‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 157 sur 251 · L PARTICULES UNIVERSELLES INDESTRUCTIBLES · texte numérisé non relu

L PARTICULES UNIVERSELLES INDESTRUCTIBLES

Si l'on met à part les vagues systèmes conçus par les anciens, l'idée de considérer ces particules commme indestructibles et répandues partout est une des plus anciennes en date. C'est Buffon qui, le premier, a établi un système complet fondé sur cette conception.

BUFFON (17'^9-180'^) Sysièmo fies Alolcciiles organiques.

Exposé.

La substance dont sont composés les êtres organisés diffère essentiellement de celle qui constitue les corps inorganiques; elle est formée de particules spéciales, les Molécules organiques. Ces 3Iolécules sont universelles et indestructibles : universelles en ce qu'elles existent partout où la vie a accès, indestructibles en ce que la mort et la dissolution qui la suit détruisent les organismes, défont les associations

THÉORIE DE BUFFON

moléculaires qui les constituent, mais n'atteignent pas les Molécules ellesmêmes. Celles-ci sont seulement séparées, mises en liberté, et restent aptes à entrer dans des groupements nouveaux. D'ailleurs, si elles ne peuvent être détruites, elles n'augmentent pas de nombre. Il ne s'en forme point de nouvelles, ni spontanément, ni par le moyen des anciennes, en sorte que, mesurée par elles, la quantité de vie totale de l'univers est invariable'.

Les Molécules organiques permettent de comprendre les phénomènes de l'Accroissement et de la Reproduction.

Prenons un animal, un être humain si l'on veut, à son enfance. Le moule de ses organes est dessiné et ceux-ci n'ont qu'à s'accroître pour faire de l'enfant un adulte en état de se reproduire. Les substances animales et végétales dont il se nourrit sont composées de Molécules organiques. Le travail de la digestion sépare d'abord de ces Molécules les substances étrangères les plus grossières qui sont rejetées par la défécation. Les autres pénètrent dans le sang où une nouvelle épuration élimine, par la sueur, les urines, etc., les particules étrangères les plus ténues et laisse les Molécules organiques libres dans le sang. Ce liquide, en parcourant l'organisme, les présente sans cesse à tous les organes et ceux-ci, les admettent dans leur intérieur et s'accroissent par ce moyen. Ce n'est pas d'ailleurs en bloc ni par simple apposition qu'ils s'accroissent, mais dans leurs parties les plus minimes et par admission de Molécules nouvelles au milieu même de celles déjà présentes.

Mais il arrive un moment oîi, l'être approchant de la limite de taille propre à son espèce, les organes n'acceptent plus aussi avidement toutes les Molécules qui leur sont présentées. Celles qui sont refusées ou qui admises dans les organes en ressortent et sont mises de nouveau en liberté ; toutes ces Molécules superflues s'accumulent dans les glandes génitales et dans leurs réservoirs : l'enfant est devenu adulte et apte à la reproduction \

^ [Buffonne dit pas si ses Molécules sont toutes identiques entre elles ou si elles présentent des différences. En tout cas, elles ne sont pas d'espèces aussi nombreuses que les organes qu'elles forment et les caractères de ceux-ci dépendent avant tout de leur association. Ainsi définies, les Molécules organiques correspondent aux molécules des substances organiques de nos chimistes modernes, qui

peuvent être d'espèces très variées, mais qui cependant engendrent la variété de composition des tissus beaucoup plus par la multiplicité de leurs combinaisons que par celle de leur essence individuelle.

Mais nous verrons que plus loin l'auteur modifie passablement cette conception simple.

' Dans le sexe màle,la substance fécondante ainsi formée est bien connue : c'est

LKS THÉORIES GÉNÉRALES.

Les animalcules de la semence du môle ne jouent aucun rôle dans la génération. Seules, les Molécules organiques répandues dans la partie liquide de la semence sont actives, et tout au plus pourrait-on admettre que ces petits Vers représentent quelque degré inférieur d'association de ces Molécules, comme il s'en forme dans les générations spontanées. En tout cas, ils sont incapalîles d'évolution et ce n'est pas eux qui prennent part à la formation de l'embryon.

