THÉORIE DE BERTHOLD
des granules et par suite autre chose qu'une émulsion, mais cela n'empêcherait pas la théorie de s'appliquer à la partie amorphe de cette substance. Pour cette partie, on a le droit d'objecter àBerthold qu'il n"a pas démontré sa nature émulsive, mais il a le droit à son tour de l'admettre provisoirement et de voir si cette hypothèse lui permet d'expliquer les faits biologiques. Or, en dehors de la structure cellulaire, il ne semble y être arrivé que trèsincomplètenient. On a vu ailleurs (v. p. 306, 307) les objections que soulève sa théorie des mouvements protoplasmiqnes, nous n'avons à examiner ici que ses explications de l'Hérédité et de l'Adaptation. Or elles sont évidemment trèsincomplètes. Que l'évolution de l'œuf dépende pour une forte part de sa composition chimique , cela est très certain ; que l'identité de composition chimique entre l'œuf actuel et celui de la génération précédente, soit une des principales raisons pour laquelle le premier se développe en un organisme semblable aux parents qui l'ont engendré, cela n'est pas douteux. Mais la question n'est pas là. Toutes les cellules n'ont pas la même composition chimique. Après la division de l'œuf et de l'embryon, on n'en trouverait peut-être pas une qui, chimiquement, soit identique à l'œuf. Comment donc cette identité se retrouvet-elle plus tard dans l'œuf de la génération suivante?
Berthold admet, en outre, qu'il y a dans l'œuf un autre élément aussi important que la constitution chimique , c'est l'arrangement historique de ses molécules. Quel est cet arrangement, comment influe-t-il sur les caractères, comment, s'il se perd, comme il est possible, dans la formation de l'embryon^ se retrouve-t-il ensuite dans les cellules germinales? Comment dans la génération sexuelle se combinent les compositions chimiques et les arrangements moléculaires des éléments mâle et femelle, et comment les caractères du produit en résultent-ils? La théorie est muette sur tous ces points. Et il semble évident que la structure émulsive du protoplasma n'aide pas plus que toute autre à les comprendre. C'est donc aller un peu loin que demander d'admettre pour le protoplasma une structure qu'on ne montre point lorsqu'on n'explique par elle que la configuration de la cellule et, plus ou moins, certains mouvements protoplasmiqnes.
b) Molécules agissant par leurs propriétés chimiques seulement.
Il n'existe pas, à ma connaissance, de théorie complète de la vie et de l'Hérédité basée sur la chimie pure, mais plusieurs auteurs ont publié des essais partiels qui se rattachent à cette idée.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Dès le premier quart de ce siècle, alors que la Force vitale était encore en grand honneur et que presque personne ne songeait guère à attribuer la vie à des causes d'ordre physique, Chevreul (24) a eu le mérite d'écrire que la Force vitale n'explique rien, qu'elle aurait besoin elle-même d'être expliquée avant de prétendre expliquer autre chose, et que les phénomènes de la vie ont leur cause directe dans les principes immédiats constitutifs de la matière organisée.
Il n'établit pas cependant sur cette donnée une théorie de la vie, car il conclut, au contraire, que, eùt-on ramené les phénomènes vitaux à leurs causes prochaines et aux forces qui régissent la matière inorganique, on ne serait pas encore en état de comprendre comment l'être organisé en se reproduisant répète avec une constance si remarquable les caractères de son espèce.
Malgré cette réserve, Chevreul peut être considéré comme le premie promoteur des théories purement chimiques de la vie.
Geddes (86) tend à voir dans les produits d'assimilation et de désassimilation, anastes et catastes, qui traversent sans cesse le protoplasma pour les besoins de sa nutrition, les agents par lesquels se transmet aux éléments sexuels la constitution chimique spécifique qui est la base de l'hérédité.
L'évolution tout entière a pour condition essentielle une succession d'actions chimiques liées entre elles par des relations de cause à effet, tout comme dans les séries de réactions de la chimie de laboratoire.
A. Thompson (89) semble partager cet avis.
Gautier (86) distingue deux forces directrices de l'évolution, une Force atavique, résultante des forces qui maintiennent les espèces chimiques entrant dans la constitution du protoplasma de l'espèce biologique, et une Force (T individualisme qui permet la variation de l'espèce biologique en déterminant de petites modifications dans la constitution chimique du protoplasma. Mais ces modifications ne portent que sur les groupes chimiques secondaires annexés au groupe central.
La constitution chimique d'un même tissu dans un même organe n'est jamais identique dans deux espèces distinctes et les petites différences de constitution chimique sont la cause des caractères différentiels ' .
Enfin Danilevsky (94) va plus loin et pense que les qualités intellectuelles et morales elles-mêmes peuvent avoir pour condition essentielle
1 Gautier a fait une remarque intéres- pèces chimiques distinctes déterminent santé de laquelle il conclut que des es- même les caractères intermédiaires qui
THÉORIE DE FOL
la présence dans la molécule albumineuse de substances accessoires unies au groupe essentiel. Ces substances introduites par la nutrition imbiljent d'aljord simplement le protoplasma puis, peu à peu, arrivent à prendre place dans sa molécule albumineuse. L'équilibre constitutionnel chimique est alors changé , la substance jadis tolérée est devenue nécessaire et le protoplasma de l'espèce comporte désormais cette nouvelle substance comme élément constitutif normal. Par suite, les particularités nouvelles liées à l'addition de cette substance après avoir été accidentelles finissent par faire partie des caractères spécifiques.
[Ces idées sont orig-inales et contiennent certainement beaucoup de vrai, mais il est à peine besoin de faire remarquer qu'elles ne forment pas un système cohérent et complet. La théorie chimique de la vie et de l'Hérédité est encore à trouver.]
I») Particules formant des ajsrrégats d'orclre plus élevé que les molécules cUimiques.
Dans ces systèmes, les particules ne sont pas des molécules chimiques, mais des associations complexes de molécules, tantôt des cristaux organiques, tantôt de petits appareils physiques ou chimiques; les unes réelles et visibles au microscope, n'ayant d'hypothétique que l'interprétation de leur nature on de leur propriété , comme les granulations de Fol et les Granules d'ALTMANN, les autres entièrement hypothétiques comme les Plasomes de Wiesner.
a) Appareils électriques.