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LA SÉLECTION DES TENDANCES

le possèdent au degré A, sauf 2, un mâle et une femelle qui le possèdent au degré A + s, c'est-à-dire un peu plus accentué. Admettons que ces deux individus s'accouplent ensemble et, pour tout mettre en faveur de Weissmann, que leurs descendants, pendant un nombre immense de générations, s'accouplent toujours entre eux, en sorte que l'individu que nous considérons aujourd'hui aura eu la chance de n'avoir que des ancêtres possédant ce caractère au degré A -f- s. Eh bien, malgré ces conditions exceptionnelles, il n'y a aucune riason pour que ce caractère soit plus accentué chez cet individu que chez ses premiers ancêtres, \yeissmann raisonnecomme si (Ah- s) P fécondé par (A-t-EjcT donnait un produit A -1- 2 £, et celui-ci uni à son pareil, A -|- 4 s. Mais cela est tout à fait inexact. Plus l'individu aura d'ancêtres possédant ce cara,ctère au degré A -f- s, plus ce caractère sera incrusté en lui au degré A -h £ et plus il lui sera difficile de s'en écarter pour assumer le caractère A + 2 Prenons un exemple.

Il s'agira, je suppose, de Mammifères ayant une queue de longueur moyenne, munie de 10 vertèbres. Quelques individus ont, à titre de particularité individuelle héréditaire, une queue un peu plus longue, munie de 11 vertèbres. Admettons qu'à un moment donné, à la suite d'un changement dans les conditions de vie, il devienne avantageux pour l'espèce d'avoir une queue très longue, de 20 vertèbres si l'on veut. A partir de ce moment, les individus à queue de 11 vertèbres seront protégés par la Sélection et auront plus de chances que les autres de s'accoupler et de laisser une postérité. Et bien, s'accoupleraient-ils toujours ensemble pendant des milliers de générations, jamais, de ce fait, la queue n'acquerra 12 vertèbres. Tous les individus auront 11 vertèbres à la queue, mais rien de plus, et, à aucun moment, ni maintenant ni précédemment, une combinaison quelconque de Plasmas ancestraux ne pourra faire naître un individu ayant 12 vertèbres à la queue. Cela ne pourra avoir lieu que si les conditions de vie sont capables de produire cette modification dans la queue et si cette modification acquise est transmissible.

Je vois bien où les partisans de la Ségrégation chercheront les éléments d'une réponse.

Ils invoqueront la Sélection des tendances.

Ils diront que la particularité initiale n'est pas utie vertèbre de plus à la queue, mais une tendance vers une queue plus forte, une nutrition plus active des tissus où se développeront ces vertèbres et que deux tendances mariées entre elles produisent une tendance plus forte ; que

THÉORIES DE l'iiéuédité. 25

THÉORIES PARTICULIÈRES

des tissus mieux nourris chez les deux progéniteurs seront mieux nourris encore chez le produit. Mais tout cela est inexact, c'est une application illégitime de nos procédés intellectuels à la nature. Un animal ne renferme pas d'abstractions. Il est un composé de faits anatomiques. Cette tendance à une nutrition meilleure des tissus de la future queue aune expression anatomicjue positive ; elle se traduira, je suppose, par une artériole qui aura 6/10° de millimètre de diamètre là où elle n'a que 5/10° chez les autres individus. Eh bien, d'avoir eu 1,000 ancêtres ayant quelque part une artériole large de 6/10^ de millimètre ne donne aucun droit à avoir au même point une artériole de 7/10° de millimètre ; cela donne, au contraire, 1000 raisons d'avoir cette artériole de QliO" de millimètre exactement.

Il en sera de même pour les influences nerveuses trophiques ou toute autre cause de ce genre. Toutes, ou auront une expression anatomique précise, ou bien n'existeront que dans notre imagination.

La Sélection des tendances n'existe pas.

En somme, les deux parents immédiats de l'individu considéré sont l'expression réalisée des tendances de tous les ancêtres jusqu'à eux. Nous n'avons donc pas à nous préoccuper de ces ancêtres par rapport au produit. Us sont intégrés déjà dans ses deux parents et le produit sera la moyenne entre les deux parents immédiats. Or, pour reprendre notre formule du début, la moyenne entre À -I- s et A + s est A -l- s.

En somme : La combinaison des particularités individuelles par la Reproduction sexuelle et leur protection par les diff éren tes sortes de Sélections ne sont pas capables^ à elles seules, de produire des effets cumulatifs et de développer les caractères individuels en caractères spécifiques.

z) La Sélection sexuelle. — La Sélection sexuelle n'a pas à être expliquée ici. Chacuna, présents à l'esprit, les faits invoqués parWALLACE et par Darwin a son appui. On l'invoque surtout pour expliquer des caractères sexuels secondaires, le plus souvent ornementaux et sans utilité pour le màle qui le porte. Mais il semble que ce choix des mâles les plus ornés, à leur goût, par lesfemelles, très réel quelquefois, a été fortement exagéré.