Mais chez la femme, où est la liqueur séminale? On ne trouve point chez elle de liqueur prolifique aussi manifeste que chez l'homme et l'anatomiste Graaf a cru découvrir chez les femelles des animaux vivipares, des œufs comparables, sauf la taille, à ceux des Oiseaux. Il donne même le nom d'ovaires aux glandes testicules de la femme et des femelles vivipares. Mais l'expérience m'a montré que les vésicules observées par M. Graaf, et qui sont, en effet, très visibles, ne sont point des œufs; elles contiennent un liquide dans lequel le microscope montre des particules en mouvement très semblables à celles du sperme ^ Ce liquide est, en effet, le sperme de la femme, c'est sa liqueur prolifique, formée comme chez l'homme, s'accumulant dans ses testicules, suintant dans la matrice par ses cornes ou même par ses parois spongieuses qui en sont sans cesse imbibées.

Les Molécules organiques des liqueurs séminales de l'homme ou de la femme, séparées et encore contenues dans leurs réservoirs respectifs, ne peuvent se réunir et former un fœtus. Elles sont, en effet, toujours en mouvement, sans cesse troul)lées par l'arrivée des gouttelettes de liqueur nouvellement formées, et par le départ d'anciennes sans cesse repoussées par la circulation-. Par exception, il peut anùver que quelques molécules se groupent et forment ces Kystes où l'on a trouvé des poils, des dents, etc., et que l'on a rencontrés parfois dans le ventre de filles pucelles^

le sperme. Leuwenhcek ayant découvert dans le sperme de petits animalcules vermiformes doués d'une grande agilité, a voulu démontrer que ces petits Vers étaient les germes vivants aptes à se développer en nouveaux individus et n'ayant besoin pour cela que de la matière nutritive qu'ils trouvent dans la matrice de la femelle. Mais c'est là une opinion erronée, car elle ne permet pas de comprendre la ressemblance des enfants avec leur mère, ni celle du Mulet avec la Jument.

' [La description de ce qu'il a observé chez une chienne en chaleur sacrifiée sans avoir été fécondée montre qu'il a bien vu, en effet, des follicules de Graaf, prêts à se rompre. Mais comme à Graaf le vrai œuf lui a échappé.]

^ [Cette explication est un peu faible, car il y a également dans la matrice une circulation de sucs pompés et repompés. Érasmk Darwin (10) le fait bien remarquer en discutant cette théorie.]

^ [Buffon confond là deux choses fort

THÉORIE DE BUFFON

ou même dans le scrotum de quelques hommes. Mais ce sont des cas très exceptionnels et qui peuvent aussi s'expliquer d'autre façon.

Au contraire, après le coït, les deux liqueurs séminales se trouvent réunies dans la matrice de la femme. Elles se mélangent, et les mouvements des Molécules de la liqueur mâle contrarient et arrêtent ceux des Molécules de la liqueur femelle, et réciproquement sont arrêtés par eux. Il en résulte un état de repos qui permet à ces Molécules de se grouper suivant leurs affinités pour former l'embryon'.

Formation de l'embryon. Son sexe. — On remarquera d'abord que, dans la liqueur mélangée, toutes les parties du corps sont représentées en double, la tête par les Molécules fournies par la tête de la mère et par celles issues de la tête du père, de même pour le corps, les membres, les viscères. Seules les parties dépendant du sexe sont différentes et ne peuvent se combiner. Il s'établit entre elles une sorte de lutte ; les plus abondantes l'emportent et forment les organes sexuels de l'embryon. Ainsi le sexe du produit dépend de la quantité de Molécules organiques sexuelles fournies par le père et par la mère. Celui des deux qui en a fourni le plus donne son sexe à l'enfant. Celte première ébauche des organes sexuels sert de base et en quelque sorte de point d'appui aux formations qui vont suivre. Les Molécules organiques se déposent autour d'elle dans l'ordre qui convient. Celles qui viennent du cou se placent naturellement entre celles de la tête et celles de la poitrine ; il serait singulier, en effet, qu'elles fussent attirées vers les jambes ou sur le dos. La même affinité qui, lorsqu'elles circulaient librement, les a fait entrer dans les tissus du cou et non dans ceux du dos ou de la jambe, les

différentes, les Kystes dermoïdes et des monstres très rudimentaires, appartenant à la catégorie des anidiens. Ces derniers ne se montrent, quoi qu'il en dise, que chez des filles non pucelles.]

