des services très incomplets. Pour que l'animal puisse s'adapter à ces nouvelles conditions, il faudrait donc qu'il présentât des variations simultanées dans presque tous ses organes et que la Sélection les portât rapidement à un degré compatible avec l'existence. Quel nombre incalculable de générations ne faudrait-il pas pour obtenir cet ensemble de modifications par la sélection de variations faibles et indéterminées portant ici sur un organe, là sur un autre! L'Excitation fonctionnelle agit directement sur les organes du mouvement, sur l'aj^pareil circulatoire, sur les sens, la peau, les viscères et imprime, à tous à la fois, pendant le cours d'une seule vie des modifications adaptatives sensibles et, si cette adaptation est héréditaire, la difficulté se trouve résolue en un temps relativement court.
A notre avis, l'auteur fait là un tableau très exagéré des difficultés qu'éprouve à terre un animal aquatique. Il semble avoir sous les yeux un Phoque. Mais la Loutre, la Grenouille, les Oiseaux plongeurs, les Crabes, X'Anabas .scandens prouvent que cela n'est pas général. Si, comme il est probable, c'est par les Amphibiens que s'est fait le passage pour les vertébrés, l'exemple de la Grenouille et des Crocodiles lui montre combien il fait erreur.
Bien autrement fort est l'argument de Spkxcer (93).
Voici des Herbivores habitant un pays au climat rude et où les fauves abondent. Ceux qui ont l'ouïe la plus fine entendront deplusloin l'arrivée du fauve, mais ceux qui ont la vue plus perçante ou l'odorat plus parfait seront avertis aussitôt qu'il est temps de fuir. Et que leur servira de s'enfuir plus vite? D'autres plus rapides à la course, quoique partis au dernier moment, n'en échapperont pas moins. Survient la neige et un froid rigoureux. Ces individus plus rapides ou doués de sens plus parfaits n'ont pas en même temps la toison la plus chaude ni l'instinct le plus sûr pour trouver un abri, et le climat décimera ceux qu'une première sélection avait protégés. Après le froid la disette arrive. Ceux qui avaient eu jusqu'ici l'avantage seront peut-être les moins capables de trouver à s'alimenter, ou de survivre à une alimentation insuffisante.
Ainsi aucun individu n'a une supéiùorité réelle et complète qui lui permettrait de l'emporter dans toutes les phases de la lutte pour l'exis-
tence; les avantages sont disséminés et se compensent, et la sélection du plus apte ne peut se faire parce que ce plus apte n'existe pas^
Ainsi la solution est condamnée de deux côtés : d'une part, parce qu'il n'y a aucune raison pour que l'individu avantagé d'un côté le soit en même temps des autres, puisque les particularités individuelles sont dues au hasard; d'autre part et surtout, parce que les particularités ne sont pas assez accentuées pour constituer un avantage réel.
Les individus luttent pour la vie , mais avec des armes sensiblement égales et les victimes ne sont pas en moyenne de qualité inférieure aux individus qui restent pour perpétuer l'espèce.
6. La Sélection est impuissante parce que les variations sur lesquelles elle pourrait s'exercer sont sans cesse détruites par r Amphimixie.
C'est N.EGELi (Si) qui, le premier, a fait valoir cet argument mainte fois répété après lui.
Si la variation, dit-il , atteint 1 individu sur 100. Sur 20,000 individus il s'en rencontrera 200 variés et, si les chances d'accouplement sont les mêmes pour tous, il y aura 9801 accouplements entre individus non variés, 198
i[On pourrait discuter cette conclusion et raisonner de la manière suivante : Supposons qu'une particularité donne une certaine supériorité aux individus qui en sont doués. 11 n'est pas vrai que l'apparition d'une nouvelle particularité avantageuse détruise les effets de la première car, si elle est due au hasard, elle doit être répartie proportionnellement au nombre et se trouver relativement aussi fréquente parmi les individus doués du premier avantage que parmi ceux qui en sont dépourvus. Soit M le nombre des individus d'une race, et soit a une qualité qui se rencontre en moyenne chez 1 individu sur 1,000.
11 y aura 999 M X 10—' individus non doués de cette qualité et M X 10^' individus qui la posséderont.
Supposons que dans la lutte pour la vie 1/10" seulement des premiers et 9/10® des seconds arrivent à survivre. Il en restera 999 M X 10-^ des premiers que nous noterons (— a) et 9 M X 10-^ des seconds que nous marquerons (+ o)-
Le rapport des + a aux — n est passée de 1/1000 à 1/111.
Prenons maintenant une seconde qualité h répartie de la même manière et constituant un avantage égal.
Les 999 MX 10"* individus {—a) produiront : 999^ M X 10-' individus(— r^ — 6) + 999 M X 10-' individus (— a + b) ; et les 9 M X 10-Mndividus (-|- reproduiront : (9X999 M) 10-' individus (+« — 6) + 9 M X 10-' individus {+ a + b).
Après la seconde intervention de la Sélection, il restera :
999- M X 10-5 individus (— a — h), (9 X 999 M) 10-* individus (— a + 6), (9 x999M)10-« individus {+a — b) et 9- M X 10-8 individus (+ « + i).
Le rapport des -\- a aux — <i sera devenu :
(9X999) -f 9^ 9(999 4-9) 9 ^ I 999- -i- (9 + 999) ^999 (999 + 9) ~ 999 ~ 1 11 C'est-à-dire que le rapport n'a pas changé et que les porteurs de la première particularité conserveront dans la suite de la Sélection l'avantage qu'elle leur a acquis.