Si l'on peut admettre, à la rigueur (je ne l'admets nullement pour mon compte) que, chez les animaux monogames, les Pigeons par exemple, ou les Lions, la femelle choisisse son màle d'après son chant, ses brillantes couleurs ou sa forte crinière, comment croire que le Coq doit sa crête et ses plumes caudales au goût de la Poule qui est toujours ])assivc dans

LA PAXMIXIE.

raccouplement? Et que dire des Poissons, qui ont parfois aussi ces ornements sexuels et chez lesquels la femelle ne connaît pas le màle (jui fécondera ses œufs?

Chez l'Homme, la Sélection naturelle ne peut avoir déterminé l'atrophie du système pileux du corps qui a été évidemment un désavantage au début. Oninvoque alors la Sélection sexuelle. Mais, si le goût des premiers humains a déterminé la disparition des poils du corps et des membres, si la conservation de la barbe peut être attribuée au sens esthétique des femmes des premiers Hommes, est-ce aussi à ce sens esthétique des femmes que l'on attribuera la conservation des poils du pubis et des aisselles chez les deux sexes et ceux de la marge de l'anus chez l'homme seul?

La Sélection sexuelle est donc impuissante à rendre compte des différences sexuelles qui s'expliquent, au contraire, très simplement, comme le fait remarquer Emery (93), par une action directe de la sécrétion interne des glandes génitales sur certains tissus de l'organisme. La preuve en est, que la suppression de ces organes entraîne la non-apparition de ces caractères.

D'après Reichenau (80-81), les caractères sexuels secondaires sont dus au superflu d'énergie vitale du sexe mâle qui a beaucoup moins à dépenser que la femelle pour la propagation de l'espèce. La masse de substance que celle-ci fournit aux œufs ou aux fœtus, les soins à donner aux œufs pour les couver, aux jeunes pour les allaiter, détournent une quantité de sucs nutritifs qui, chez le mâle, peuvent former les crêtes, les longues plumes , les brillantes couleurs, les cornes, etc. C'est plus tard seulement, quand ces organes sont formés, qu'une protection peut les empêcher de déchoir s'ils offrent un avantage qui puisse donner prise à la Sélection naturelle ou à la sexuelle.

î) La Panmixie. — La Panmiocie a été surtout invoquée pour expliquer la régressio2i des organes devenus inutiles.

Il faut bien distinguer à ce sujet deux choses que l'on confond généralement, ce sont la Sélection négative et la Panmixie.

Quand un organe cesse d'être utile, il peut devenir inutile, soit comme partie encombrante, soit par les lésions qu'il peut recevoir, soit simplement parce qu'il détourne à son profit une nourriture qui serait mieux employée ailleurs. Dans ce cas, sa suppression devient un avantage et la Sélection peut intervenir pour le supprimer.

C'est la Sélection négative qui agit alors.

THÉORIES PARTFCULIKRKS.

Mais si les inconvénients qui résultent de sa présence sont trop faibles pour donner prise à une Sélection négative active, on invoque alors la Cessation de sélection ou Panmixie, en affirmant, avec Galton (75) et Weismaxn (86), que la Sélection est nécessaire, non seulement pour former les organes, mais pour les maintenir, et que ceux-ci déchoient dès qu'elle cesse d'agir.

La Sélection négative et la Cessation de sélection sont connues depuis longtemps. Darwin dès 1872, Romanes en 1873 et 1874, Dohrn et Rav- Lankester peu après, les ont fait connaître.

Mais Weismann (86), en imaginant la Panmixie, a montré par quel moyen la Cessation de sélection pouvait agir. D'après Weismann, dès qu'un organe cesse d'être utile, les individus qui naissent avec quelque imperfection héréditaire de cet organe ont autant de chances que les autres de vivre, de trouver à s'accoupler et de laisser une postérité. C'est cette participation de tous les individus à la génération que Weismann appelle Panmixie, l'opposant à la Sélection qui consiste, au contraire, en un choix des individus avantagés pour perpétuer l'espèce. D'après lui, à chaque génération, les individus présentant quelque malformation, atrophie naturelle, ou imperfection quelconque par rapport au niveau moyen, se mêlent aux autres par la génération et abaissent encore ce niveau jusqu'à ce que l'organe s'atrophie ou même disparaisse sans laisser de traces.

Que la Panmixie amène la déchéance d'un organe, cela est évident. Mais il est non moins évident que, par elle, la régression d'un organe ne peut se consommer et aller jusqu'à la disparition, et nous allons montrer que le maximum d'effet de la Panmixie est de réduire l'organe à la moitié ÙQ sa valeur initiale.

Prenons le cas de la Chrysochlore, espèce de Taupe complètement aveugle.

Cette Taupe descend d'une espèce munie d'yeux normaux et cette espèce ayant pris l'habitude de vivre sous terre, son œil s'est atrophié.

Représentons par les coefficients 0, 1, 2, ... 10 les différents degrés d'acuité visuelle, 10 étant le degré normal chez ses sortes d'animaux.