' Cette nécessité pour les liqueurs séminales de se rencontrer en un lieu où elles puissent entrer en repos pour obéir à leurs forces organisatrices, permet de comprendre la fonction de l'œuf des ovipares. L'œuf n'est point, comme on l'a dit, un corps organisé contenant le rudiment du jeune qui n'a qu'à se développer. C'est simplement un lieu de repos, bien fourni en aliments, où doivent se rencon-

trer les liqueurs séminales des deux sexes pour y former l'embryon. 11 est destiné à remplacer la matrice absente chez les ovipares. C'est, à proprement parler, une matrice temporaire qui se sépare de l'organisme maternel, et qui n"a, comme la matrice, à fournir aux liqueurs séminales des deux sexes, qu'un lieu pour se joindre et pour entrer en repos, et des aliments pour l'accroissement de l'embryon.

[Le faux point de départ de Buffon étant admis , on ne peut s'empêcher d'admirer l'ingéniosité de cette explication.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

dirige encore vers la place qui leur convient. Ainsi se forme l'embryon avec tous les rudiments de ses organes dans leurs rapports naturels.

La ressemblance héréditaire. — Mais chaque organe ou partie quelconque de l'embryon peut être formé par les Molécules venant du père ou par celles venant de la mère : elle ne peut l'être par les deux à la fois. Celles qui prendront part à leur formation détermineront leur ressemblance avec l'organe ou la partie similaire du parent qui les a fournies. Ainsi s'explique que l'enfant puisse avoir les yeux de son père et le front de sa mère, bien qu'il soit du sexe de l'un des deux seulement.

Mais que deviendront les Molécules non utilisées pour former le corps et celles des organes du sexe que l'enfant ne recevra pas. Il semble qu'elles devraient former un second enfant à côté du premier et de sexe opposé. Il y a, en effet, les éléments nécessaires pour cela, mais il y manque un centre de formation et un jeu libre des forces organisatrices. Toutes ces Molécules, rejetées hors de la sphère de formation de l'embryon , sont désorientées ; elles ne peuvent se réunir et s'assembler entre elles et, entraînées par les forces organisatrices plus puissantes émanant de l'embryon, elles se disposent autour de lui et forment ses membranes et ses annexes, l'amnios, le cordon et le placenta'.

Monstres. — Parfois, cependant, il arrive que quelques-unes s'assemblent en organes plus ou moins étendus et, se joignant à l'embryon central, en font un monstre par excès, de même que certaines des Molécules qui auraient dû contribuer à sa formation peuvent se trouver détournées et rejetées avec les Molécules inutilisées dans la zone extérieure à l'embryon. Celui-ci devient alors un monstre par défaut.

Génération spontanée. ■ — Nous avons vu cjue la mort désagrège les Molécules organiques sans les altérer. Que deviennent-elles lorsqu'elles ont été mises en liberté, puisque individuellement elles sont indestructibles? Faute de trouver un organisme tout formé qui les attire, les incorpore à titre d'aliments et leur serve de moule pour les façonner en organes, faute de se trouver assemblées dans les conditions décrites plus haut qui leur permettraient de s'agencer en un organisme compli-

* [La faiblesse de cette explication saute aux yeux. Les molécules de la tête forment la tête, celles du cou forment le cou, en vertu d'une spécificité qui les rend aptes à former ces organes et qui est due à ce qu'elles proviennent des parties similai-

res des parents. Comment dès lors par le seul fait qu'elles sont dérangées, troublées, empêchées de satisfaire leurs affinités normales, arrivent-elles à former des organes différents, adaptés à une fonction précise'?]

THÉORIE DE BUFFON

qué, elles se groupent en associations plus élémentaire et engendrent ces innomblables êtres inférieurs que l'on voit apparaître spontanément dans les subtances en putréfaction, les liquides organiques qui macèrent, les infusions de subtances végétales ou animales'.

Origine des espèces et des variétés. — Quant aux espèces nobles des êtres supérieurs, elles ont été formées par la main du Créateur. Elles sont immuables dans leur essence, mais l'influence prolongée du climat, de l'alimentation, du mode de vie et des autres conditions de cet ordi^e peuvent apporter en elles des changements d'une certaine importance. C'est ainsi que le soleil de l'Afrique a fait les Nègres, et que le Chameau doit les callosités de ses genoux à l'habitude de s'agenouiller quand il se repose et les bosses de son dos aux fardeaux dont l'homme le charge depuis de longues générations

La domestication par un changement des mœurs naturelles produit une dégénérescence des caractères normaux qui se traduit par une grande variété dans les couleurs des plumes ou du pelage et dans beaucoup d'autres caractères secondaires.

Critique.

