LE VRAI RÔLE UE LA SÉLECTIOX
un même état intermédiaire qui est la moyenne arithmétique entre ces différences ^
La Régression ne s'explique d'ailleurs g uère mieux par la Sélection négative que par la Panmixie. Spencer a démontré cela pour les yeux des animaux aveugies et pour le fémur de la Baleine (v. p. 377) et nous pouvons ajouter que chez les parasites, surtout les endoparasites, qui ont toujours excès de nourriture, l'avantage de la réduction des organes inutiles est à peu près nul, et cependant c'est chez eux que cette réduction atteint son plus haut degré.
II ne manque pas d'autres facteurs accessoires invoqués pour venir en aide à la Sélection.
Ainsi Semper (80) attrihue à la Pœdogihihe la formation de l'Axolotl et des autres formes d'apparence larvaire.
Hurrecht (82), comparant les lignées formées par la série des derniers nés et par celle des premiers nés de chaque couple, fait remarquer que la succession des générations est beaucoup plus rapide dans la dernière. Dans celle-ci, la variation et la formation des espèces doit donc être beaucoup plus rapide que dans celle-là. C'est d'elle que proviennent sans doute les formes dont la paléontologie nous montre l'évolution rapide, tandis que l'autre contient les formes qui sont l'estées stagnantes ou qui ont évolué très lentement.
Mais ce sont là de tous petits côtés de la question. Ils ne sauraient modifier la conclusion générale et nous pouvons les négliger.
ç) Le vrai rôle de la séleetion. — La conclusion de cette critique est que la Sélection est impuissante à former les espèces. Son rôle cepen-
^ Et encore cela est-il exagéré car EiMER (88) fait remarquer avec raison que la panmixie, absolue entre les chiens de Constantinople, n'a pas uniformisé leurs robes.
WoLFF (90) refuse toute action à la panmixie par un raisonnement qui a quelque analogie avec le mien, mais qui n'est pas exact. Appelant zb dx la variation minima, il suppose que les -|- dx ou variations dans le sens de supériorité sont égales en nombre et en force aux — dx ou variations dans le sens de l'infériorité et écrit :
f X -i- {x-hdx) -+■ [x -^'idx)... -H + ndx)'\ 1 V-I-X + [x — dx] -+- {x — -îdxj... -h{x — ndx))n^
Le résultat mathématique est évident, mais ré((uation est mal posée, caries -\- dx ne sont pas dans la réalité égaux aux — dx comme il l'écrit. Si les degrés d'acuité visuelle sont au nombre de 10, on peut trouver, dans une race, de nombreux individus à acuité égale à 0, 1, 2, 3. ..mais l'on ne trouve jamais d'individus doués d'une acuité double, triple, quintuple, décuple, de la normale. Par conséquent, les -\- dx ne sont pas égaux aux — dx.
THÉORIES PARTICULIÈRES
dant n'est pas nul. Mais il se borne à supprimer les variations radicalement mauvaises et à maintenir l'espèce dans son caractère normal. Loin d'être un instrument d'évolution pour les espèces, elle garantit leur fixité.
C'est Pfeefer (94) qui a le mieux compris le vrai rôle de la Sélection dans les rapports des espèces entre elles et avec la nature. Aussi croyonsnous utile d'exposer ici les idées de cet auteur.
Laissons-lui la parole.
Théorie de Pfeff'er. — Les espèces ne sont pas, comme le veut Darwin, en état de variation incessante. Chacune est dans un état d'équilibre stable et, tant que les conditions ambiantes ne varient pas, elle ne se modifie ni dans le nombre ni dans la qualité de ses représentants.
Le nombre et les caractères des individus qui la composent sont la résultante d'une multitude presque infinie d'influences exercées sur elle par les conditions de vie qui lui sont faites. Au premier rang de ces influences, est la concurrence des espèces qui la poursuivent ou qu'elle poursuit comme proie, de celles qui sont ses hôtes ou ses parasites. Au premier rang aussi, sont les grandes conditions climatériques. Mais à côté de cela, il y a une foule d'actions indirectes, d influences détournées exercées par des êtres vivants ou des conditions impersonnelles, en apparence sans relation avec elle. A tel point qu'il n'est peut-être pas une des premières ni une des dernières qui n'ait sur elle quelque action, aussi faible et détournée que l'on voudra, mais i-éelle cependant.
Chaque partie dépend de toutes les autres et réagit sur elles toutes. Il résulte de cela que chaque espèce a, dans la nature, une place déterminée comme étendue et, si l'on peut employer cette image, comme forme, à laquelle elle est forcée de s'adapter. Le nombre et les caractères de ses i-eprésentants sont déterminés par l'espace que la concurrence lui permet d'occuper et par la forme de cette concurrence. La Sélection naturelle et la Concurrence vitale n'ont point pour effet de la modifier, mais, au contraire, de maintenir fixes le nombre et les caractères de ses représcntanls.
Darwin a, en effet, méconnu l'influence de la concurrence vitale. Il a parlé comme si tous les produits engendrés entraient en lutte effective entre eux et avec leurs concurrents. Or il n'en est pas ainsi. La presque totalité de l'excédent des naissances est supprimé avant que l'être soit arrivé à son complet développement. La concurrence efface sans distinction et sans triage une énorme quantité de jeunes et ne laisse arriver à l'état de complet développement que, à peu près, le nombre qui doit rester, en sorte