D'après Weismann, cet ancêtre de la Chrysochlore avait une acuité visuelle égale à 10 et la Sélection la maintenait à ce niveau normal, mais la Sélection cessant d'intervenir, tous les degrés d'acuité inférieurs ont persisté et abaissé progressivement le degré moyen jusqu'à 0.

Remarquons d'abord que, chez l'ancêtre de cette Taupe, comme chez

LA PANMIXIE.

tous les Mammifères vivant à la lumière, l'acuité visuelle devait varier dans des limites assez restreintes. Elle était chez la plupart des individus égale à 10, chez quelques-uns elle atteignait 11, chez quelques autres elle ne dépassait pas 9; mais chez aucun elle ne descendait, normalement, à 3, 4 ou 5.

De pareils degrés d'acuité visuelle ne peuvent résulter que de maladies acquises et par conséquent non transmissibles d'après Weismann. Donc les degrés d'acuité transmissibles seront 9, 10 et 11. Négligeons ce dernier. La Panmixie entre les individus restants ne pourra donner que l'acuité intermédiaire, c'est-à-dire 9 1/2. Admettons même que bon nombre d'individus à acuité égale à 9 se rencontrent et s'accouplent. Leur produit aura encore une acuité égale à 9. Une acuité de 8 1/2 par exemple ne peut se rencontrer] à titre de caractère transmissible, car elle ne pourrait provenir que de l'union de deux acuités dont l'une au moins serait inférieur à 9, ce qui est contraire à l'hypothèse.

La faute de Weismann est de croire, ici comme dans le cas de la formation des espèces par reproduction sexuelle (V. p. 384 et suiv.) à une totalisation d'efléls tout à fait étrangère à la nature du phénomène. Plus un individu aura d'ancêtres à acuité visuelle égale à 9, plus il lui sera difficile d'avoir une acuité inférieure à ce chiffre,! car ^^'^ ancêtres ne lui ont pas transmis des tendances à la cécité qui aient pu s'ajouter les uns aux autres, mais un œil, avec une conformation détînie qui avait pour résultat une acuité visuelle faible peut-être, mais précise, et il n'y a aucune raison pour que cette conformation s'altère en se transmettant ou produise des effets autres que ceux qu'elle a toujours produits.

Mais admettons même que des acuités visuelles plus faibles, d'origine nouvelle mais innées, provenant d'altérations accidentelles du Germen chez quelques individus, transmissibles en un mot, puissent se rencontrer. Nous trouverons dans les Chrysochlores des acuités visuelles de toute sorte, depuis 10 jusqu'à 0. Pour que la cécité s'établisse dans un groupe d'individus, il faudrait que les aveugles se reproduisissent toujours entre eux, ce qui est l'opposé de la panmixie. Celle-ci veut que les unions sexuelles soient indépendantes de l'acuité visuelle. Dès lors, ces individus aveugles, en s'accouplant avec les individus d'acuité visuelle supérieure, donneront des produits ayant les acuités visuelles intermédiaires; les individus d'acuité visuelle égale à 1, 2, 3... 10 donneront aussi, par la Panmixie,

THÉORIES PARTICILIÈRES.

les acuités intermédiaires ainsi que le montre le tableau ci-dessous :

-^-0, -^=2' — =1. . . ^— = 5. Moyenne = -

La moyenne Générale sera — : -, = 5,

ce qui d'ailleurs était évident à priori. Tous ces individus à acuité visuelle fractionnaire s'uniront encore avec les premiers et entre eux et

11 n'est pas utile de démontrer que la moyenne restera toujours 5. On aura donc, après le règne de la Panmixie, une espèce où tous les degrés possibles d'acuité visuelle entre 0 et 10, y compris les expressions fractionnaires, seront représentés et dont l'acuité uioyenne sera 5.

Encore faut-il supposer, pour cela, que le nombre des individus affectés de vues mauvaises est, au début, égala celui des individus à vue normale ou presque normale, ce qui est évidemment inadmissible et relève la moyenne d'autant.

Admettons que ce nombre faible de vues imparfaites héritées et transmissibles, s'accroisse par le fait que les conditions ambiantes créeront, do temps en temps, par action directe sur les germes, des individus à vue imparfaite, transmissible bien que non héritée. Cela abaissera quelque peu la moyenne, mais jamais ne pourra produire, je ne dis pas la cécité de toute l'espèce, ce qui est mathématiquement impossible, mais même une dépression sensible de la moyenne. Car les mêmes hasards qui abaissent l'acuité de quelques individus relèvent celle de quelques autres, et les hasards sont les mêmes des deux côtés.

Pour que le nombre des acuités plus faibles que la moyenne de celle des deux parents l'emportât sur le nombre des acuités plus fortes que cette moyenne, il faudrait une influence constante et déterminée. Dès lors, ce n'est plus de la Panmixie mais de l'action directe ou indirecte des milieux.

En résumé, la Panmixie est incapable de conduire à l'atrophie totale, car elle tend seulement à fondre toutes les différences individuelles dans

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