11 n'y a pas à s'arrêter à la discussion des opinions qui reposent sur l'ignorance des faits que la science n'a connus que plus tard. Mais on peut faire à la théorie une grave objection que n'ont soupçonnée ni l'auteur, ni ceux, comme Érasme Darwin, qui ont discuté ses opinions à une époque ultérieure.

Buffon donne, en commençant, ses Molécules organiques comme des particules vivantes, appartenant peut-être à de nombreuses espèces différentes, mais en tout cas, n'ayant pas une spéeifîté rigoureuse de même ordre que celle des organes qu'elles con.stituent. Ainsi les Molécules du foie, des muscles, des nerfs, ne sauraient préexister comme telles dans

' [Les Infusoires, Rotateurs, Anguillules et même les Ténias, Ascarides, etc. comptent parmi les êtres que Buiïbn croit nés spontanément sans parents semblables à eux.]

[Malgré l'absurdité de ce dernier exemple, il n'y en a pas moins là une idée remarquable qui contient en germe le

THÉOIUES DE l'uÉRÉDITÉ.

Lamarkisme. Les caractères qu'il cite sont de valeur spécifique. Le Nègre est une espèce du genre Homo, le Chameau sans ses bosses et ses callosités appartiendrait à une espèce dift'é rente. Si Buffon eut compris cela et étendu cette notion féconde à la formation des espèces, il eut été Lamark].

LES THÉORIES GÉNÉRALES

le foin dont l'Herbivore fait sa nourriture. Cependant, quand il parle ensuite de la génération, il leur attribue une sorte de spécificité de ce g-enre, car il dit que, dans la liqueur séminale mixte résultant du coït, elles se g-rouperont d'après des affinités commandées par la nature de l'org-ane dont elles sont issues. Celles provenant du foie se rangeront à la place où sera le foie, celles provenant du cerveau à la place où elles devront former le cerveau.

Où ont-elles pris cette spécificité? De quelle nature est la force intérieure qui dirige leurs mouvements et règ-le leurs arrangements?

Ce ne peut être une force inhérente à elles et liée par exemple à leur nature chimique puisque, après la mort, ces molécules perdront cette spécificité et, après avoir formé un foie ou un cerveau, formeront un anneau de Ténia, ou une feuille d'arbre. Ce ne peut être qu'une spécificité temporaire, superficielle, acquise dans l'organisme. Une molécule qui faisait partie d'un brin d'herbe, en devenant partie intégrante du foie de l'Herbivore devient dans cet organe, molécule spécifique du foie. Mais quelle est la nature de cette spécificité? A quoi est-elle liée? Nous savons aujourd'hui, et Biiffon aurait pu le comprendre, qu'elle ne pouvait être liée qu'à la constitution physico-chimique de la molécule. Or il ne dit rien de la modification constitutionnelle qu'elle subit en acquérant cette spécificité, et ne parait même pas soupçonner qu'il doit y en avoir une.

11 y a là un point faible, une lacune grave, qui ôte à la théorie, même en admettant sa base hypothétique, une grande partie de sa valeur. D'ailleurs nous verrons que des théories plus modernes n'échappent pas à cette difficulté ^ .

^ Il est curieux de remarquer que tout ce que dit Buffon de ses Molécules organiques est vrai des molécules chimiques ou du moins des atomes. Comme elles, les atomes des chimistes sont universels, indestructil)les, comme elles, ils font partie successivement du minéral , de hi plante, de l'animal, formant tous les êtres par leurs combinaisons diverses. Mais ils n'ont pas d'affinités complexes; leurs propriétés sont simples, et ne deviennent compliquées que dans les agrégats formés par leur union. Les propriétés vitales, les plus compli(iuées de toutes ap-

partiennent à certains de ces agrégats.

Mais ces agrégats vivants sont très instables, en raison même de leur complexité; ils se désagrègent facilement et perdent en se désagrégeant leurs propriétés vitales. Admettre qu'ils ont à la fois l'universalité et Tindestructibilité des atomes, la haute spécifité des éléments constitutifs des organes des êtres vivants, et le pouvoir de changer cette spécificité selon le lieu et les conditions do voisinage, sans perdre leur personnalité, c'est leur attribuer des propriétés inconciliables.

TIIKORIE DE BÉCHAMP.

BÉCHAMP (1883) Théorie fies Blic'rozymaw.

[Cette théorie de Bullbii, si ingénieuse et si fort en progrès sur les idées d'Emboîtement des germes qui avaient cours à cette époque, a provoqué et provoque encore une juste admiration. Mais si, au lieu d'être du siècle dernier elle appartenait à ces dernières années, si quelqu'un venait nous dire aujourd'hui que les spermatozoïdes sont des produits de génération spontanée et ne servent à rien dans la fécondation , que les annexes du fœtus sont les représentants d'un frère jumeau développé d'une façon aberrante, on passerait outre en haussant les épaules.

[C'est Un peu ce qui est arrivé pour la théorie de Béchamp, théorie fort ingénieuse aussi d'ailleurs et qui n'a que le tort d'aller à l'encontre des faits les mieux démontrés.]

Exposé de la théorie.

Tous les corps organisés sont formés par des associations de particules élémentaires vivantes, les Microzijmas.

Les Microzpnas sont d'une extrême petitesse; ils mesurent, en général, une fraction de j^, et atteignent au plus 1 Normalement, ils sont sphériques, mais ils peuvent, dans leur évolution, assumer temporairement d'autres formes, comme nous le verrons plus loin. Tous les Microzymas de l'univers sont morphologiquement semblables. Ils sont formés tous de substance organique, c'est-à-dire carbonée, et peuvent présenter des différences de constitution chimique'. Dans l'organisme, ils ont une spécifité plus ou moins marquée. Mais cette spécifité n'est pas liée à eux d'une manière invariable ; elle est temporaire , se développe en eux dans des conditions données, et s'efïace quand ces conditions changent, pour être remplacée par quelque autre dans des conditions nouvelles.

Les Microzymas sont vivants, ils sont même la seule partie vivante des organismes. Ceux-ci par eux-mêmes ne sont pas vivants et, n'étant pas vivants, ils ne meurent pas. Ce qu'on appelle la mort n'est que la désagrégation d'une association temporaire de Microzymas. L'organisme cesse de manifester les propriétés vitales en tant qu'ensemble, mais

^ [Sur ces différences, leur valeur, leur seiiioement. C'était cependant un point généralité, l'auteur ne donne aucun ren- de première importance.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

ses Microzymas restent vivants ; ils se séparent seulement et deviennent libres, prêts à entrer dans des associations nouvelles.

En eux-mêmes, les Microzymas sont éternels. Ils ont été créés à l'origine par Dieu et ils persisteront jusqu'à la fm des siècles, échappant par leur petitesse aux causes ordinaires de destruction.

Avant d'entrer dans des associations nouvelles, et à l'état libre et isolé, ils peuplent par myriades innombrables l'air, la terre, les eaux. Tous ces Microzymas libres, sont ceux qui, depuis l'origine de la vie, ayant appartenu à des corps organisés, se sont séparés après leur mort et n'ont pas trouvé l'occasion d'entrer dans des combinaisons nouvelles.

Une des principales propriétés des Microzymas est celle qu'ils ont de sécréter en eux des zijmases , c'est-à-dire des ferments solubles qui, se répandant dans les liquides, provoquent la fermentation de ces liquides. Ils produisent aussi des actions chimiques comparables à la fermentation mais qui sont en réalité des phénomènes de désassimilation donnant naissance à diverses substances (alcool, acides acétique, lactique, butyrique, etc.).

Mais la propriété principale des Microzymas est leur tendance à s'associer pour former des organismes d'ordre supérieur.

Le premier terme de cette évolution est la substance organisée amorphe. Telle est la glairitie qui se forme dans certaines eaux minérales, ou la mère du vinaigre qui se produit dans la fermentation acétique du vin'.

Le second terme est la Bactérie. Dans des conditions données, les Microzymas se mettent à bourgeonner - et forment des petites colonies en chapelet de quelques grains seulement, puis ces grains se fusionnent en un petit corps allongé et la Bactérie est constituée. Quand la Bactérie meurt, elle se dissocie en ses Microzymas constituants''.

' Cette dernière n'est nullement, comme on l'a dit, un assemblage de Mycoderma aceti : c'est une colonie amorphe de Microzymas dans laquelle ceux-ci gardent individuellement leur forme sphérique normale et ne forment pas des groupements de figure déterminée régulière.

[L'auteur confond ici les micro-organismes avec leurs produits de sécrétion solides dont l'existence est très réelle, par exemple la substance gélatineuse des colonies zoogléennes.]

^ [Si les Microzymas peuvent bourgeonner, ils augmentent donc de nombre, et

comme ils sont indestructibles, ils finiront par envahir l'univers. Et cela ne sera pas long, vu l'effroyable quantité de Bactéries qui se forment sans cesse k chaque instant.]

Pasteur s'est donné une peine inouïe pour montrer qu'il ne pouvait se former de Bactéries aux dépens de la matière organique si l'on écartait leurs germes. Or, mes expériences montrent (lu'olles se forment malgré la stérilisation la plus parfaite de tous les vases, non pas spontanément, c'est-à-dire de rien ou aux dépens de substances non vivan-

THÉORIE DE BÉCHAMP.

Enfin le dernier terme est la cellule. Dans des conditions convenables, les corpuscules se rapprochent, se tassent, sécrètent autour d'eux une membrane et la cellule est constituée. Le omnk cellula e cellula de Virchow est faux. Très souvent, en effet, les cellules se reproduisent par elles-mêmes, mais ce mode de formation n'est pas le seul. Tous les exemples fournis par Robin, de formation de cellules ou de noyaux dans un blastème, celui d'Onimus qui a prouvé la formation de Leucocytes dans la sérosité*, s'expliquent par la théorie des Microzymas.

La cellule étant expliquée, tout ce qui concerne la formation des organismes et leur fonctionnement est expliqué aussi. Notons seulement que les Microzymas acquièrent des propriétés particulières selon les points de l'organisme où ils se rencontrent. Ceux du foie, du cerveau et des reins ne sont pas primitivement spécifiques : ce sont des Microzymas quelconques qui ont pu faire autrefois partie de la peau d'un Mollusque ou de la feuille d'une plante. Mais, par une adaptation rapide au milieu, ils acquièrent une spécificité temporaire très accentuée, qui permet aux cellules qu'ils forment de jouer dans l'organisme les rôles les plus variés. Après la mort, ils gardent pour un certain temps quelque chose de cette spécificité, car les Bactéries qui se formeront dans une infusion du foie ne seront pas les mêmes que celles d'une infusion de tissu nerveux. Or ces Bactéries ne sont autre chose que les Microzymas de ces organes, mis en liberté, puis développés en organismes nouveaux d'ordre inférieur.

Les cellules sexuelles sont aussi formées de Microzymas.

Enfin les Microzymas peuvent subir des modifications temporaires qui se traduisent par des maladies dans l'organisme dont ils font partie. Ce n'est pas l'organisme qui est malade ou du moins qui est altéré, c'est le Microzyma et s'est seulement, par le retour de celui-ci à sa constitution normale, que celui-là peut revenir à la santé*.

Critique.

Même en passant sur les affirmations erronées que le lecteur au courant des principales découvertes de la Bactériologie, a remarquées de lui-même,

tes, mais par évolution des Microzymas.

' [Les exemples de Robin sont bien connus. Voici celui d'Onimus :

[Un sac entièrement clos, formé d'une membrane animale et inséré sous la peau d'un animal , se remplit de sérosité dans

laquelle apparaissent bientôt des Leucocytes. On sait ce qu'il reste des idées de Robin sur ce chapitre. Le cas d'Onimus s'explique tout simplement par la diapédèse.] ' [Ici prennent place des considérations thérapeutiques étrangères à notre sujet.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

on peut objecter qvie cette théorie ne donne point les explications qu'on serait en droit d'attendre d'elle. Elle ne nous fait comprendre ni la transmission des caractères des parents à l'enfant, ni la spécificité cellulaire. Cette adaptation rapide des Microzymas au milieu, qui les fait éléments, ici d'une feuille, là de la peau d'un Mollusque, ailleurs du foie, du cerveau ou du rein d'un Mammifère, est du domaine du merveilleux. On ne voit nulle part les causes de cette différenciation rapide ; et, partant de l'œuf fécondé, rien n'explique pourquoi les Microzymas formeront des choses si différents en des points si rapprochés. On écrirait des pages et des pages sans épuiser la série des objections et observations que suscite la théorie. Ce serait aussi fastidieux qu'inutile.

Mais comment Béchamp a-t-ilpu être amené à soutenir une théorie si fort en contradiction avec les faits déjà démontrés au moment où il écrivait?

Son cas est bien simple.

11 a vu, comme tout le monde, les granulations browniennes ou autres qui pullulent partout où il y a des substances organiques; et des expériences mal faites lui ont laissé croire que les Bactéries pouvaient se développer de ces granulations. De là il a passé aux cellules par la fausse route des blastèmes de Bobin, et ces deux erreurs, jointes à un esprit de système fortement développé, l'ont conduit à la théorie qu'on vient délire'.

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